Dans l'excellent documentaire « Europe : ascenseur pour les fachos » (site officiel), Barbara Conforti et Stéphane Lepetit montrent de quelle manière cette fièvre fascisante s'exprime dans différents pays d'Europe. En Allemagne, c'est le NPD (Parti national-démocrate d'Allemagne) qui a percé aux élections locales en 2006, faisant son entrée au parlement de Schwerin et dans 5 conseils municipaux à Berlin. L'ossature idéologique du parti est limpide : le racisme et la nostalgie du IIIe Reich. Selon le n°2 du NPD Udo Pastors il est nécessaire d'aller : « vers la ségrégation des peuples » car selon lui « le mélange des races c'est le génocide des peuples ». Pire, les néo-nazis d'outre Rhin achètent des propriétés pour en faire des « zones nationales libérées » destinés à la formation des jeunes de 7 à 19 ans. Ces camps très militarisés entraineraient même parfois au maniement des armes. Les autorités berlinoises en viennent à considérer l'extrémisme de droite comme la principale menace violente contre la République fédérale allemande juste derrière le terrorisme islamique.

Plus à l'est, en Hongrie, les fascistes tiennent la rue plus que les urnes. Les milices paramilitaires d'extrême droite, dont la Garde hongroise, recrutent des adhérents par milliers et organise des parades en plein Budapest... sous les applaudissements des badauds. Les uniformes des Croix fléchées, les fascistes hongrois pro-hitlériens de 1932 à 1945, réapparaissent. Ces milices brunes ont déjà essayé de déstabiliser la démocratie hongroise par la force, notamment après les scandales qui ont ébranlés le gouvernement libéral-social de Ferenc Gyurcsány en 2006. La menace est telle que la cour d'appel de Hongrie a ordonnée de dissoudre la Magyar Gárda (Garde hongroise) le 2 juillet 2009 au motif qu'elle faisait naitre de « nouvelles tensions » (article du Monde). La milice ne s'avoue pas vaincue pour autant, elle continue ses activités de façon « informelle » et envisage même un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme (comble de l'ironie).

C'est un fait, la droite contre-révolutionnaire joue partout en Europe sur « la haine du présent » et « la nostalgie d’un âge d'or » pour reprendre les mots de Michel Winock. En Europe de l’Est, elle utilise la souffrance sociale née du passage brutal de la planification communiste au capitalisme le plus sauvage. Son autoritarisme et son populisme jouent sur la mélancolie d’un passé ordonné, figé et totalitaire. Dans d’autres pays, l’extrême droite porte aux nues un passé d'arrogance nationale, fut-il fascisant, raciste et violent (Espagne, Italie, Allemagne, France). Parfois, comme en Angleterre, les extrémistes de droite convoque même la pureté raciale dans son nationalisme. Outre-manche le British national party (BNP), se fait l’apôtre du nationalisme blanc qui vise à « restaurer la composition majoritairement blanche de la population britannique qui existait en Grande-Bretagne avant 1948 ». Ce parti ouvertement raciste et néo-nazi n’accepte en son sein que « les groupes ethniques britanniques et indigènes provenant de la classe de Caucasien indigène ».

L'extrême droite a trouvé en la droite libérale-conservatrice un allié de poids. Les alliances gouvernementales nouées aux quatre coins de l'Europe ont contribué à renforcer l'ultra droite, l’institutionnalisant, la « normalisant ». Le cas le plus flagrant est celui de l’Italie, ou Silvio Berlusconi a fusionné son parti Forza Italia avec la très populiste Ligue du Nord pour donner naissance au Peuple de la liberté (PDL) en mars 2009. En France, le processus est certes plus progressif mais similaire. Nicolas Sarkozy a tout d'abord absorbé idéologiquement et électoralement le Front national en 2007. Il l'a ensuite décliné ces idées dans la politique du gouvernement Fillon, par exemple en matière d'immigration, avec une véritable « xénophobie d'État » pour reprendre l'expression de la Ligue de Droits de l'Homme (communiqué du 85e congrès). A l'été 2009, voici venu le temps de l'intégration partisane avec l’arrivée du Mouvement pour la France (MPF) et de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) au sein du Comité de liaison de la majorité présidentielle. En attendant des alliances locales avec un Front national « lisse » piloté par Marine Le Pen ?

Mais au delà des errements de la droite, c’est la faiblesse de l’Union européenne et de la gauche depuis la fin de la décennie 1990, qui a permis à l’ultra droite de prospérer. La potion sournoisement eurosceptique et ultra-libérale de la commission Barroso (coopération au lieu d’intégration, Dieu-marché au lieu de solidarité) a accentuée cette « non-union » européenne, conduisant à la flambée des égoïsmes nationaux. Orphelins d’un dessein européen socialement progressiste, dénués de toute perspective de protection face à la mondialisation, les salariés et les classes populaires du vieux continent choisissent l’ordre réactionnaire à défaut de croire au changement d’ordre social européen. La gauche européenne est associée (à juste titre) à ces errements européens, « la réduction du socialisme au gestionnarisme a sapé les fondements de l’espérance » comme l'avait dit Edgar Morin (lettre ouverte de 1993). Incarner l’espoir pour la gauche est donc le meilleur moyen de combattre le nihilisme de l’extrême droite.