L'échappée politique de Lance Armstrong
Par Thibault Dumas le 10 juillet 2009, - Société - Lien permanent
Lance Armstrong n'a jamais caché son
appétit politique. En 2005, il déclarait au magazine Outside, dédié aux
activités en plein-air, ses ambitions pour le Texas : « peut-être que je
me présenterais pour devenir Gouverneur ». Le manoir du Gouverneur lui
plaît même beaucoup : « (…) c'est vraiment un beau manoir. Un bel endroit, une
belle maison ». Pas de second degré. Une cupidité assumée. Pour son retour
sur le Tour de France le texan a été tout aussi clair : « J’ai décidé de
revenir au cyclisme dans le but de sensibiliser l’opinion publique au fléau du
cancer ». Sa piqûre de rappel sur le circuit professionnel en 2009 ? Un
marche-pied pour la promotion millimétrée de Livestrong, son association
controversée de lutte contre le cancer. Son ONG, son Texas natal, deux piliers
d'un même appétit frénétique pour la politique.
Le cycliste américain n'a rien laissé au hasard pour son comeback. Son
influence sur l’Union cycliste internationale (UCI) n’a jamais été aussi
grande. Il y aurait même eu une transaction financière du septuple vainqueur du
Tour de France vers l’UCI (interview
de Pierre Ballester). Des liens utiles quand on fait poireauter 20 minutes
l'Association française de lutte contre le dopage (AFLD) lors d’un test
anti-dopage inopiné au printemps 2009. Étrangement, le retour d’Armstrong a
aussi coïncidé avec un changement de direction à la tête de ASO, l’entreprise
organisatrice de la Grande Boucle. Patrice Clerc, tenant d’une ligne ferme
d'engagement contre le dopage et opposé à la dérive mercantiliste du cyclisme,
a été débarqué en décembre 2008. Après 5 ans de guerre de tranchés l’UCI et ASO
se rabibochent. Lance Armstrong et les « Inglorious Bastards » de
l’équipe Astana ont gagnés. L’histoire sans fin du dopage peu continuer.
Mais ces controverses, tout comme le dopage avéré d'Armstrong (au moins depuis
1999 et son contrôle positif aux corticoïdes et à l'EPO) n'ont jamais entaché
son aura aux États-Unis. Outre-atlantique le coureur de l'équipe Astana est une
véritable rock star, surnommé « l'Abbé Pierre du vélo », « le
Bruce Willis du cancer » pour son investissement caritatif. Grâce à son
obsession maniaque de la communication (article
de Le Vif), Lance Armstrong s'est construit une « légende » à
partir de son engagement contre le cancer qu’il a lui-même vaincu en 1996. Il a
toujours voulu renvoyé l'image de la « pureté » physique et
intellectuelle absolue. Il a toujours su vendre aux organisateurs du Tour et au
public le spectacle de la performance sportive parfaite. Une approche qui n’est
pas sans rappeler la théorie de « l’homme nouveau » des régimes
totalitaires de la période 1922-1945. La construction obstinée de cette
« légende » s'est faite au prix d’amitiés de 30 ans, de la morale
sportive et de l’éthique associative.
L’objet caritatif de son ONG Livestrong semble de plus en plus dériver vers un
véritable business économique et politique. Le site lucratif livestrong.com
tant à supplanter à terme son versant non-lucratif et désintéressé
livestrong.org. La fondation est d'ailleurs mal notée par les organismes de
contrôle et les ONG d'évaluation aux États-Unis pour cause de frais de
fonctionnement trop élevés (article
du Figaro). Lance Armstrong lui même touche plus de 200 000 dollars pour
chaque conférence qu’il donne, soit le double de l’ancien président Bill
Clinton ! Peu importe, le succès marketing est la. L'association bénéficie de
la force de frappe publicitaire des équipementiers sportifs Nike et Trek (sa
future équipe cycliste en 2010 ?). Certains reporters sportifs font même fi de
la déontologie journalistique en arborant benoitement le fameux bracelet jaune
de Livestrong (Gérard Holtz, Thierry Adam). Clairement Le coureur US a réussi
ce coup politique, mais au service de quelle politique ?
