A fleur de mots
Par Thibault Dumas le 12 novembre 2011, - Société - Lien permanent

« Si aujourd'hui je peux vivre du slam
c'est grâce à Grand corps malade mais Grand corps malade ce n'est pas le slam à
lui tout seul, simplement un slameur », met au point d'entrée Alice
Ligier. Quelle est loin la petite fille introvertie qui découvre les mots à
l'aube de ses huit ans. Un poème sur les chaussures en guise d'auto-initiation
à l'écriture et vogue la galère artistique. « Les mots m'ont toujours plu
même si je ne parlais pas beaucoup de moi, j'étais secrète ». En
exploration donc la gamine avec comme figure compréhensive quoique tutélaire sa
grand-mère. Partie trop tôt, celle-ci reste un fil conducteur pour Alice,
artiste adulte et accomplie.
A 25 ans - elle en a 32 aujourd'hui - la Normande exhume un texte de son aïeule au lendemain d'un chagrin d'amour : Variations sur un amour. 16 poèmes d'épanchements sur les rapports humains. Ainsi naît en 2009 une pièce éponyme avec le comédien David Arvit, mélange de poésie, théâtre et musique qui a tourné dans l'Ouest jusqu'en janvier dernier. « J'écris beaucoup » confesse Mademoiselle Ligier. Rapport jadis conflictuel à la lecture, 4 à 5 livres dévorés chaque mois ces temps-ci. Au hasard d'une rencontre dans un bar, elle publie son premier recueil de textes il y a sept ans, Lot de consolation (éditions Polyglottes) - « l'écriture était trop cru » juge t-elle. Le second vient tout juste de sortir des rotatives, La main violoncelle chez La Machine folle.
La plume par plaisir, la scène dans la douleur. Nantaise depuis 11 ans maintenant, son baptême du feu a lieu en 2005 au bar le 15 Bis. Pas de costume, pas d'accessoires, pas de décor, pas de musique et 3'09'' pour s'exprimer (les préceptes du slam). « Je me suis dit que plus jamais je ne remontrais sur scène, c'était horrible ». En observant sa consœur slameuse Yas, c'est une autre prédiction- « Ça se trouve un jour j'y prendrais du plaisir » - qui s’avérera néanmoins juste. Après l’addiction comme spectatrice vient la boulimie comme (réd)actrice... à la faveur d'une rupture des ligaments croisés. Heureuse 4e lors du Slam United édition 2007 - sorte de championnat de France -, elle décide alors de jeter aux orties son métier de serveuse, ses envies d'ouvrir un bar librairie ou de devenir conseillère principale d'éducation (CPE).Le slam de Chicago à Nantes
Le slam a été inventé en 1984 par Marc Kelly Smith à Chicago. L'idée était de rompre la monotonie des cercles de poésie par un type tournoi ludique et codifié. Le terme "slam" viendrait du claquement de la batte base-ball, sport qu'affectionnait Kelly. Cette poésie slam a émergé en France à partir des années 2000. La ville de Nantes, s'est illustré avec une victoire au Grand Slam National 2011 par équipes avec le groupe Buck Mulligan. On compte une trentaine de slameurs confirmés sur les bords de Loire et de nombreux lieux dédiés (l'Art scène, le Live bar, le Violon dingue, le TNT...).
Auteure/slameuse/animatrice slam est son métier depuis trois ans - comme 3 ou 4 de ses collègues nantais. En cette rentrée culturelle 2011, Alice Ligier est à la baguette des Matchs de poésie au TNT, soit les règles de l'improvisation théâtrale appliquées au slam. A l'abordage, spectacle interactif, tourne déjà avec Poison d’Avril, Monsieur Mouch et Nina Kibuanda tandis qu'un autre est en préparation sur la liberté sexuelle, sans oublier de multiples ateliers d'écritures pour tous publics : jeunes, personnes âgés, groupes en difficultés sociale et psychologique... « Ce qui est indispensable c'est la parole et l'écoute, c'est-à-dire créer des espaces de rencontres entre des gens qui aiment écrire et veulent s'exprimer ». Soigner les maux de la vie par l'envie des mots (publié dans A Nantes n°2).













