Car si l'Union européenne a son arrêt Bosman (Cour de justice des Communautés européennes, novembre 1995), qui a entraîné la fin des quotas nationaux de joueurs en Europe, l'Espagne a sa loi Beckham (juin 2005), pour attirer ces sportifs, libres de leurs mouvements dans l'UE. Un dispositif d'abattement fiscal qui permet aux travailleurs étrangers gagnant plus de 600 000 euros par an - et donc à 43 footballeurs sur un total de 60 bénéficiaires - de n'être imposés qu'à hauteur de 24 % au lieu de 43 % pour les Espagnols, pendant les cinq premières années de leur résidence.

Justement, le contrat du défenseur Eric Abidal allait expirer en juin 2012, alors qu'il était arrivé en terre catalane cinq ans plus tôt. Les calculatrices ont vite été dégainées, malgré les dénégations du principal intéressé : « Ce n'est pas un problème d'ordre financier ». Le numéro 22 du FC Barcelone a finalement eu sa compensation : deux ans supplémentaires de contrat, contre un an proposé initialement par le club, et un salaire (inconnu à ce jour) qui devrait aller bien au-delà des 4,5 millions d'euros bruts perçus par saison jusqu'alors. Un choix mercantile ? En tout cas, on est bien loin de la romance contée autour de l'amour du maillot. Abidal le revenant, malgré l'expérience malheureuse qui a été la sienne, n'a semble-t-il pas pris conscience de la différence fondamentale entre "l'être" et "l'avoir".

En attendant, l'idylle entre l'España et les grandes fortunes du ballon rond continue, elle. La double tentative d'abrogation de la loi Beckham - ainsi nommée car le joueur anglais fut l'un des premiers à en bénéficier - par le gouvernement espagnol au cours de l'année 2009, s'est heurtée à l'insurrection de la Liga Nacional de Futbol Profesional (LFP), menace de « la fin d'un championnat de stars » à l'appui. Dans le même temps, en Angleterre, le taux d'imposition sur les plus hauts revenus (au-delà de 150 000 livres par an) est passé de 40 % à 50 %. Mais les sommes perçues par les joueurs au titre des droits à l'image ne sont taxés qu'à 2 %, une soupape financière "utile" pour les clubs et "vitale" pour les footballeurs.

Concessions plus que contestables par temps austères. Michel Platini, président de l'UEFA, avait avoué son impuissance au moment du débat (avorté) autour de l'abrogation de la détaxation espagnole, « l'UEFA n'a aucune emprise sur la fiscalité qui est du ressort des pays ». Quelques mois auparavant, il avait même interpellé les ministres des sports des 27 États membres de l'UE : « Ce n'est pas l'UEFA qui va se charger d'harmoniser la fiscalité européenne ». Puisque l'Union européenne a désormais une compétence dans le domaine du sport, qu'elle souhaite tenir compte de ses « spécificités », selon les mots du traité de Lisbonne, il est temps de passer des textes aux actes. L'équilibre et l'équité des compétitions européennes devant être un des piliers de cette spécificité (article publié en ligne par Sport et Citoyenneté).