Idéologiquement les grands médias américains le classe comme « ni
démocrate, ni indépendant, ni républicain ». Lance Armstrong s'est définit
lui-même dans The Observer en 2003 comme « de centre-gauche, opposé à la
guerre en Irak et pro-avortement ». Son corpus politique est en fait tout
autre. Le texan est un ami très proche de l’ancien président néo-conservateur
George W Bush. Amitié ne signifie pas nécessairement partage des mêmes opinions
politiques, « (...) tout le monde a le droit de ne pas être d'accord avec ses
amis » selon Armstrong. En réalité le champion du monde 1993 de cyclisme sur
route a nettement basculé à droite pendant les années Bush. Selon un ami de son
ex-fiancée la chanteuse Sheryl Crow (une progressiste avérée), Armstrong était
un soutien radical du républicain : « Lance n’a pas seulement soutenu Bush, il
était prêt à se battre pour ses idées si le président le lui demandait ».
Cette bisbille récurrente aurait été l’une des raisons de la séparation du
couple début 2006 (billet sur
Newsmax.com).
Le leader de l’équipe kazhake Astana n’a officiellement soutenu aucun candidat
lors de l'élection présidentielle de 2008, même si officieusement il souhaitait
une reconduction du camp républicain. Car le parrainage politique dont il
bénéficiait avec Bush fils depuis 2000 risquait de disparaitre avec une
élection d’Obama et une victoire des démocrates. Selon un journaliste américain
proche du cycliste, le retour d'Amstrong à la compétition est éminemment
calculé : « Lance est un animal politique. Regardez le timing. Il a annoncé son
retour quand tout commençait à pencher en faveur de l’élection d’Obama. Lance
est très ami avec Bush, qui a beaucoup aidé sa fondation, et il craignait
qu’une victoire d’Obama le desserve dans la lutte contre le cancer comme dans
son objectif politique ». De l’art de se replacer dans le peloton comme dans
l'arène médiatique. « Au Texas tout est toujours plus grand » comme dit le
proverbe, même l'ambition politique.












Commentaires
C'est toujours avec grand plaisir que je regarde la retransmission du Tour de France. Bravo pour les images de notre beau pays, accompagnées des commentaires de Jean-Paul Olivier. Bravo à nos 2 Laurent des vrais pros du commentaire sportif. Par contre, carton jaune à Thierry Adam, élocution exécrable, avec des insistances en fin de mot ou de phrase qui sont très très fatigantes pour les téléspectateurs. Ce n'est plus supportable. Des cours d'élocution s'imposent, mais où sont les vrais journalistes professionnels ? En France nous sommes les champions du monde du nivellement par le bas. Mr Thierry Adam, laissez parler les spécialistes du vélo, ne vous aventurez pas dans des commentaires de technicien que vous ne maitrisez pas. Vous êtes à des années lumières de Laurent Jalabert et Fignon. Les amateurs de vélo ne s'y trompent pas. Grosse erreur de France Télévisions de vous avoir confier cette responsabilité. Vous voulez jouer au patron, vous voulez faire de l'humour, vous voulez faire l'animateur (n'est pas Michel Drucker qui veut), mais vous en avez pas la carrure.
Même si je vous trouve un peu excessif sur Thierry Adam (il n'a pas un rôle facile) je suis dans l'ensemble plutôt d'accord avec remarques concernant la retransmission.
Les images nickels, Jean-Paul Olivier presque émouvant, les deux Laurent très techniques et sans concessions dans leurs analyses (Fignon et Jalabert quels souvenirs de jeunesse aussi !), enfin Gérard Holtz catastrophique (pas vraiment une surprise, il suffit d'éteindre la télévision après l'arrivée).
Reste le fardeau du cyclisme moderne, le dopage. Greg LeMond a d'ailleurs écrit un très bon article sur le sujet :
http://www.lemonde.fr/archives/arti...