« Lorsque le président vous le demande, vous dites oui... ». Christophe Béchu s'est plié à la volonté présidentielle en septembre dernier alors qu'il n'était pas très chaud pour aller au charbon en région Pays de la Loire - et le dénouement lui donnera raison. C'est que le jeune homme de 35 ans, catégorie gendre idéal, a les dents longues. Sa carrière politique ne peut pas attendre. Il devient conseiller municipal à Arvillé à l'âge de 20 ans. Mieux que son mentor Nicolas Sarkozy. A 29 ans, il est élu plus jeune président de conseil général en Maine et Loire. Deux ans plus tard, il échoue a 668 voix de la conquête de la mairie d'Angers, dans un contexte de débandade générale pour la droite.

Cet ancien de Démocratie libérale va tellement vite qu'il est aujourd'hui un cumulard avéré. Député européen, président du Conseil général, et fraichement élu au poste de conseiller régional UMP en Pays-de-la-Loire. Une triplette de mandats contraire à la loi de 2000 relative aux incompatibilités entre mandats électoraux. Monsieur Béchu s'est ainsi présenté devant les électeurs alors qu'il savait pertinemment qu'il serait en marge de la législation le 21 mars au soir. Il a maintenant 30 jours pour abandonner un de ces deux plus anciens mandats (textes de loi). 

Du coup l'élu angevin ne sait plus sur quel pied danser. Gêné par cette situation plus que par sa sévère défaite il n'a pas daigné montré le bout de son nez à Nantes, capitale de région, lors des résultats du scrutin régional. Désespéré, il a déposé un recours contre des « irrégularités de campagne » de Jacques Auxiette, pour repousser ce délais de 30 jours. Sa feuille de présence aux sessions plénières du Parlement européen n'est déjà plus très reluisante. Bonne élève en décembre, janvier, février - 11 jours de présence sur 12 journées de débat, il est devenu un cancre parlementaire en mars - 0 sur 6 (procès verbaux). Ce qui laisse à penser qu'il abandonnera son mandat européen alors qu'il s'était engagé à le garder jusqu'à son terme.

Vielles pratiques, vielle France, même combat pour Christophe Béchu. La modernité du jeune premier de la droite ligérienne n'est qu'une fable basée sur son jeune age. Intrinsèquement il est un conservateur provincial à la papa. Allié avec la droite dure du MPF de Philippe De Villiers dès le premier tour des régionales, il est schizophrène sur l'Europe : europhile convaincu un jour, pourfendeur des « dérives technocratiques de l'Europe » le lendemain. Cela tourne même à la bêtise réactionnaire quand Monsieur Béchu déclare que les subventions au festival de métal Hellfest « méritent sans doute réflexion » et applaudit les délires de du duo De Villiers-Boutin contre un prétendu «  festival sataniste » (billet de Riposte catholique).

Dans une région Pays de la Loire de plus en plus progressiste et urbaine, cette doxa conservatrice n'est pas passée. Additionnée à une campagne ratée, oscillant entre agressivité (appels automatiques pas vraiment du goût de la CNIL) et gêne (absences de logo UMP sur les affiches), l'effet fut désastreux. Sans viser (directement) Béchu, la droite locale gronde. Pour Sophie Jozan, chef de file de l'opposition à Jean-Marc Ayrault (PS) à Nantes, il faut arrêter de « répondre avec une sorte de pensée unique » aux citoyens. Mais ces critiques - tout comme cette raclée électorale - touchent t-elles vraiment Christophe Béchu ? Ce carriériste sait que son avenir est ailleurs, du côté d'un ministère ou d'un secrétariat d'État. Avant l'Élysée dont il rêve depuis l'âge de 7 ans ?