Le PG ou la gauche morcelée
Par Thibault Dumas le 23 janvier 2010, - Gauche - Lien permanent
Bonnet enfoncé sur la tête, barbe de
trois jours trahissant un tropisme boboïsant et l'Huma Dimanche fièrement mis
au devant de la poitrine. Sur un marché parisien, ce militant communiste, la
trentaine, a l'assurance et le calme de ceux dont les convictions sont
inébranlables. Cet idéalisme quasi-béa n'empêche en rien l'ultra-réalisme
électoral, au contraire : « Il faut être honnête, le Parti de gauche nous
sert juste a grappiller les 1 ou 2 points qui nous manquent pour être sûr
d'être au dessus de la barre des 5% ». Après une pause, il poursuit :
« Ce sont rien d'autre que des chieurs, il faut voir comment ils nous ont
emmerdé pour les listes aux régionales, résultat c'est un bordel
incompréhensible ». Depuis sa création en février 2009, le Parti de gauche (PG)
a fait de « l'union de l'autre gauche » la mère de toutes les
batailles. Dans les faits, partout ou il passe, la gauche radicale – et même la
gauche tout court – est encore un peu plus morcelée.
Depuis la campagne du Non de « gauche » au TCE en 2005, la
sensibilité politique animée par Jean-Luc Mélenchon (successivement courant du
PS, association « un pied dehors, un pied dedans », puis parti en
rupture avec les socialistes) exhorte le camp du progrès à s'unir : « Gauche
unis-toi, le peuple a besoin de toi ». Derrière ce leitmotiv, il s'agit surtout
d'unir la gauche radicale pour damer le pion aux sociaux-traitres du Parti
socialiste. Par temps de crise du néo-capitalisme et d'atermoiements du PS, la
stratégie du Parti de gauche (PG) était promise à un avenir radieux. Pourtant
les nuages n'ont pas tardé à s'amonceler. Le Front de gauche formé avec les
communistes depuis les élections européennes se révèle n'être qu'un EPO
électoral pour un PCF en lente décomposition. Dans les collectivités locales ou
le PG a des élus, certains se comportent de façon irresponsable. A Paris, de
coups fourrés en votes indisciplinés les conseillers municipaux mélenchonistes
rendent fous leurs petits camarades communistes. Ian Brossat, président du
groupe communiste et apparentés au Conseil de Paris en fait régulièrement les
frais. Ailleurs se sont des militants démissionnaires ou protestataires du
Parti de gauche qui dénoncent de but en blanc un « déni de démocratie en
interne », comme à Argentueil ou Colombes (brève de VO News).
Dans ces conditions il eu été étonnant que le PG soit un pacificateur dans le
ménage à trois avec le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de Olivier
Besancenot et le PCF. Les accords électoraux en vu des régionales de mars 2010
en sont l'illustration : c'est le grand bazar à la gauche de la
social-démocratie. La configuration dite « habituelle » du Front de
gauche (PCF-PG) n'est une réalité que dans 11 régions... sur 22. En
Languedoc-Roussillon, Pays de Loire et Limousin, c'est à dire 3 régions, PCF,
PG et NPA font certes liste commune mais c'est une situation marginale au
regard des 5 régions (Bourgogne, Champagne-Ardennes, Lorraine, Basse-Normandie
et Bretagne) ou les communistes s'allient dès le premier tour avec les
socialistes, tandis que le PG fricote avec les trotskistes de l'ex-LCR. Ce qui
a entrainé des fâcheries, comme en Lorraine ou les mélanchonistes se sont
alliés à des communistes dissidents pour former le « Front de gauche
lorrain » ou bien dans l'Ouest ou la 18e fête de l'Huma Bretagne fut très
« sportive » (article
du Télégramme). Reste la Franche-Comté, cas à part ou le PCF a été obligé
de jouer sa partition gestionnaire en solo, le PG et le NPA formant un joyeux
duo se prononçant contre l'exercice du pouvoir local. 22 régions, le compte y
est. Sauf pour l'électeur progressiste.
Mais la plus grande défaite du Parti de gauche, anciennement Pour la république
sociale (PRS), n'est pas stratégique mais idéologique. Le républicanisme social
orgueilleux a viré à une caricature de chevènementisme canal historique, comme
le vin tourne au vinaigre. « Casse toi, pov' con », « Face à la
crise, vite le bouclier social », « La poste est à nous »,
« Vite un revenu maximum ! », les slogans du PG sont plaisants, mais
ou sont les idées radicales pour faire « la révolution par les urnes » ?
Élément qui ne trompe pas, le PG a échoué à aimanter la gauche
altermondialiste, cette constellation d'associations, de revues, de
personnalités qui rejettent le social-libéralisme supposé du PS comme le
gauchisme avéré du NPA. Les recrus se nomment Martine Billard (ex-Verte),
Franck Puponni (Utopia), c'est dire l'échec. Le PG a bien essayé de mâtiner le
rouge pourpre de son logo d'un zest de vert, mais l'opération a tourné au
vulgaire « green-washing » (article
de Marianne 2). Reste une idée force des mélenchonistes : taper violemment
et aveuglement sur les socialistes. Pas surprenant. « Ce qui les obsèdent c'est
la candidature de Mélenchon en 2012 » assène le jeune militant communiste.
Tout un programme pour émietter le camp progressiste.











Commentaires
Bonjour,
Juste une petite rectification : les camarades mélechonistes qui participent aux groupe PCF/PG au Conseil de Paris sont loin de nous rendre fous... Au contraire, ils contribuent beaucoup à la vitalité de notre groupe qui est désormais la 2ème force de la majorité municipale à Paris, devant les Verts.
Ian Brossat
Pdt du groupe ¨PCF/PG au Conseil de Paris
Monsieur Brossat,
Cela m'a fait plaisir de lire votre commentaire, car pour ne rien vous cacher quand j'ai écris ce billet j'étais pratiquement sûr d'avoir un "petit rectificatif" concernant les rapports entre membres du PG et du PCF au sein de votre groupe politique qui siège au Conseil de Paris ( d'ailleurs c'est votre droit le plus strict et c'est parfaitement compréhensible sur le plan politique). Néanmoins je maintiens intégralement mes informations, confirmées par plusieurs conseillers de Paris de différents groupes politiques (dont le votre) mais aussi par des militants... communistes.
Cordialement.