Les inerties de la jeunesse socialiste hexagonale sont connus (billet que j'avais écrit). Un courant politique – Nouvelle gauche (NG) puis Transformer à gauche (TAG) – qui en dominant sans partage (et parfois avec dureté) le MJS l'a vidé de son sang. Une « aile gauche » du PS, dont TAG est désormais la composante principale, qui en intégrant la majorité au Congrès de Reims en 2008 s'est amputée de son combat porteur contre la « social-libéralisation » (réelle ou supposée) du PS. Des approximations de Benoît Hamon au porte-parolat socialiste qui ont réactivé la césure entre culture majoritaire (les « hamonistes ») et culture minoritaire (les « emmanuelistes ») au sein de TAG. Une pensée du MJS qui se limite au « parler » marxiste - à défaut de « penser » marxiste - et l'absence de mesures phares qui résonnent au sein de la gauche.

Le MJS a aussi, il est vrai, les handicaps communs à l'ensemble du mouvement socialiste français : faiblesse militante, peu d'ancrage ouvrier puis populaire et histoire mouvementée - dissolution à deux reprises par leurs ainés en 1938 et 1958 - (article de Démocratie & Socialisme). Mais l'organisation de jeunesse de la famille socialiste cultive aussi un péché mignon bien a elle, qui suscite au choix démentis indignés ou condamnations outragées : une démocratie interne pour le moins douteuse et verrouillée. Résultat, à la longue le mouvement n'attire plus de militants. Pire, il est un repoussoir, une « machine à anesthésier les bonnes volontés » qui « dégoute du militantisme » selon une ex-militante parisienne. Toute tentative de créer une autre structure en marge du MJS a failli. La Ségosphère, s'est révélée être le rien politique, puis le rien démocratique et enfin le rien militant. Reste donc deux solutions : déserter ou changer le MJS de l'intérieur.

Lors du 9e congrès, la nouvelle direction emmenée par Lauriane Deniaud repeint la façade de l'organisation : nom, slogan, logo, site. Le « Mouvement des jeunes socialistes » devient les « Jeunes socialistes » tout court. Quelle révolution camarade ! Pourtant « c'est toujours la même merde derrière la dernière couche de peinture » comme le rappait Akhenaton. Le Canard Enchainé révèle (pour partie) les fraudes importantes qui ont (encore) entaché le vote des militants (extraits de l'article). La réalité est encore plus crue. Écart exubérant entre le vote sur les motions et celui sur les candidats de ces motions en Isère (10 point pour la Motion 2 Le temps des conquêtes). Scores folkloriques dans certaines fédérations alors que partout est constaté un net recul de la majorité sortante(Motion 1) au profit des minoritaires (Motion 2,3). Tripatouillages qui permettront à Mademoiselle Deniaud de présider - à partir de mars 2011 - l'organisation au delà de l'age limite réglementaire de 29 ans.

Depuis Grenoble la désorientation est de mise dans la « base » militante. Un flottement se fait sentir dans les réunions internes : est-ce vraiment la fin d'un cycle ou... la fin du MJS ? Dans ce marasme le seul espoir est que les militants entendent le message optimiste et rénovateur porté par les minoritaires mais aussi par d'autres à l'extérieur : associations, syndicats et « nouveaux » mouvements sociaux. Il n'y a pas de « sens de l'histoire » fatidique, cycle implacable et redondant avec ses dominants (les structures de l'organisation) et ses dominés (les militants). Les jeunes socialistes doivent oser se remettre en cause, s'ouvrir, pour continuer à exister. En un mot ils doivent se rapproprier démocratiquement le MJS pour en faire un mouvement au sens premier du terme. Si tel n'est pas le MJS mourra à petit feu comme tant d'autres organisations de gauche avant lui (Parti radical, SFIO, PSU). Mais dans l'indifférence la plus totale. Ce qui est encore plus cruel.