Le Béchu du sarkozysme
Par Thibault Dumas le 01 avril 2010, - Droite - Lien permanent
La fable politique était presque
parfaite. Il y avait d'un côté le vieux lion socialiste, de l'autre le jeune
fauve sarkozyste. A ma gauche Jacques Auxiette, président PS sortant de la
région Pays de la Loire, l'oncle un peu grincheux à la voix rocailleuse. A ma
droite Christophe Béchu, son challenger UMP, le gendre plein d'allant aux
propos ciselés. Le second devait manger le premier sur ces terres ligériennes
qui réputées regagnables pour la droite, c'était oublié qu'un « 21 avril à
l'envers » avait mis François Fillon au tapis en 2004 et que Roselyne
Bachelot avait gentiment refusé d'aller à la boucherie électorale en 2010.
Monsieur Béchu a perdu dans des proportions jamais vu pour un candidat
conservateur sur les berges de la Loire. 159 094 voix d'écarts avec son
adversaire socialiste et seulement 43,61% des suffrages. Une étoile montante du
sarkozysme touchée en plein ciel.
« Lorsque le président vous le demande, vous dites oui... ».
Christophe Béchu s'est plié à la volonté présidentielle en septembre dernier
alors qu'il n'était pas très chaud pour aller au charbon en région Pays de la
Loire - et le dénouement lui donnera raison. C'est que le jeune homme de 35
ans, catégorie gendre idéal, a les dents longues. Sa carrière politique ne peut
pas attendre. Il devient conseiller municipal à Arvillé à l'âge de 20 ans.
Mieux que son mentor Nicolas Sarkozy. A 29 ans, il est élu plus jeune président
de conseil général en Maine et Loire. Deux ans plus tard, il échoue a 668 voix
de la conquête de la mairie d'Angers, dans un contexte de débandade générale
pour la droite.
Cet ancien de Démocratie libérale va tellement vite qu'il est aujourd'hui un
cumulard avéré. Député européen, président du Conseil général, et fraichement
élu au poste de conseiller régional UMP en Pays-de-la-Loire. Une triplette de
mandats contraire à la loi de 2000 relative aux incompatibilités entre mandats
électoraux. Monsieur Béchu s'est ainsi présenté devant les électeurs alors
qu'il savait pertinemment qu'il serait en marge de la législation le 21 mars au
soir. Il a maintenant 30 jours pour abandonner un de ces deux plus anciens
mandats (textes
de loi).
Du coup l'élu angevin ne sait plus sur quel pied danser. Gêné par cette
situation plus que par sa sévère défaite il n'a pas daigné montré le bout de
son nez à Nantes, capitale de région, lors des résultats du scrutin régional.
Désespéré, il a déposé un recours contre des « irrégularités de campagne » de
Jacques Auxiette, pour repousser ce délais de 30 jours. Sa feuille de présence
aux sessions plénières du Parlement européen n'est déjà plus très reluisante.
Bonne élève en décembre, janvier, février - 11 jours de présence sur 12
journées de débat, il est devenu un cancre parlementaire en mars - 0 sur 6
(procès
verbaux). Ce qui laisse à penser qu'il abandonnera son mandat européen
alors qu'il s'était engagé à le garder jusqu'à son terme.
Vielles pratiques, vielle France, même combat pour Christophe Béchu. La
modernité du jeune premier de la droite ligérienne n'est qu'une fable basée sur
son jeune age. Intrinsèquement il est un conservateur provincial à la papa.
Allié avec la droite dure du MPF de Philippe De Villiers dès le premier tour
des régionales, il est schizophrène sur l'Europe : europhile convaincu un jour,
pourfendeur des « dérives technocratiques de l'Europe » le lendemain.
Cela tourne même à la bêtise réactionnaire quand Monsieur Béchu déclare que les
subventions au festival de métal Hellfest « méritent sans doute
réflexion » et applaudit les délires de du duo De Villiers-Boutin contre
un prétendu « festival sataniste » (billet de Riposte
catholique).
Dans une région Pays de la Loire de plus en plus progressiste et urbaine, cette
doxa conservatrice n'est pas passée. Additionnée à une campagne ratée,
oscillant entre agressivité (appels automatiques pas vraiment du goût de la
CNIL) et gêne (absences de logo UMP sur les affiches), l'effet fut désastreux.
Sans viser (directement) Béchu, la droite locale gronde. Pour Sophie Jozan,
chef de file de l'opposition à Jean-Marc Ayrault (PS) à Nantes, il faut arrêter
de « répondre avec une sorte de pensée unique » aux citoyens. Mais
ces critiques - tout comme cette raclée électorale - touchent t-elles vraiment
Christophe Béchu ? Ce carriériste sait que son avenir est ailleurs, du côté
d'un ministère ou d'un secrétariat d'État. Avant l'Élysée dont il rêve depuis
l'âge de 7 ans ?











