1. Les alliances. Premier jour de l'Université d'été des Verts à Nîmes le 20 août 2009. Daniel Cohn-Bendit s'emporte : « Merde ! Il faut changer la gauche et défier la droite. Et s'il faut ajouter le Modem, on ajoutera le Modem », avant de conclure « Vous voulez une majorité ou vous voulez avoir raison ? » (article de Marianne 2). Cette alliance « arc-en-ciel », le député européen veut la décliner dans les hémicycles régionaux en 2010 pour préparer l'alternance à défaut de l'alternative en 2012.  Les militants hésitent puis applaudissent, le MoDem symbolise tout de même la trahison absolue avec les départs de Yann Wehrling (ex-leader des Verts) et Jean-Luc Bennahmias chez les centristes. Cécile Duflot est gênée voir énervée, partisane d'une gauche plurielle bis (ou gauche durable), elle a rappelé en propos liminaire la filiation « génétique » du programme d'Europe écologie avec la gauche. Emmanuelle Cosse, co-rédactrice en chef de la revue d'extrême gauche Regards, exprime son malaise par rapport à « cette envie d'être majoritaire » de Dany le Vert. Toutes les contradictions stratégiques de l'écologie politique sont résumées en une scène.

2. La ligne. Les écologistes restent divisés en trois tendances historiques sans qu'aucune n'arrive à s'imposer : les apolitiques centristes, les réformistes de gauche, les altermondialistes radicaux. Daniel Cohn-Bendit prône inlassablement le compromis au centre tant dans les alliances que dans les idées (le fameux « libéral-libertaire »). Cette ligne de compromis centriste ou « apolitique », appliquée concernant la Taxe carbone, est aussi celle des associatifs proches de Nicolas Hulot. Cécile Duflot comme beaucoup de Verts prônent un ancrage à gauche, autour d'un « autre modèle de civilisation » à la fois écologique et social. Reste une frange socialement plus radicale autour de José Bové ou des cercles « alters ». C'est cette division des écologistes face à la question sociale qui a entrainé la départ de la députée Martine Billard des Verts pour le Parti de gauche (PG) : « (…) les Verts se préoccupent peu des questions sociales et encore moins du travail, en dehors de déclarations généralistes », « Face à l’hégémonie de la droite en Europe, c’est une force de gauche et écologiste qui est nécessaire, et non une force centriste » (billet sur son blog).

3. L'électorat. Difficile de faire plus volatile que l'électorat des Verts. En 2007, Dominique Voynet récoltait 1,57% au premier tour de l 'élection présidentielle. Deux ans plus tard Europe écologie obtenait 16,28% aux élections européennes... L'électorat d'Europe écologie correspond à ces citoyens indécis devenus électeurs zappeurs issus principalement des classes moyennes urbaines. Elles ont opté pour François Bayrou en 2007 pour ensuite déserter le vote MoDem en 2009. Selon les sondages sortie des urnes, 32% des cadres et professions intellectuelles supérieurs ont voté pour les listes d'Europe écologie. 5% des électeurs écologistes se déclarent sans-diplôme tandis que 61% d'entre eux ont un diplôme d'enseignement supérieur (étude de TNS Sofres). Outre leur peu d'ancrage ouvrier et populaire qui rend secondaire la question sociale, les Verts n'ont pas vraiment de bastions locaux (à l'exception de Bègles, Loos-en-Gohelle et peut-être Montreuil). Cette situation empêche les écologistes de progresser durablement, les cantonnant à une base électorale stable de « seulement » 1 million de voix. Trop peu pour supplanter le PS.

4. Le parti. Ou plutôt devrait-on dire le rassemblement Europe écologie, car juridiquement il s'agit simplement du nom des listes déposées lors des européennes. Dans la foulée du scrutin s'est aussi créée l'association des amis d'Europe écologie, présidée par Gabriel Cohn-Bendit, qui s'appuie en partie sur des réseaux de centre-droit proches de Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet (article de Media Part). La thèse officielle serait de créer à partir d'Europe écologie un « réseau » et non « une UMP de gauche » (dixit Dany Le Vert) sur le principe de la double appartenance entre un parti ou une ONG et le réseau, un peu comme la fédération UDF d'avant 1998. Car la question tabou reste celle de la dissolution des Verts qui ont eu tant de mal à exister puis se stabiliser depuis les années 1990. Même pour le « réseau » il reste ces trois obstacles de taille : les alliances, la ligne et l'électorat. Certains écologistes craignent des lendemains qui déchantent. Mickaël Marie, trésorier des Verts, se dit « (...) hanté par l’inquiétude de l’occasion manquée », « Et si nous ne parvenions pas – cela nous est déjà arrivé – à être à la hauteur de ce qui s’est produit ? ».