1. Le diplomate au-dessus de la démocratie

Dominique Galouzeau de Villepin n'est pas devenu diplomate, il est né diplomate. Dans l'élite (pseudo) républicaine française, le corps diplomatique est une sur-caste. Né dans une famille de la grande bourgeoisie qui aime à cultiver ses vielles racines aristocratiques, DGV a suivi la voie royale : Science Po, ENA, diplomatie. Rien ne mal à cela sauf quand l'on prétend faire de la politique au nom du peuple français et pour une « République solidaire » - nom que portera sans doute son futur parti. Car Dominique de Villepin n'a jamais affronté le suffrage universel, il n'a jamais été élu alors qu'il entré en politique en adhérant au RPR dès 1977. Sa (brillante) carrière diplomatique de 1980 à 1992 aura surtout été l'occasion de (re)développer les réseaux « extérieurs » du parti néo-gaulliste puis de la Chiraquie. L'ex-président de l'Office nationale des forêts (ONF) qui a passé une bonne partie de sa vie à naviguer entre les 5 continents (Maroc, Vénézuela, Italie, États-Unis, Inde) joue maintenant sur la fibre franchouillarde avec son tour de la France rurale. Cherchez l'erreur. De toute façon l'ancien Premier ministre a toujours eut une conception très chic de la France : « Elle a envie qu’on la prenne. Ça lui démange dans le bassin » aurait-il déclaré.

2. L'homme des officines

La politique, Dominique de Villepin l'a toujours pratiquée dans l'ombre des cabinets noirs ou dans la lumière de ses envolées lyriques. Avec sa nomination au secrétariat de la Présidence de la République en 1995, DGV aura été de tous les coups bas, de toutes les boules puantes. Il est à la baguette avec l'avocat Francis Szpiner pour étouffer toutes les affaires politico-financières qui entourent Jacques Chirac : du cash stocké à la Mairie de Paris pour financer la Françafrique jusqu'au compte occulte à la Tokyo Sowa Bank au Japon (article de Rue 89). Villepin est le penseur de la dissolution l'Assemblée nationale en 1997 « pour en terminer avec ces vieux cons » et obtenir  une majorité « plus resserrée, plus mobilisée ». Une raclée monumentale qui vaut encore à l'ex ministre des Affaires étrangères des inimités au sein de la droite et qui a définitivement enterré le concept de dissolution tactique à la britannique.  A la lumière du passé de Néron de Dominique de Villepin – gentil surnom donné par Bernadette Chirac – on se délecte des leçons de morales aujourd'hui prodiguées à Nicolas Sarkozy : « A un moment, il faut dire : la République, ce n'est pas cela. Assez des jeux, assez des combinaisons, assez des calculs ».

3. Le Premier ministre magnaco-libéral

Gaullisme social. C'est drapé dans cette posture politique que Dominique de Villepin pilonne le néo-libéralisme (avéré) de Nicolas Sarkozy : « On ne peut pas accepter de vivre dans un pays où des situations d'inégalité et d'injustice atteignent un tel niveau, et c'est pour cela que je suis mal à l'aise dans la politique qui est menée par la majorité » (article du Monde). Mai 2005 - mai 2007 : le premier ministre Dominique de Villepin fut pourtant un élève zélé de la classe libérale. Mise en place arbitraire du Contrat nouvelles embauches (CNE) - seuls 35 000 emplois seront créés et le CNE sera abrogé dans l'indifférence générale au printemps 2008. Vote au forceps du Contrat première embauche (CPE) début 2006 et opposition très thachérienne aux millions de manifestants qui inondent les rues pendant près de 3 mois. Villepin flirta même avec un autoritarisme très napoléonien lors des émeutes d'octobre 2005 dans les banlieues françaises. Il demanda l'état d'urgence et en fit voter une prolongation de 3 mois par le parlement. Une première en métropole depuis 1955. Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de DGV à Matignon, a beau défendre dans ses (excellents) livres la thèse d'un Villepin modéré mais incompris et précipité par d'autres sur la pente libérale, cela ne tient pas. Les faits sont têtus.