Rénovation et vieux démons
Par Thibault Dumas le 14 janvier 2010, - Gauche - Lien permanent
Les entreprises humaines sont vouées à
disparaître, les organisations politiques peut-être plus que les autres. Le
Mouvement des jeunes socialistes créé en 1993 est au bord du gouffre. Parler
des jeunes socialistes, c'est déjà s'adresser à un public extrêmement
restreint, une « niche » politique de 5300 militants aujourd’hui
alors que l'organisation affirmait en avoir 10 000 au lendemain du mouvement
anti-CPE. Au congrès de Grenoble les 20, 21 et 22 novembre dernier le MJS avait
l'ambition de porter « la gauche au sommet ». Mieux, depuis lors sa
nouvelle présidente Laurianne Deniaud prétend faire table rase du passé au sein
de l'organisation, jouant à fond la partition du « plus rénovateur que moi
tu meurs ». Les jeunes socialistes peuvent-ils vraiment se rénover ?
Les inerties de la jeunesse socialiste hexagonale sont connus (billet que j'avais écrit). Un courant politique – Nouvelle gauche (NG) puis Transformer à gauche (TAG) – qui en dominant sans partage (et parfois avec dureté) le MJS l'a vidé de son sang. Une « aile gauche » du PS, dont TAG est désormais la composante principale, qui en intégrant la majorité au Congrès de Reims en 2008 s'est amputée de son combat porteur contre la « social-libéralisation » (réelle ou supposée) du PS. Des approximations de Benoît Hamon au porte-parolat socialiste qui ont réactivé la césure entre culture majoritaire (les « hamonistes ») et culture minoritaire (les « emmanuelistes ») au sein de TAG. Une pensée du MJS qui se limite au « parler » marxiste - à défaut de « penser » marxiste - et l'absence de mesures phares qui résonnent au sein de la gauche.
Le MJS a aussi, il est vrai, les handicaps communs à l'ensemble du mouvement
socialiste français : faiblesse militante, peu d'ancrage ouvrier puis populaire
et histoire mouvementée - dissolution à deux reprises par leurs ainés en 1938
et 1958 - (article de
Démocratie & Socialisme). Mais l'organisation de jeunesse de la famille
socialiste cultive aussi un péché mignon bien a elle, qui suscite au choix
démentis indignés ou condamnations outragées : une démocratie interne pour le
moins douteuse et verrouillée. Résultat, à la longue le mouvement n'attire plus
de militants. Pire, il est un repoussoir, une « machine à anesthésier les
bonnes volontés » qui « dégoute du militantisme » selon une
ex-militante parisienne. Toute tentative de créer une autre structure en marge
du MJS a failli. La Ségosphère, s'est révélée être le rien politique, puis le
rien démocratique et enfin le rien militant. Reste donc deux solutions :
déserter ou changer le MJS de l'intérieur.
Lors du 9e congrès, la nouvelle direction emmenée par Lauriane Deniaud repeint
la façade de l'organisation : nom, slogan, logo, site. Le « Mouvement des
jeunes socialistes » devient les « Jeunes socialistes » tout court. Quelle
révolution camarade ! Pourtant « c'est toujours la même merde derrière la
dernière couche de peinture » comme le rappait Akhenaton. Le Canard
Enchainé révèle (pour partie) les fraudes importantes qui ont (encore) entaché
le vote des militants (extraits
de l'article). La réalité est encore plus crue. Écart exubérant entre le
vote sur les motions et celui sur les candidats de ces motions en Isère (10
point pour la Motion 2 Le temps des conquêtes). Scores folkloriques dans
certaines fédérations alors que partout est constaté un net recul de la
majorité sortante(Motion 1) au profit des minoritaires (Motion 2,3).
Tripatouillages qui permettront à Mademoiselle Deniaud de présider - à partir
de mars 2011 - l'organisation au delà de l'age limite réglementaire de 29
ans.
