Sanofi Aventis : la boucherie sociale
Par Thibault Dumas le 16 février 2010, - Social - Lien permanent
Au commencement il y avait un groupe
pharmaceutique, qui au fil des fusions et autres acquisitions devint le 5e de
son secteur au niveau mondial et leader à l'échelle de l'Europe. Une entreprise
qui fit 8,47 milliards d'euros de bénéfices en 2009 - la palme d'or du CAC 40
devant Total ! - pour qui l'explosion des ventes de vaccins contre la grippe A
n'était qu'une goutte d'eau (3,6 % du chiffre d'affaires) dans un océan de
blockbusters (petit nom donné aux médicaments au retour sur investissement
faramineux). Dans le même temps, le directeur général de Sanofi Aventis,
Christopher Viehbacher, confirma un brutal plan de réorganisation de
l'activité de l'entreprise visant à réaliser 2 milliards d'euros d'économies en
2013 par rapport à 2008. « Nous sommes en avance sur notre
calendrier » confia t-il même avec délectation. Traduction dans l'hexagone
: 4 sites fermés, « 3000 emplois sont supprimés, dont 1300 en
recherche » selon l'estimation des syndicats, sans compter les 900
chercheurs « volontaires au départ » qui ont déjà quitté Sanofi. Fin
du conte de fée industriel. Début de la boucherie sociale.
Comme dans tout film de mafia qui respecte, le parrain doit avoir un tueur
froid, discret et méticuleux à son service. En l'occurrence il devait s'agir de
l'Italien Roberto Pucci, nommé senior vice-président chargé des ressources
humaines de Sanofi Aventis en octobre 2009, pour procéder avec finesse à ce
dégraissage salarial. Le Canado-Allemand Christopher Viehbacher, lui même
arrivé du concurrent GSK en septembre 2008, avait fait de Monsieur Pucci
l'homme de la situation lors de son arrivée : « Je suis persuadé que
les capacités reconnues de leadership de Roberto joueront un rôle très
important dans la transformation de Sanofi Aventis en un leader global de la
santé ». Seul bémol, ce quarantenaire, aux costumes impeccables et à la
calvitie naissante, est une catastrophe ambulante : partout ou il passe
les salariés trépassent avec fracas (HP, Agilent Technologies, Case New
Holland, Fiat). Une responsable des achats du groupe n'y va pas avec le dos de
la cuillère le concernant : « C'est un imbécile, qui fait n'importe quoi
avec les employés ».
Une vraie rupture avec la politique de la maison, le Transalpin ayant remplacé
Gilles Lhernould (article
de Usine Nouvelle), un historique de Sanofi qui lui a gravit un à un les
échelons depuis 1983 (de simple directeur de production d'un site à la
vice-présidence en charge des ressources humaines de l'entreprise). Ultime
humiliation, Lhernould a bénéficié d'un strapontin... en toc. Ce dernier été
exilé à la vice-présidence de Sanofi Aventis chargée de la responsabilité
sociale (!) avec pour but de « fédérer les initiatives du groupe en matière de
responsabilité économique, sociale et environnementale, de développement
durable, d’accès aux médicaments et de mécénat ». Tout un programme dans le
monde (impitoyable) de l'industrie pharmaceutique ! Quoi qu'il en soit, ces
changements à la tête du géant du médicament, marquent un glissement d'une
vision industrielle à l'européenne (par ailleurs emprunte d'un certain
paternalisme) à une pratique managériale agressive à l'américaine.
Étonnant ? « Le business du médicament n’a rien de moral ou d’éthique. C’est
dégager du profit et tenter d’anticiper l’avenir » selon Claude Le Pen,
économiste à Dauphine. « Dégager du profit » est une seconde nature
chez Sanofi Aventis. En pleine crise mondiale, son bénéfice a augmenté de 12,8%
en 2009 (8,47 milliards d'euros donc) à taux de change constants par rapport à
2008 (7,18 milliards d'euros, déjà un record). Son action a grimpée de 21,3%
l'année passée, en pleine zone de turbulences boursières et alors que l'indice
sectoriel européen n'a augmenté « que » de 14,25%. Mais cette
goinfrerie financière n'a pas rassasié les actionnaires, alors la direction de
SA a annoncé vouloir atteindre en 2013 au moins le même niveau de profits qu'en
2008. Problème, les (futurs) résultats mirifiques de l'entreprise dépendent de
5 médicaments vedettes qui génèrent den 2009 plus de la moitié (51,87%) de son
chiffre d'affaires (graphique
du Journal des Finances), or les brevets de deux d'entre eux (Plavix et
Lovenox) s'éteignent en 2012 - une difficulté à relativiser le Lovenox étant un
produit biologique difficile à copier et la relève semble assurée avec le duo
Multaq-Ciltyri.
