Le supermarché de la honte
Par Thibault Dumas le 20 décembre 2009, - Société - Lien permanent

On connaissait l’interdiction de stade pour
sanctionner un « supporter » de football indélicat. Nos voisins
helvétiques ont inventé l’interdiction de supermarché pour châtier le vol à
l’étalage. Une décision judiciaire ? Non, une sentence unilatérale et
contestable proclamée par le leader suisse de la grande distribution Migros à
l’encontre d’une jeune femme de 29 ans habitant Vevey, au bord du Lac Léman.
Les larcins incriminés ont été commis par Séverine (le prénom a été modifié) en
début d’année 2009 : « Ça s’est passé deux fois et c’était chaque fois
pour moins de 100 francs (environ 66 euros) de marchandises ». La jeune
Suissesse plaide une passe difficile dans sa vie : « Je traversais
une période de cleptomanie. Mon père venait de se faire agresser et casser les
deux jambes par cinq jeunes à Genève. J’étais très en colère et peinais à gérer
ce sentiment d’injustice ». Suite à ces vols, la chaîne d’hypermarchés lui fait
parvenir plusieurs courriers pour lui signifier qu’elle a interdiction de
remettre les pieds dans un des établissements de l’enseigne.
Mais la Veveysanne n’a pas réalisé son bannissement et retourne le 1er juillet 2009, soit six mois plus tard, dans le même magasin. Elle y fait pour 60 francs de courses (environ 40 euros) sans commettre le moindre vol. Cependant la surveillante du supermarché la reconnaît, puis c’est l’engrenage humiliant : « on m’a traitée de voleuse et de menteuse et fouillée à plusieurs reprises. On m’a ensuite emmenée à la gendarmerie. Là-bas, j’ai été mise en garde-à-vue dans une cellule, déshabillée, et fouillée à nu ». Très affectée, Séverine n’a pas mangé pendant 15 jours suite à l’incident alors qu’elle souffre déjà d’anorexie (la frêle jeune femme pèse seulement 33 kilos). L’avocat de la Suissesse conteste avec force la décision prise par le géant helvétique de l’alimentation, premier employeur du pays : « Selon moi, Migros ne peut pas spontanément interdire l’accès à son magasin. À mes yeux, seul un juge peut délivrer cette interdiction ». De son coté, la direction nationale de Migros Vaud se targue sans vergogne de se faire elle-même justice en matière de vols à l’étalage : « Si, après deux fautes que nous estimons graves, nous ne constatons pas de changement d’attitude, nous nous réservons le droit d’interdire au contrevenant l’accès à nos magasins, qui sont des territoires privés ». Les deux parties ont porté plainte, le Tribunal de police de Vevey devra trancher. M le meilleur (slogan de Migros) pourrait bien devenir M le maudit (publié en ligne par Marianne).












Commentaires
Je trouvais bizarre que tu publies 10 billets à la fois (le 20 Décembre), je comprends mieux maintenant en découvrant ton nouveau blog...
J'aime beaucoup, alors maintenant au boulot ! Des billets, des billets, des billets...
Et bonne fin d'année à toi.
Merci Stef et bonne année. Pour les billets je vais essayer d'être plus régulier et de faire aussi bien que toi !