L’arrivée de Pierre Lellouche au quai d'Orsay complète la photo de famille néo-conservatrice. Avec Bernard Kouchner ils ont soutenu avec zèle la campagne désastreuse et sanguinaire de Bush en Irak en 2003 (tout comme Rama Yade d'ailleurs). Monsieur Lellouche est depuis longtemps un exalté de la théorie du « choc des civilisations » entre le monde occidental et le monde arabo-musulman, théorisée par Samuel Huntington et appliquée par George W Bush. Après le 11 septembre il déclarait : « on est en guerre », reprenant sans vergogne la rhétorique haineuse et grossière de la lutte contre « l’Axe du mal » par une comparaison vaseuse entre Al-Qaida et Hitler (dernière émission de Ripostes). Cette grande gueule de l’UMP écartait à l’époque avec sectarisme toute tentative de nuancer la situation géopolitique : « (...) ne retrouvons pas le sanglot de l’homme blanc ». Pierre Lellouche fut d’ailleurs l’organisateur appliqué de la rencontre de Sarkozy et Bush fils en septembre 2006, alors que celui-ci n'était que simple ministre de l'Intérieur de la France.

Sans faire d’anti-américanisme primaire, la nomination de Pierre Lellouche aux Affaires européennes est une très mauvaise nouvelle pour l’Europe. C’est l’abandon d’une quelconque ambition européenne au profit d’un atlantisme hystérique. Le député UMP de Paris ne vit pas une amitié avec les États-Unis, mais une passion aveugle pour une certaine Amérique : néo-conservatrice, réactionnaire et passéiste (portrait dans Libération). Ses « copains » ne sont pas à Bruxelles ou Strasbourg, ils se nomment Paul Wolfowitz, Richard Perle (théoriciens de la « guerre préventive ») et Condolezza Rice. Cette nomination couronne donc le long glissement néo-conservateur de la diplomatie française sous Nicolas Sarkozy : envoi de 1000 soldats français supplémentaires en Afghanistan, réintégration du commandement militaire intégré de l’OTAN, frilosité sur le processus de paix au Proche-Orient, mépris cynique des droits de l‘homme de Kadhafi à Bongo. Curieux anachronisme au moment ou l'Amérique d'Obama empreinte le chemin inverse, vers plus de multilatéralisme.