La disparition de la droite sociale
Par Thibault Dumas le 07 janvier 2010, - Droite - Lien permanent
Être de gauche c'est (aussi) avoir de
l'estime pour ceux qui, bien que de l'autre bord, sont dévoués à la République
et sensibles à la question sociale. Philippe Séguin était de ceux là. Un
président de la Cour des comptes pertinent et percutant, maniant l'ironie avec
délectation, qui fit de son institution un véritable contre-pouvoir
républicain. Il resta tout de même bien plus proche de Nicolas Sarkozy qu'on ne
le dit. Ce natif de Tunis a aussi incarné les errements du conservatisme
français par rapport à la question européenne, un flirt avec l'extrême droite
dissimulé sous le terme de « souverainisme ». Il fut aussi mêlé - presque
malgré lui - à la décrépitude peu ragoûtante du RPR et au cynisme libéral de
Jacques Chirac (à l'image du plan de rationalisation de l'Assurance maladie de
1986 lorsque qu'il fut son Ministre des Affaires sociales). Reste qu'il
incarnait, au delà de ses coups de sang et de son art oratoire, une certaine
droite : soucieuse de l'intérêt général et non de celui d'une caste ou des
milieux financiers. L'actuel locataire de l'Élysée en a pris l'exact
contre-pied, détruisant méticuleusement ce sens de l'État. La mort des idées de
Philippe Séguin a en quelque sorte précédée sa propre disparition.












Commentaires
Que pensez -vous du dernier rapport de Séguin en tant que président de la Cour des Comptes. Il a souligné le fait que le nombre de fonctionnaires avait augmenté de 36 % depuis 1980 !!! et que chaque fonctionnaire à la charge de l'état pendant en moyenne 50 ans coûte en moyenne 3,5 millions d'euros à la collectivité soit 70 000 euros par an !!! Nous avons environ 1.3 millions de fonctionnaires de plus qu'en 1980 ce qui fait une charge annuelle de plus de 90 milliards d'euros... Je me souviens qu'avant 1981 la France vivait mieux, les services publics ( train, poste, sécu, enseignement ) étaient bien meilleurs alors que s'est-il passé ??? Nous avions moins d'impôts, beaucoup moins de dettes ( 20% du PIB ) alors qu'en pensez-vous ???
Il est intéressant de noter que Philippe Séguin avait également dénoncé le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraire (promesse de campagne de Nicolas Sarkozy) comme "une décision dictée par des considérations budgétaires de court terme". Et tout le problème d'une diminution globale, arbitraire des effectifs de fonctionnaires est la : il casse le secteur public à court terme dans son ensemble. Au contraire un re-investissement dans les services publics est nécessaire (éducation, santé, transports...) qui garantisse dans un même temps leur efficacité et démocratise leur fonctionnement par un contrôle effectif des citoyens. En un mot l'usager - qui n'est en rien un client - doit avoir voix au chapitre. C'est ce que la Fondation Copernic (altermondialiste) a appelé "l'appropriation sociale" dans une note de février 2002, un aspect qui a cruellement fait défaut en 1981. :
http://www.fondation-copernic.org/s...
Je ne suis en rien partisan de la théorie du "c'était mieux avant" budgétaire et fiscal, surtout que les vraies difficultés pour l'État français ont commencé au moment des chocs pétroliers de 1970-1973. Faut il rappeler en outre qu'un budget dépend des dépenses mais aussi des recettes. Si déficit budgétaire il y a la question est de savoir si celui-ci est utile à long terme ou non. Reagan ou Bush fils pour orthodoxes qu'ils ont été, ont fait exploser le déficit comme la dette américaine (+200% sous Ronald Reagan dans les années 1980) par des déductions fiscales massives, une casse systématique de l'État fédéral US et des dépenses militaires outrancières. Le gouvernement Fillon n'échappe en rien à cette règle de libéraux creusant les déficits... pour rien. Si ce n'est une idéologie quasi-fanatique :
http://www.marianne2.fr/Budget-2010...
J'ai lu attentivement votre réponse mais je ne crois pas que ramener les effectifs de la fonction publique à ce qu'il étaient avant 1981 reviendraient à casser le service public car, sans vouloir exprimer de la nostalgie, tous les français qui étaient adultes en 1980 se souviennent parfaitement que le service était meilleur. De plus, les gains de productivité, les progrès techniques auraient pu permettre à la fonction publique de se moderniser et de rendre plus de meilleurs services à un coût moindre pour les citoyens. La réduction des effectifs de fonctionnaires casserait le service public seulement si les fonctionnaires le veulent. Et on arrive là à la notion de chantage....voire de prise d'otage de la République.
Investir dans le service public, je suis d'accord mais avec quel argent ??? Le problème est que les frais de fonctionnement trop élevés interdisent l'investissement autrement que par l'emprunt mais cette logique est au bout du rouleau car l'état se rapproche de la cessation de paiement....et la France ne pourra bientôt plus emprunter sans payer des taux d'intérêts exorbitants...
De plus, je crois que c'est l'Administration qui est en mesure de contrôler les citoyens et non l'inverse. Comment peut-on espérer que des corporations protégées par des statuts en béton, qui peuvent bloquer l'économie du pays sur un simple mot d'ordre, qui détiennent les services de renseignement, les services fiscaux, les services de police, dont les membres noyautent les ministères et les partis politiques, puissent un jour céder à des pressions des citoyens exigeants sur la qualité du service qu'ils financent ??? Ça me semble utopiste.
Le cas américain est intéressant mais leur situation n'est pas la même et leurs problèmes non plus. Le recours au déficit pour nourrir la croissance pouvait être envisageable car les USA se financent sur le marché mondial dans leur propre devise. Privilège scandaleux qui permet de faire financer ses dépenses par le reste du monde en faisant de l'inflation. Mais ça aboutit in fine à la dépréciation du dollar et donc à de l'inflation importée etc...on connait la suite. Le problème de la France est celui de son endettement et de sa capacité à le rembourser. Si la France se révèle incapable de réduire ses dépenses publiques qui couvrent déjà 54% de son PIB, elle terminera comme la Grèce. A mon avis, on y sera dans 5 ans voire avant si la croissance est absente. L'état ne pourra plus payer ses fonctionnaires, la sécu etc.... Notre système social fonctionne depuis 30 ans par l'endettement, mais ça personne ne le dit RÉELLEMENT aux français. Nous avons vécu comme des irresponsables et maintenant les huissiers arrivent.... A votre avis, quelle solution peut-on envisager ??? Personnellement, je ne vois aucune issue, sauf sacrifier l'euro et revenir comme avant à l'inflation, les salaires qui courent derrière les prix, la ruine des épargnants, des retraités...etc.... Les Allemands lâcheraient la monnaie unique car non désireux de payer notre service public à notre place ou de supporter notre inflation et le rêve européen serait mis au placard pendant une génération. Catastrophe historique diraient certains. Comment voyez-vous les choses ??? pour moi ce n'est rien d'autre qu'une question de moyens financiers que la France n'a plus et n'a même jamais eus !!!