Quoi qu'il en soit, plutôt que « d'anticiper l'avenir » en
réinvestissant dans la recherche interne au long cours, la multinationale
préfère le sabrage salarial court-termiste. Quatre centres de recherche et
développement de Sanofi Aventis ferment, soit un tiers de la R&D en France
si l'on inclus la filiale vaccins Sanofi Pasteur. Bagneux, Rueil-Malmaison et
Évry en Île-de-France sont transférés à Chilly-Mazarin ; celui de Labège
(Haute-Garonne) est déplacé vers Toulouse. Le concurrent direct de Pfizer et
GSK cherche aussi à se défaire du site de Porcheville (Yvelines). D'autres
sites sont également touchés par cette « réorganisation » tel celui
de Vitry-Alfortville. La direction du groupe préfère l'externalisation de la
recherche et développement via les crédits d'impôts qui ont permis « 25
millions d’exonérations fiscales » en 2008 selon la CGT - un effet pervers et
surprenant des partenariats public-privé (article
de Libération). Et ce n'est qu'un début : « (…) il y a 3000 emplois
déjà supprimés, on en attend encore 1500 et les pouvoirs publics ne bronchent
pas » a déclaré à l'AFP Philippe Guérin-Petrement, délégué Force ouvrière
(FO).
Les plans de pré-retraites en or se multiplient, à tel point que les salariés
ironisent sur les bénéfices de la retraite... à 55 ans - le ministre du travail
Xavier Darcos qui daigne « interdire les plans sociaux visant les seniors » a
la un cas d'école. Les suppressions de postes effrénées entrainent « une
profonde désorganisation » de la recherche selon la CGT et la tenu de
réunions lunaires « ou l'on nous présente des organigrammes vides »
aux dires d'un employé francilien. On communique les départs en
« gros », par listes, la rancœur des personnes concernées est
sensible : « des gens dans la boite depuis 35 ans ne font même pas de
pot de départ » se désole un chercheur. Certains chefs de services,
eux-mêmes mutés, sont contraints par leur hiérarchie de choisir nommément les
mises à la retraire dans leurs équipes, une sorte de droit de vie ou de mort
salarial, tandis « que les meilleurs éléments sont pillés par la direction
» selon une cadre dirigeante du secteur chimie.
En face, le discours de la direction de l'entreprise apparait totalement
lénifiant voir ouvertement cynique. Lors de l'annonce initiale de ces
restructurations en juin 2009, Monsieur Viehbacher défendait son projet comme
suit : « Il est centré sur les véritables besoins des patients, la mise en
réseau et l’ouverture vers l’extérieur pour renforcer la créativité et
l’innovation, et sur une approche flexible et entrepreneuriale de la recherche
». La promesse d'embaucher 30 à 50 post-doctorants par an ainsi que de nouveaux
techniciens apparaît comme une douce chimère alors que de l'avis de nombreux
chercheurs le recrutement d'un simple étudiant stagiaire est devenu un
véritable chemin de croix. De toutes les manières quelle crédibilité accorder à
la parole de la direction de l'entreprise, quand Christian Lajoux, président de
Sanofi Aventis France promettait il y a encore quelques mois lors d'une
conférence téléphonique : « Il n'y aura aucun licenciement ».











Commentaires
Bonjour, déjà 8 mois que le site de Porcheville et de Alnwick sont en vente, toujours rien de notre super direction. les gens commencent à en avoir ras-le-bol, quand on voit qu'on est la 1er entreprise du CAC 40 en bénéfices et qu'on essaye de vendre des sites, je me demande si c'est bien cohérent.
Merci de vos réponses.
Cette entreprise semble être bien gérée et il faut donc s'en réjouir. Maintenant, si on ne l'aime pas, on la quitte et / ou on refuse d'acheter ses produits. On peut aussi voter pour le parti qui va la surtaxer ou la forcer à embaucher voire à augmenter les salaires de ses employés. On peut aussi la nationaliser ou interdire ses produits à la vente ou confisquer ses profits ! Faut pas se laisser faire....pas de gants avec des salauds pareils ! Foutons-les dehors !
Le mieux Nikolus est sans doute d'en débattre avec Thereve. Entre la rigidité et la réalité...