Plus qu’une bataille pour la santé des américains
Par Thibault Dumas le 21 juin 2009, - Monde - Lien permanent
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
Car la situation politique est délicate pour Obama aux États-Unis. Comme de
nombreux commentateurs l'avait prévu, le changement progressiste incarné par
l'élection d'Obama le 4 novembre 2008 fut plus aisée à traduire en actes sur un
plan extérieur que intérieur. Engagement fort pour la paix au Proche-Orient,
pour un État palestinien viable et un État israélien en sécurité. Ouverture
diplomatique proposée à l'Iran à l'occasion de Norouz, le nouvel an perse.
Désengagement total d'Irak d'ici à la fin 2011. Autant de preuves d'une rupture
multilatérale radicale avec les sombres années Bush. De ce point de vue les
perspectives d’avenir du monde changent. Obama est en train de tordre le coup
au « choc des civilisations ». Seule ombre à ce tableau flatteur, le maintien
partiel des tribunaux militaires malgré la décision de fermer Guantanamo.
Aux États-Unis les choses sont bien plus nuancées. Côté solde positif on
retient des mesures sociétales fortes comme l’annulation d’un décret
anti-avortement de l’administration Bush, l’ouverture de la recherche sur les
cellules souches. Une vraie politique sociale avec le vote de la loi Ledbetter
pour l’égalité salariale, la reprise en main vigoureuse de l’industrie
automobile avec l’aide des syndicats, le plan de relance de 700 milliards
d’euros (6% du PIB) bâtît sur l’économie verte et les aides sociales. Côté
solde négatif, les plans de renflouement des banques (1000 milliards d’euros)
et de régulation (limitée) de l’économie lancés par Timothy Geithner. La gauche
étasunienne critique hautement ces dispositifs, à l’image du prix Nobel
d’économie Paul Krugaman pour qui c'est le retour du « Banques zombies et
retour du culte du Vaudou » (tribune dans le New York
Times).
Le passage ou non à un système de couverture santé universelle (plutôt
semi-public par ailleurs), va dessiner l’empreinte que Obama laissera à la
société américaine. Karl Rove, ancien Dr Frankestein de Bush fils ne s'y trompe
d'ailleurs pas : « Si les démocrates votent l'option publique
d'assurance-maladie, l'Amérique deviendra un État-providence de type européen
». Barack Obama va t'il renouer avec l'esprit progressiste du New Deal de
Roosvelt ? Peut-il fermer en actes, et plus seulement en symboles, l'aire
conservatrice radicale entamée par l'élection de Ronald Reagan en 1980 ? Les
États-Unis pourraient alors renouer avec la pensée de Alexandre Hamilton
(biographie
résumée), premier secrétaire au Trésor de l'histoire étasunienne, qui
considérait que « le premier devoir d’une société est la justice ».











