Les argentins en ont rêvé, le gouvernement argentin l'a fait. Le 20 août 2009, la présidente Cristina Kirchner a signé un accord avec la Fédération argentine de football (AFA, qui floque les maillots de la sélection nationale) concédant pour une décennie la diffusion de la première division argentine à la télévision publique (brève de Courrier international). Madame Kirchner n'a pas fait les choses à moitié : 110 millions d'euros aligné par l'État, grand raout aux côtés de Diego « El Pibe de Oro » Maradona, trémolos dans la voix et comparaison avec la dictature militaire de 1976-1983. Dan le texte cela donne : « Ils te séquestrent les buts jusqu’au dimanche comme ils te séquestrent les images et les mots. Comme ils ont séquestré 30 000 Argentins ».

Contestée par ses concitoyens, affaiblie depuis la perte de la majorité absolue du Front de la Victoire (FPV) aux deux chambres du Congrès, la leader péroniste cherche surtout à se refaire une santé politique. Quitte à verser dans le populisme. Cette nationalisation de la diffusion du ballon rond lui permet de faire d'une pierre deux coups en mettant sur la touche le groupe de presse Clarín, très virulent à l'encontre de sa politique. L'immeuble de Clarín à Buenos Aires et son gros millier d'employés, à même eu le droit à une petite visite de l'administration fiscale (article de RFI). Mais seul compte la vérité du terrain : désormais tous les argentins pourront voir à la télévision le « clásico » opposant les Boca Juniors à River Plate.

Une telle mesure est elle possible en France ? Les clubs français sont extrêmement dépendants des droits télévisuelles. Ils contribuent à hauteur de 57% à leurs revenus (rapport de Eric Besson). Une spécificité européenne partagée avec l'Italie, car ailleurs ce sont la billetterie des stades (Manchester United, Arsenal en Angleterre) ou les produits commerciaux (le Barça et le Real en Espagne, le Bayern en Allemagne) qui financent les clubs de football. Les emprunts hasardeux, les financements douteux, qui sont courants dans les grands championnats européens sont prohibés dans l'hexagone, tout comme outre-Rhin. Les droits télévisuelles (680 millions d'euros 2008/2009) restent donc le poumon de la Ligue 1, les supprimer directement conduirait à l'asphyxie du football tricolore.

Sans perdre de vue l'idée de rendre accessible à tous la diffusion de la L1, il existe une solution intermédiaire, par le biais d'une régulation publique conséquente. Intégrer dans les ventes des lots (matchs, résumés) l'obligation de diffuser les rencontres en clair, sans abonnement, comme c'est le cas pour ceux des Bleus avec TF1. En vertu de quel principe la Coupe de la Ligue, la Coupe de France, la Ligue des Champions seraient visible par tous et non la Ligue 1 ? Ce nouveau type d'appel d'offre qui serait en vigueur après 2012 (fin de la concession à Canal + et Orange), ou même plus tôt, permettrait au service public audiovisuel d'y concourir. Du « pain et des jeux » diront certains ?  Non, l'abolition d'un privilège d'une caste d'abonnés au profit du tiers-état footballistique.