Depuis la campagne du Non de « gauche » au TCE en 2005, la sensibilité politique animée par Jean-Luc Mélenchon (successivement courant du PS, association « un pied dehors, un pied dedans », puis parti en rupture avec les socialistes) exhorte le camp du progrès à s'unir : « Gauche unis-toi, le peuple a besoin de toi ». Derrière ce leitmotiv, il s'agit surtout d'unir la gauche radicale pour damer le pion aux sociaux-traitres du Parti socialiste. Par temps de crise du néo-capitalisme et d'atermoiements du PS, la stratégie du Parti de gauche (PG) était promise à un avenir radieux. Pourtant les nuages n'ont pas tardé à s'amonceler. Le Front de gauche formé avec les communistes depuis les élections européennes se révèle n'être qu'un EPO électoral pour un PCF en lente décomposition. Dans les collectivités locales ou le PG a des élus, certains se comportent de façon irresponsable. A Paris, de coups fourrés en votes indisciplinés les conseillers municipaux mélenchonistes rendent fous leurs petits camarades communistes. Ian Brossat, président du groupe communiste et apparentés au Conseil de Paris en fait régulièrement les frais. Ailleurs se sont des militants démissionnaires ou protestataires du Parti de gauche qui dénoncent de but en blanc un « déni de démocratie en interne », comme à Argentueil ou Colombes (brève de VO News).

Dans ces conditions il eu été étonnant que le PG soit un pacificateur dans le ménage à trois avec le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de Olivier Besancenot et le PCF. Les accords électoraux en vu des régionales de mars 2010 en sont l'illustration : c'est le grand bazar à la gauche de la social-démocratie. La configuration dite « habituelle » du Front de gauche (PCF-PG) n'est une réalité que dans 11 régions... sur 22. En Languedoc-Roussillon, Pays de Loire et Limousin, c'est à dire 3 régions, PCF, PG et NPA font certes liste commune mais c'est une situation marginale au regard des 5 régions (Bourgogne, Champagne-Ardennes, Lorraine, Basse-Normandie et Bretagne) ou les communistes s'allient dès le premier tour avec les socialistes, tandis que le PG fricote avec les trotskistes de l'ex-LCR. Ce qui a entrainé des fâcheries, comme en Lorraine ou les mélanchonistes se sont alliés à des communistes dissidents pour former le « Front de gauche lorrain » ou bien dans l'Ouest ou la 18e fête de l'Huma Bretagne fut très « sportive » (article du Télégramme). Reste la Franche-Comté, cas à part ou le PCF a été obligé de jouer sa partition gestionnaire en solo, le PG et le NPA formant un joyeux duo se prononçant contre l'exercice du pouvoir local. 22 régions, le compte y est. Sauf pour l'électeur progressiste.

Mais la plus grande défaite du Parti de gauche, anciennement Pour la république sociale (PRS), n'est pas stratégique mais idéologique. Le républicanisme social orgueilleux a viré à une caricature de chevènementisme canal historique, comme le vin tourne au vinaigre. « Casse toi, pov' con », « Face à la crise, vite le bouclier social », « La poste est à nous », « Vite un revenu maximum ! », les slogans du PG sont plaisants, mais ou sont les idées radicales pour faire « la révolution par les urnes » ? Élément qui ne trompe pas, le PG a échoué à aimanter la gauche altermondialiste, cette constellation d'associations, de revues, de personnalités qui rejettent le social-libéralisme supposé du PS comme le gauchisme avéré du NPA. Les recrus se nomment Martine Billard (ex-Verte), Franck Puponni (Utopia), c'est dire l'échec. Le PG a bien essayé de mâtiner le rouge pourpre de son logo d'un zest de vert, mais l'opération a tourné au vulgaire « green-washing » (article de Marianne 2). Reste une idée force des mélenchonistes : taper violemment et aveuglement sur les socialistes. Pas surprenant. « Ce qui les obsèdent c'est la candidature de Mélenchon en 2012 » assène le jeune militant communiste. Tout un programme pour émietter le camp progressiste.