Depuis Grenoble la désorientation est de mise dans la « base »
militante. Un flottement se fait sentir dans les réunions internes : est-ce
vraiment la fin d'un cycle ou... la fin du MJS ? Dans ce marasme le seul espoir
est que les militants entendent le message optimiste et rénovateur porté par
les minoritaires mais aussi par d'autres à l'extérieur : associations,
syndicats et « nouveaux » mouvements sociaux. Il n'y a pas de
« sens de l'histoire » fatidique, cycle implacable et redondant avec
ses dominants (les structures de l'organisation) et ses dominés (les
militants). Les jeunes socialistes doivent oser se remettre en cause, s'ouvrir,
pour continuer à exister. En un mot ils doivent se rapproprier démocratiquement
le MJS pour en faire un mouvement au sens premier du terme. Si tel n'est pas le
MJS mourra à petit feu comme tant d'autres organisations de gauche avant lui
(Parti radical, SFIO, PSU). Mais dans l'indifférence la plus totale. Ce qui est
encore plus cruel.











Commentaires
Le problème du socialisme français n'est pas un problème d'appareils ou d'organisation de partis, c'est je crois un problème de fond car il n'y a pas de projet socialiste qui sorte de la rédistribution par un biais ou un autre. La rédistribution au nom de l'idéologie égalitariste qui considère par principe, qu'il est immoral qu'un citoyen gagne plus qu'un autre, a été largement pervertie. On en a fait en France un système punitif pour les uns et d'assistanat pour les autres. Ceci pour aboutir à l'incitation à en faire moins pour tout le monde car le travail est dissuadé d'un côté et la fainéantise encouragée de l'autre. Il faudrait que les socialistes apportent des propositions et aient des projets qui aboutissent à autres choses que des feuilles d'impôt et des réductions de libertés. Il est un peu facile de gagner des voix en promettant de l'argent public et des avantages matériels divers dont le financement proviendra de l'augmentation des prélèvements obligatoires ciblée sur une minorité de citoyens et plus couramment maintenant de l'emprunt public. Il n'est plus possbible d'utiliser de tel procédés pour arriver au pouvoir car l'état de l'économie et l'endettement ne le permettent plus. Il se trouve que les socialistes qui ont construit leur discours sur la distribution de l'argent public, fondement de toutes leurs propositions, n'ont pas de posture de rechange donc ils n'ont plus rien à proposer. Cela revient à dire que le socialisme, c'est l'argent des autres et quand l'argent des autres se raréfie, le socialisme s'évapore....corps et âme.... Ce phénomène est d'autant plus frappant que la crise financière, dont les requins de la finance "ultra-libérale" ont porté le chapeau dans les médias, devait requinquer les socialistes mais cette crise ayant mis les états au bord de la faillite, elle a de ce fait ruiné le socialisme puisqu'il n'a plus d'argent public à promettre. La clientèle socialiste préfère donc aller voir ailleurs et nul doute que l'église écologiste qui promet l'enfer au tout un chacun, saura capter l'éléctorat contestataire et jeune que les socialistes ont toujours eu dans leur poche.
Oui l'égalité est le principe fondateur du socialisme. C'est la formule limpide de Léon Blum : "Le socialisme est né de la conscience de l'égalité humaine alors que la société dans laquelle nous vivons est toute entière fondée sur le privilège". Au delà du marxisme, le mouvement socialiste français s'est basé sur la pensée de Jean Jaurès qui considérait que les idéaux de la Révolution française (liberté, égalité, fraternité) devaient s'appliquer à tous, c'est à dire à la classe ouvrière et aux travailleurs. J'assume donc le combat pour l'égalité quand bien même vous le qualifier "d'égalitarisme".
Quant a votre formule : "Il faudrait que les socialistes apportent des propositions et aient des projets qui aboutissent à autres choses que des feuilles d'impôt et des réductions de libertés", elle est pour le moins maladroite et surtout... fausse. Certes la gauche n'a pas le monopole de la liberté mais force est de constater que l'approfondissement des libertés publiques et de la démocratie est à mettre à son crédit : la décentralisation, les radio libres, la fin des juridictions militaires d'exception, le PACS... Je pourrais citer des dizaines d'exemples sans soucis. Si on élargit le propos rien qu'à l'Europe, demandez aux grecques, portugais ou espagnoles si les socialistes ont entrainé une réduction des libertés publiques ou... ont contribué à instaurer la démocratie.