Pourtant le Racing club de Strasbourg a passé 56 saisons en première division et 14 en deuxième division depuis le passage en professionnel du club en 1933. Le RCS n'avait jamais quitté les deux divisions supérieurs du football hexagonal en 77 saisons. Le Racing c'est aussi et surtout une vraie culture footballistique alsacienne fortement imbibée de germanisme - que l'on retrouve d'ailleurs plus dans les tribunes que dans le jeu depuis quelques années. Fondamentalement Strasbourg est une équipe « moyenne plus » de D1 qui a accroché à son scalp quelques géants du foot européen (FC Barcelone, Liverpool FC, Milan AC excusez du peu) et surtout un titre de champion de France en 1979 fêté par 100 000 strasbourgeois.

Mais les clubs de football peuvent passer de la lumière à l'ombre jusqu'à sombrer dans l'oubli. Nottingham Forest FC, club mythique du football anglais, a passé 16 ans dans l'élite entre 1977 et 1993. Toujours dans le top 10 british, les Reds (pas ceux de Liverpool) ramassent même dans leur besace deux Coupe d'Europe des clubs champions (en 1978-79 et 1979-80). Même si les Tricky Trees sont aujourd'hui en deuxième division anglaise, ils sont comme étouffés par le poids de leur glorieux passé, se contentant de quelques perfs en Cup. Dur dur d'être à la hauteur du mythe d'un vieux monsieur respectable du football anglais âgé de 145 ans.

Plus près de Strasbourg, le Stade de Reims a connu son age doré dans les années 1950 (6 titres en championnat et 2 en Coupe). Un jeu léché et romantique : « Nous ressemblions beaucoup à l'Arsenal façon Arsène Wenger » aime à dire Just Fontaine, l'ex goaleador des rouge et blanc. Pour l'éternité footbalistique on retiendra le « corner à la rémoise » : au lieu de balancer le cuir dans le tas on joue la passe courte. Le club transformera même la France de l'après guerre en hexagone passionné du football (dossier de l'Express). Après 1964 les rouge et blanc sombrent, long chemin de croix qui conduira à la liquidation judiciaire en 1991. Malgré un (relatif) renouveau depuis, le passé appartient aux rémois plus que l'avenir.

La descente aux enfers du Racing club de Strasbourg est donc loin d'être une exception historique. Elle s'inscrit dans un contexte de relative décrépitude du football de l'Est de l'Hexagone : un seul club dans l'élite en 2010-2011 (l'AS Nancy-Lorraine) contre 3 rien qu'en Bretagne (FC Brest, FC Lorient et Stade Rennais). De fait l''équipe alsacienne n'a jamais respiré la tranquillité la saison passée. Seul le n°9 Nicolas Fauverge a surnagé dans une onze qui bu la tasse pendant 38 journées. La vérité du terrain est implacable pour le Racing : 9 victoires, 15 nuls et 14 défaites. La descente en National est sportivement logique.

Mais l'échec du Racing est-il fondamentalement sportif ? En 18 mois, 6 présidents se sont succédés à la tête des ciel et blanc. La relation entre la municipalité strasbourgeoise et les actionnaires du club est sibylline. Le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) a refusé de verser les 900 000 euros de subventions au club en mai pour s'en porter garant financièrement main dans la main avec les possédants du RCS en juillet. Ainsi le club a pu être maintenu en National par la très rigoureuse Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG) en appel.

N'éludons pas non plus l'épisode très Dallas de la « vente » du RC Strasbourg fin janvier. L'actionnaire majoritaire Alain Fontena revend 51% de ses parts. S'en est suivi une bataille financière ubuesque opposant actionnaires locaux et étrangers. Au final Alain Fontena reste en place mais les londoniens de Carousel Finance SA investissent en force le club (7,8 millions d'euros). Une seule certitude : la structure capitaliste du RCS est une nébuleuse érigée par des anciens présidents pour pérenniser leurs autocraties successives - Philippe Ginestet en tête (article de l'Alsace).

Un sac de nœud financier qui hypothèque tout projet sportif. Depuis l'amorce de l'ère du yoyo entre relégation et promotion en 2005 les entraineurs du RCS répondent à deux profils. Primo, les médiocres soumis à un actionnariat majoritaire tyrannique (Jean-Marc Furlan, Pascal Janin). Secondo, les compétents marginalisés par une direction indigente (Jean-Pierre Papin, Gilbert Gress). Rien pour faire avancer le schmilblick footballistique du Racing dans tous les cas. Même le très 70's Gilbert Gress, artisan du football strasbourgeois enthousiasmant et victorieux de 1979, vit maintenant dans le ressentiment : « Je m’en fous du Racing. Dans la vie, on a ce qu’on mérite, et le Racing n’échappe pas à cette règle » (interview à So Foot).

Dorénavant Strasbourg c'est un club qui meurt à petit feu et des supporters qui en ont assez de porter le deuil. Des matchs en National émoustillants face au Stade Plabennecois Football ou à l'Union de la jeunesse arménienne d'Alfortville. Un centre de formation relativement performant (classé 12e sur 32 en 2009) d'où sortent des jeunes talentueux mais infidèles (Kevin Gameiro, Éric Mouloungui, Magaye Gueye). Certes le stade de la Meinau sera rénové à hauteur de 160 millions d'euros et passera à 36 000 places pour l'Euro 2016. Seulement désormais « On compte très peu sur le Racing » comme l'affirme le maire de la capitale alsacienne Rolland Ries,