Entre Eric Abidal et Barcelone, l'idylle est aussi fiscale
Par Thibault Dumas, Julian Jappert le 15 décembre 2011, - Société - Lien permanent

Des confettis dorés inondent le ciel de
Londres, l'hymne de la Ligue des champions rugit, la moitié bleu et grenat du
stade de Wembley exulte. En ce 28 mai 2011, Eric Abidal brandit la coupe aux
grandes oreilles, affublé du brassard de capitaine du FC Barcelone. Eric le
Lyonnais devient Eric le Catalan, deux mois quasiment jour pour jour après
l'annonce d'une tumeur au foie. Un conte de fées narré par les
Blaugranas, une guérison-rédemption saluée par le monde du football.
Le retour à la réalité, ce fut il y a quelques semaines. L'international
français, qui incarne « un nouveau Barça, plus humain », selon le
directeur sportif du club, Andoni Zubizarreta, hésite à resigner. Comment ? le
fils adoptif devenu prodigue se rebelle ? Officiellement, une sombre histoire
de durée de contrat ; officieusement, une histoire claire de fiscalité.
Justement, le contrat du défenseur Eric Abidal allait expirer en juin 2012, alors qu'il était arrivé en terre catalane cinq ans plus tôt. Les calculatrices ont vite été dégainées, malgré les dénégations du principal intéressé : « Ce n'est pas un problème d'ordre financier ». Le numéro 22 du FC Barcelone a finalement eu sa compensation : trois ans supplémentaires de contrat, contre un an proposé initialement par le club, et un salaire (inconnu à ce jour) qui devrait aller bien au-delà des 4,5 millions d'euros bruts perçus par saison jusqu'alors. Un choix mercantile ? En tout cas, on est bien loin de la romance contée autour de l'amour du maillot. Abidal le revenant, malgré l'expérience malheureuse qui a été la sienne, n'a semble-t-il pas pris conscience de la différence fondamentale entre "l'être" et "l'avoir".
En attendant, l'idylle entre l'España et les grandes fortunes du ballon rond continue, elle. La double tentative d'abrogation de la loi Beckham - ainsi nommée car le joueur anglais fut l'un des premiers à en bénéficier - par le gouvernement espagnol au cours de l'année 2009, s'est heurtée à l'insurrection de la Liga Nacional de Futbol Profesional (LFP), menace de « la fin d'un championnat de stars » à l'appui. Dans le même temps, en Angleterre, le taux d'imposition sur les plus hauts revenus (au-delà de 150 000 livres par an) est passé de 40 % à 50 %. Mais les sommes perçues par les joueurs au titre des droits à l'image ne sont taxés qu'à 2 %, une soupape financière "utile" pour les clubs et "vitale" pour les footballeurs.
Concessions plus que contestables par temps austères. Michel Platini, président de l'UEFA, avait avoué son impuissance au moment du débat (avorté) autour de l'abrogation de la détaxation espagnole, « l'UEFA n'a aucune emprise sur la fiscalité qui est du ressort des pays ». Quelques mois auparavant, il avait même interpellé les ministres des sports des 27 États membres de l'UE : « Ce n'est pas l'UEFA qui va se charger d'harmoniser la fiscalité européenne ». Puisque l'Union européenne a désormais une compétence dans le domaine du sport, qu'elle souhaite tenir compte de ses « spécificités », selon les mots du traité de Lisbonne, il est temps de passer des textes aux actes. L'équilibre et l'équité des compétitions européennes devant être un des piliers de cette spécificité (article publié en ligne par Le Monde avec Sport et Citoyenneté).














Commentaires
Pour retrouver les (nombreux) commentaires liés à cette article :
http://www.lemonde.fr/sport/article...
Une réponse aux commentaires publiés sur le site du Monde. La loi dite "Beckham", votée le 10 juin 2005, était au départ une défiscalisation pour tous les citoyens étrangers habitant en Espagne plus de 183 jours par an, appliquée pour les cinq premières années de leur résidence . Dans Le Monde Magazine, par exemple, il est écrit que la loi a été abrogée début 2010 :
http://www.lemonde.fr/m/article/201...
C'est une erreur. L'abrogation a échoué est c'est une modification, très partielle si ce n'est partial, qui a eu lieu il y a deux ans. Depuis cette date (et comme indiqué dans l'article que j'ai écrit avec Julian Jappert), ce sont seulement les étrangers gagnants plus 600 000 euros par an, donc les footballeurs les plus connus, qui continuent à bénéficier de ce dégrèvement fiscal.
Par ailleurs, concernant Éric Abidal spécifiquement. Il vient d'être annoncé que son nouveau contrat est de 3 ans et non de 2 ans comme indiqué au départ dans l'article que j'ai co-écrit (modification faite). Le mystère plane toujours quant à son (nouveau) salaire :
http://www.sofoot.com/mercato-abida...