Reste que comprendre aujourd'hui ces lignes, c'est bénéficier d'un atout non négligeable : n'avoir aucun à priori sur Sartre, ni dithyrambique, ni pourfendeur. On juge alors l'essence de l'œuvre et non l'existence de l'homme. Le procès en quiétisme et en agnosticisme que firent hier communistes et chrétiens donnent aujourd'hui aux réponses de Sartre une force incroyable. L'existentialisme ébranle aussi l'individualisme ou le pessimisme qu'on lui associe souvent à tord - la citation éculée « l'enfer c'est les autres ». Les mots de Sartre parlent d'eux même : « (...) quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes ». Une invitation à l'action comme réponse à l'angoisse humaine née de la liberté : « (...) il n'y a pas de doctrine plus optimiste, puisque le destin de l'homme est en lui-même » (ouvrage complet). Celui qui fut le compagnon de Simone de Beauvoire est mort il y a maintenant près de 30 ans, avec le recul on ne peut que faire le constat suivant : il aura marqué le 20e siècle comme d'autres philosophes auront marqué le leur. L'existentialisme n'est pas simplement d'actualité, il est intemporel.