Le cycliste américain n'a rien laissé au hasard pour son comeback. Son influence sur l’Union cycliste internationale (UCI) n’a jamais été aussi grande. Il y aurait même eu une transaction financière du septuple vainqueur du Tour de France vers l’UCI (interview de Pierre Ballester). Des liens utiles quand on fait poireauter 20 minutes l'Association française de lutte contre le dopage (AFLD) lors d’un test anti-dopage inopiné au printemps 2009. Étrangement, le retour d’Armstrong a aussi coïncidé avec un changement de direction à la tête de ASO, l’entreprise organisatrice de la Grande Boucle. Patrice Clerc, tenant d’une ligne ferme d'engagement contre le dopage et opposé à la dérive mercantiliste du cyclisme, a été débarqué en décembre 2008. Après 5 ans de guerre de tranchés l’UCI et ASO se rabibochent. Lance Armstrong et les « Inglorious Bastards » de l’équipe Astana ont gagnés. L’histoire sans fin du dopage peu continuer.

Mais ces controverses, tout comme le dopage avéré d'Armstrong (au moins depuis 1999 et son contrôle positif aux corticoïdes et à l'EPO) n'ont jamais entaché son aura aux États-Unis. Outre-atlantique le coureur de l'équipe Astana est une véritable rock star, surnommé « l'Abbé Pierre du vélo », « le Bruce Willis du cancer » pour son investissement caritatif. Grâce à son obsession maniaque de la communication (article de Le Vif), Lance Armstrong s'est construit une « légende » à partir de son engagement contre le cancer qu’il a lui-même vaincu en 1996. Il a toujours voulu renvoyé l'image de la « pureté » physique et intellectuelle absolue. Il a toujours su vendre aux organisateurs du Tour et au public le spectacle de la performance sportive parfaite. Une approche qui n’est pas sans rappeler la théorie de « l’homme nouveau » des régimes totalitaires de la période 1922-1945. La construction obstinée de cette « légende » s'est faite au prix d’amitiés de 30 ans, de la morale sportive et de l’éthique associative.

L’objet caritatif de son ONG Livestrong semble de plus en plus dériver vers un véritable business économique et politique. Le site lucratif livestrong.com tant à supplanter à terme son versant non-lucratif et désintéressé livestrong.org. La fondation est d'ailleurs mal notée par les organismes de contrôle et les ONG d'évaluation aux États-Unis pour cause de frais de fonctionnement trop élevés (article du Figaro). Lance Armstrong lui même touche plus de 200 000 dollars pour chaque conférence qu’il donne, soit le double de l’ancien président Bill Clinton ! Peu importe, le succès marketing est la. L'association bénéficie de la force de frappe publicitaire des équipementiers sportifs Nike et Trek (sa future équipe cycliste en 2010 ?). Certains reporters sportifs font même fi de la déontologie journalistique en arborant benoitement le fameux bracelet jaune de Livestrong (Gérard Holtz, Thierry Adam). Clairement Le coureur US a réussi ce coup politique, mais au service de quelle politique ?

Idéologiquement les grands médias américains le classe comme « ni démocrate, ni indépendant, ni républicain ». Lance Armstrong s'est définit lui-même dans The Observer en 2003 comme « de centre-gauche, opposé à la guerre en Irak et pro-avortement ». Son corpus politique est en fait tout autre. Le texan est un ami très proche de l’ancien président néo-conservateur George W Bush. Amitié ne signifie pas nécessairement partage des mêmes opinions politiques, « (...) tout le monde a le droit de ne pas être d'accord avec ses amis » selon Armstrong. En réalité le champion du monde 1993 de cyclisme sur route a nettement basculé à droite pendant les années Bush. Selon un ami de son ex-fiancée la chanteuse Sheryl Crow (une progressiste avérée), Armstrong était un soutien radical du républicain : « Lance n’a pas seulement soutenu Bush, il était prêt à se battre pour ses idées si le président le lui demandait ». Cette bisbille récurrente aurait été l’une des raisons de la séparation du couple début 2006 (billet sur Newsmax.com).

Le leader de l’équipe kazhake Astana n’a officiellement soutenu aucun candidat lors de l'élection présidentielle de 2008, même si officieusement il souhaitait une reconduction du camp républicain. Car le parrainage politique dont il bénéficiait avec Bush fils depuis 2000 risquait de disparaitre avec une élection d’Obama et une victoire des démocrates. Selon un journaliste américain proche du cycliste, le retour d'Amstrong à la compétition est éminemment calculé : « Lance est un animal politique. Regardez le timing. Il a annoncé son retour quand tout commençait à pencher en faveur de l’élection d’Obama. Lance est très ami avec Bush, qui a beaucoup aidé sa fondation, et il craignait qu’une victoire d’Obama le desserve dans la lutte contre le cancer comme dans son objectif politique ». De l’art de se replacer dans le peloton comme dans l'arène médiatique. « Au Texas tout est toujours plus grand » comme dit le proverbe, même l'ambition politique.