La quadrature du cercle écologiste
Par Thibault Dumas le 11 septembre 2009, - Gauche - Lien permanent
Le vert est à nouveau tendance. Alors
qu'il y a encore deux ans les Verts étaient une espèce en voie de disparition
politique, il sont aujourd'hui dans un cycle de régénération depuis leur
éclosion électorale au sein d'Europe écologie (EE) lors des européennes du
printemps dernier (16,28 % simplement à 0,2% du Parti socialiste). Fini les
querelles intestines à n'en plus finir des Verts. Au diable les divisions
historiques du mouvement écologiste entre : associatifs et politiques,
apolitiques et progressistes, réalistes et radicaux. Les écologistes en général
et les Verts en particulier sont sur un petit nuage, qui plane très haut dans
le ciel politique français. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, nie
toute ébriété électorale prônant « beaucoup de modestie, beaucoup de
responsabilité ». Et les écolos en auront besoin car ils font face à une
véritable quadrature du cercle.
1. Les alliances. Premier jour de l'Université d'été des
Verts à Nîmes le 20 août 2009. Daniel Cohn-Bendit s'emporte : « Merde ! Il
faut changer la gauche et défier la droite. Et s'il faut ajouter le Modem, on
ajoutera le Modem », avant de conclure « Vous voulez une majorité ou
vous voulez avoir raison ? » (article
de Marianne 2). Cette alliance « arc-en-ciel », le député européen
veut la décliner dans les hémicycles régionaux en 2010 pour préparer
l'alternance à défaut de l'alternative en 2012. Les militants hésitent
puis applaudissent, le MoDem symbolise tout de même la trahison absolue avec
les départs de Yann Wehrling (ex-leader des Verts) et Jean-Luc Bennahmias chez
les centristes. Cécile Duflot est gênée voir énervée, partisane d'une gauche
plurielle bis (ou gauche durable), elle a rappelé en propos liminaire la
filiation « génétique » du programme d'Europe écologie avec la
gauche. Emmanuelle Cosse, co-rédactrice en chef de la revue d'extrême gauche
Regards, exprime son malaise par rapport à « cette envie d'être majoritaire »
de Dany le Vert. Toutes les contradictions stratégiques de l'écologie politique
sont résumées en une scène.
2. La ligne. Les écologistes restent divisés en trois
tendances historiques sans qu'aucune n'arrive à s'imposer : les apolitiques
centristes, les réformistes de gauche, les altermondialistes radicaux. Daniel
Cohn-Bendit prône inlassablement le compromis au centre tant dans les alliances
que dans les idées (le fameux « libéral-libertaire »). Cette ligne de
compromis centriste ou « apolitique », appliquée concernant la Taxe
carbone, est aussi celle des associatifs proches de Nicolas Hulot. Cécile
Duflot comme beaucoup de Verts prônent un ancrage à gauche, autour d'un
« autre modèle de civilisation » à la fois écologique et social.
Reste une frange socialement plus radicale autour de José Bové ou des cercles «
alters ». C'est cette division des écologistes face à la question sociale qui a
entrainé la départ de la députée Martine Billard des Verts pour le Parti de
gauche (PG) : « (…) les Verts se préoccupent peu des questions sociales et
encore moins du travail, en dehors de déclarations généralistes », « Face
à l’hégémonie de la droite en Europe, c’est une force de gauche et écologiste
qui est nécessaire, et non une force centriste » (billet
sur son blog).
3. L'électorat. Difficile de faire plus volatile que
l'électorat des Verts. En 2007, Dominique Voynet récoltait 1,57% au premier
tour de l 'élection présidentielle. Deux ans plus tard Europe écologie
obtenait 16,28% aux élections européennes... L'électorat d'Europe écologie
correspond à ces citoyens indécis devenus électeurs zappeurs issus
principalement des classes moyennes urbaines. Elles ont opté pour François
Bayrou en 2007 pour ensuite déserter le vote MoDem en 2009. Selon les sondages
sortie des urnes, 32% des cadres et professions intellectuelles supérieurs ont
voté pour les listes d'Europe écologie. 5% des électeurs écologistes se
déclarent sans-diplôme tandis que 61% d'entre eux ont un diplôme d'enseignement
supérieur (étude
de TNS Sofres). Outre leur peu d'ancrage ouvrier et populaire qui rend
secondaire la question sociale, les Verts n'ont pas vraiment de bastions locaux
(à l'exception de Bègles, Loos-en-Gohelle et peut-être Montreuil). Cette
situation empêche les écologistes de progresser durablement, les cantonnant à
une base électorale stable de « seulement » 1 million de voix. Trop
peu pour supplanter le PS.
4. Le parti. Ou plutôt devrait-on dire le rassemblement Europe
écologie, car juridiquement il s'agit simplement du nom des listes déposées
lors des européennes. Dans la foulée du scrutin s'est aussi créée l'association
des amis d'Europe écologie, présidée par Gabriel Cohn-Bendit, qui s'appuie en
partie sur des réseaux de centre-droit proches de Jean-Louis Borloo et Nathalie
Kosciusko-Morizet (article
de Media Part). La thèse officielle serait de créer à partir d'Europe
écologie un « réseau » et non « une UMP de gauche » (dixit
Dany Le Vert) sur le principe de la double appartenance entre un parti ou une
ONG et le réseau, un peu comme la fédération UDF d'avant 1998. Car la question
tabou reste celle de la dissolution des Verts qui ont eu tant de mal à exister
puis se stabiliser depuis les années 1990. Même pour le « réseau » il
reste ces trois obstacles de taille : les alliances, la ligne et l'électorat.
Certains écologistes craignent des lendemains qui déchantent. Mickaël Marie,
trésorier des Verts, se dit « (...) hanté par l’inquiétude de l’occasion
manquée », « Et si nous ne parvenions pas – cela nous est déjà arrivé – à être
à la hauteur de ce qui s’est produit ? ».











