Fièvre fasciste en Europe
Par Thibault Dumas le 23 août 2009, - Europe - Lien permanent
Aux
premiers jours de l'été 2009, tous les projecteurs se sont braqués sur la
petite ville de Hénin-Beaumont dans le Nord de la France. La République toute
entière a tremblé à l’occasion d'une municipale partielle dans cette commune de
26 000 habitants du Pas-de-Calais. L'extrême droite qui laboure depuis 15 ans
cette terre ouvrière sur le déclin sera passée à 528 voix d'une victoire
symbolique retentissante. Ce résultat confirme que si depuis 2007 le Front
national est affaiblit électoralement, il prospère idéologiquement. Son
national-populisme s'est dissout dans le sarkozysme triomphant. A l'échelle de
l'Europe la situation est encore plus préoccupante, l'ultra droite dans sa
version la plus xénophobe et fascisante connaît partout sur le vieux contient
une seconde jeunesse. Dans 18 pays européens elle est à son plus haut niveau
historique tandis que dans 5 d'rntre eux elle est au pouvoir avec la droite
libérale-conservatrice (Italie, Danemark, Suisse, Slovaquie et Lettonie).
Dans l'excellent documentaire « Europe : ascenseur pour les fachos »
(site
officiel), Barbara Conforti et Stéphane Lepetit montrent de quelle manière
cette fièvre fascisante s'exprime dans différents pays d'Europe. En Allemagne,
c'est le NPD (Parti national-démocrate d'Allemagne) qui a percé aux élections
locales en 2006, faisant son entrée au parlement de Schwerin et dans 5 conseils
municipaux à Berlin. L'ossature idéologique du parti est limpide : le racisme
et la nostalgie du IIIe Reich. Selon le n°2 du NPD Udo Pastors il est
nécessaire d'aller : « vers la ségrégation des peuples » car selon lui « le
mélange des races c'est le génocide des peuples ». Pire, les néo-nazis d'outre
Rhin achètent des propriétés pour en faire des « zones nationales libérées »
destinés à la formation des jeunes de 7 à 19 ans. Ces camps très militarisés
entraineraient même parfois au maniement des armes. Les autorités berlinoises
en viennent à considérer l'extrémisme de droite comme la principale menace
violente contre la République fédérale allemande juste derrière le terrorisme
islamique.
Plus à l'est, en Hongrie, les fascistes tiennent la rue plus que les urnes. Les
milices paramilitaires d'extrême droite, dont la Garde hongroise, recrutent des
adhérents par milliers et organise des parades en plein Budapest... sous les
applaudissements des badauds. Les uniformes des Croix fléchées, les fascistes
hongrois pro-hitlériens de 1932 à 1945, réapparaissent. Ces milices brunes ont
déjà essayé de déstabiliser la démocratie hongroise par la force, notamment
après les scandales qui ont ébranlés le gouvernement libéral-social de Ferenc
Gyurcsány en 2006. La menace est telle que la cour d'appel de Hongrie a
ordonnée de dissoudre la Magyar Gárda (Garde hongroise) le 2 juillet 2009 au
motif qu'elle faisait naitre de « nouvelles tensions » (article du Monde). La milice ne s'avoue pas vaincue pour
autant, elle continue ses activités de façon « informelle » et envisage même un
recours devant la Cour européenne des droits de l'homme (comble de
l'ironie).
C'est un fait, la droite contre-révolutionnaire joue partout en Europe sur « la
haine du présent » et « la nostalgie d’un âge d'or » pour reprendre les mots de
Michel Winock. En Europe de l’Est, elle utilise la souffrance sociale née du
passage brutal de la planification communiste au capitalisme le plus sauvage.
Son autoritarisme et son populisme jouent sur la mélancolie d’un passé ordonné,
figé et totalitaire. Dans d’autres pays, l’extrême droite porte aux nues un
passé d'arrogance nationale, fut-il fascisant, raciste et violent (Espagne,
Italie, Allemagne, France). Parfois, comme en Angleterre, les extrémistes de
droite convoque même la pureté raciale dans son nationalisme. Outre-manche le
British national party (BNP), se fait l’apôtre du nationalisme blanc qui vise à
« restaurer la composition majoritairement blanche de la population britannique
qui existait en Grande-Bretagne avant 1948 ». Ce parti ouvertement raciste et
néo-nazi n’accepte en son sein que « les groupes ethniques britanniques et
indigènes provenant de la classe de Caucasien indigène ».
L'extrême droite a trouvé en la droite libérale-conservatrice un allié de
poids. Les alliances gouvernementales nouées aux quatre coins de l'Europe ont
contribué à renforcer l'ultra droite, l’institutionnalisant, la « normalisant
». Le cas le plus flagrant est celui de l’Italie, ou Silvio Berlusconi a
fusionné son parti Forza Italia avec la très populiste Ligue du Nord pour
donner naissance au Peuple de la liberté (PDL) en mars 2009. En France, le
processus est certes plus progressif mais similaire. Nicolas Sarkozy a tout
d'abord absorbé idéologiquement et électoralement le Front national en 2007. Il
l'a ensuite décliné ces idées dans la politique du gouvernement Fillon, par
exemple en matière d'immigration, avec une véritable « xénophobie d'État »
pour reprendre l'expression de la Ligue de Droits de l'Homme (communiqué du 85e congrès). A l'été 2009, voici venu le temps de
l'intégration partisane avec l’arrivée du Mouvement pour la France (MPF) et de
Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) au sein du Comité de liaison de la
majorité présidentielle. En attendant des alliances locales avec un Front
national « lisse » piloté par Marine Le Pen ?
Mais au delà des errements de la droite, c’est la faiblesse de l’Union
européenne et de la gauche depuis la fin de la décennie 1990, qui a permis à
l’ultra droite de prospérer. La potion sournoisement eurosceptique et
ultra-libérale de la commission Barroso (coopération au lieu d’intégration,
Dieu-marché au lieu de solidarité) a accentuée cette « non-union » européenne,
conduisant à la flambée des égoïsmes nationaux. Orphelins d’un dessein européen
socialement progressiste, dénués de toute perspective de protection face à la
mondialisation, les salariés et les classes populaires du vieux continent
choisissent l’ordre réactionnaire à défaut de croire au changement d’ordre
social européen. La gauche européenne est associée (à juste titre) à ces
errements européens, « la réduction du socialisme au gestionnarisme a sapé les
fondements de l’espérance » comme l'avait dit Edgar Morin (lettre ouverte de 1993). Incarner l’espoir pour la gauche est
donc le meilleur moyen de combattre le nihilisme de l’extrême droite.












Commentaires
Un petit article sur le fascisme Outre-Manche :
http://guerredeclasse.wordpress.com...
Bonjour, toutes mes félicitations pour ces articles ! Pascal Djemaa, journaliste.
http://pascaldjemaa.over-blog.fr
Je ne sais pas si vous avez laissé votre commentaire pour me féliciter ou faire de la publicité pour votre blog. Quoi qu'il en soit je vous remercie.
Bonjour Thibault,
Je suis Hongroise et j'ai cherché des opinions sur les événements hongrois... Comme j'aimais beaucoup votre poste, j'aimerais demander votre consentement pour le traduire en hongrois. Je le mettrais sur le site de Népszabadsàg, où je suis blogueuse :
http://www.nol.hu
http://www.nolblog.hu
Dans l'attente de votre réponse, je vous souhaite une excellente journée :-). Pardon. Félicitations !!!
Je vais vous répondre par courriel.
Merci !