Car la situation politique est délicate pour Obama aux États-Unis. Comme de nombreux commentateurs l'avait prévu, le changement progressiste incarné par l'élection d'Obama le 4 novembre 2008 fut plus aisée à traduire en actes sur un plan extérieur que intérieur. Engagement fort pour la paix au Proche-Orient, pour un État palestinien viable et un État israélien en sécurité. Ouverture diplomatique proposée à l'Iran à l'occasion de Norouz, le nouvel an perse. Désengagement total d'Irak d'ici à la fin 2011. Autant de preuves d'une rupture multilatérale radicale avec les sombres années Bush. De ce point de vue les perspectives d’avenir du monde changent. Obama est en train de tordre le coup au « choc des civilisations ». Seule ombre à ce tableau flatteur, le maintien partiel des tribunaux militaires malgré la décision de fermer Guantanamo.

Aux États-Unis les choses sont bien plus nuancées. Côté solde positif on retient des mesures sociétales fortes comme l’annulation d’un décret anti-avortement de l’administration Bush, l’ouverture de la recherche sur les cellules souches. Une vraie politique sociale avec le vote de la loi Ledbetter pour l’égalité salariale, la reprise en main vigoureuse de l’industrie automobile avec l’aide des syndicats, le plan de relance de 700 milliards d’euros (6% du PIB) bâtît sur l’économie verte et les aides sociales. Côté solde négatif, les plans de renflouement des banques (1000 milliards d’euros) et de régulation (limitée) de l’économie lancés par Timothy Geithner. La gauche étasunienne critique hautement ces dispositifs, à l’image du prix Nobel d’économie Paul Krugaman pour qui c'est le retour du « Banques zombies et retour du culte du Vaudou » (tribune dans le New York Times).

Le passage ou non à un système de couverture santé universelle (plutôt semi-public par ailleurs), va dessiner l’empreinte que Obama laissera à la société américaine. Karl Rove, ancien Dr Frankestein de Bush fils ne s'y trompe d'ailleurs pas : « Si les démocrates votent l'option publique d'assurance-maladie, l'Amérique deviendra un État-providence de type européen ». Barack Obama va t'il renouer avec l'esprit progressiste du New Deal de Roosvelt ? Peut-il fermer en actes, et plus seulement en symboles, l'aire conservatrice radicale entamée par l'élection de Ronald Reagan en 1980 ? Les États-Unis pourraient  alors renouer avec la pensée de Alexandre Hamilton (biographie résumée), premier secrétaire au Trésor de l'histoire étasunienne, qui considérait que « le premier devoir d’une société est la justice ».