Glissement néo-conservateur
Par Thibault Dumas le 25 juin 2009, - Europe - Lien permanent
Bruno Le Maire est un homme politique
respectable. Ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin de 2005 à
2007, ce germanophone aux qualités littéraires remarquables incarne une
certaine droite sociale déformée par l’offensive du néo-libéralisme
(typiquement l’épisode du CPE). Son passage au secrétariat d'État en charge des
Affaires européennes (de décembre 2008 à juin 2009) fut largement
instrumentalisé par Nicolas Ier en vue des élections européennes et de la
nouvelle Commission européenne, mais personne ne remet en cause son européisme.
Car Bruno Le Maire est europhile autant que son successeur aux Affaires
européennes Pierre Lellouche est atlantiste. Le député UMP de Paris est en
effet un véritable ayatollah néo-conservateur, l’homme le plus bushiste de la
classe politique française.
Sans faire d’anti-américanisme primaire, la nomination de Pierre Lellouche aux Affaires européennes est une très mauvaise nouvelle pour l’Europe. C’est l’abandon d’une quelconque ambition européenne au profit d’un atlantisme hystérique. Le député UMP de Paris ne vit pas une amitié avec les États-Unis, mais une passion aveugle pour une certaine Amérique : néo-conservatrice, réactionnaire et passéiste (portrait dans Libération). Ses « copains » ne sont pas à Bruxelles ou Strasbourg, ils se nomment Paul Wolfowitz, Richard Perle (théoriciens de la « guerre préventive ») et Condolezza Rice. Cette nomination couronne donc le long glissement néo-conservateur de la diplomatie française sous Nicolas Sarkozy : envoi de 1000 soldats français supplémentaires en Afghanistan, réintégration du commandement militaire intégré de l’OTAN, frilosité sur le processus de paix au Proche-Orient, mépris cynique des droits de l‘homme de Kadhafi à Bongo. Curieux anachronisme au moment ou l'Amérique d'Obama empreinte le chemin inverse, vers plus de multilatéralisme.











