L'heure de gloire de La Gloria. Tout a commencé dans le petit village de La Gloria au Mexique, 2243 habitants. Le 2 avril, le jeune Edgar Hernandez contracte la maladie. Le virus H1N1 est une combinaison de 4 virus : 2 porcins, 1 aviaire et 1 humain. Mais contrairement à son cousin H5N1 il ne se transmet plus de l'animal à l'homme mais d'homme à homme. Or la moitié des citoyens de La Gloria travaillent à Mexico. De plus, la première victime mortelle du virus, Adela Gutierrez, faisait du porte à porte pour le FISC mexicain alors qu'elle portait le germe à son stade le plus virulent. Plus de 300 personnes auraient été en contact avec elle. Tout est donc réunit pour que la grippe A se propage rapidement, se transforme en pandémie, et que La Gloria connaisse une bien funeste heure de gloire.

A Mexico, les autorités prennent logiquement des décisions drastiques : matchs de football à huis-clos, port du masque obligatoire, fermeture des écoles et des commerces pendant 5 jours. Mais c'est véritablement l'Organisation mondiale de la santé qui réagit le plus radicalement.... et prend les choses en mains. Dès le 29 avril elle fait passer le niveau d'alerte mondial de 4 à 5 (sur une échelle de 6), c'est à dire la préparation à une pandémie imminente. « Tous les pays doivent activer leur plan d'action ». A Paris, Michèle Alliot-Marie (ministre de l'Intérieur) et Roselyne Bachelot (ministre de la Santé) décident en conséquence de tenir une conférence de presse par jour. Le professeur François Bricaire juge que cette décision de l'OMS est « du jamais vu dans l'histoire ». Néanmoins, ce spécialiste des maladies infectieuses nuance ses propos « on assiste peut-être la à une épidémie classique de grippe qui peut prendre toutes les dimensions, sévères ou non ».

Une vraie parano. L'OMS a fait la pluie et le beau temps dans la gestion de cette pandémie. Certes, elle est rapidement montée au niveau 5 d'alerte et a fortement demandée aux États de prendre des mesures sévères de contention. Mais elle a aussi tout entreprit pour contenir la panique des populations et la stigmatisation d'un pays ou d'une filière agricole. La dénomination officielle du H1N1 a ainsi changé cinq fois en moins d'un mois : grippe porcine, grippe mexicaine, grippe Nord-Américaine, nouvelle grippe et enfin grippe A. Dans tous les cas, en soufflant le chaud et le froid, l'OMS a conquit une place incontournable sur le plan de la gestion des crises sanitaires. Aux dépens des États. Mais les chiffres parlent plus que les décisions politiques, d'ou qu'elles viennent. 22 000 cas avérés dans le monde à la mi-mai contre 250 000 à 500 000 personnes qui décèdent de la grippe saisonnière « classique » chaque année. En France, 58 avérés pour 2000 à 3000 décès par an.

Plusieurs citoyens français de retour du Mexique ont dénoncés « une vraie parano » quant à leur traitement à l'arrivée à l'aéroport de Charles de Gaulle à Paris. Roselyne Bachelot a justifié cette disproportion entre mesures prisent et faiblesse de la propagation par l'application du « principe de précaution ». Il semble que l'on penche plutôt vers le syndrome de la grippe espagnole, ou le souvenir dans la mémoire collective des grandes pandémies meurtrières : la grippe espagnole et ses 40 millions de décès en 1918, la grippe de Hong-Kong et ses 2 millions de morts en 1968 (Histoire des épidémies). Il faut ajouter à ces traumatismes collectifs l'aire moderne de la sur-communication qui a sans doute décuplé la peur des populations comme des autorités publiques par rapport au risque de pandémie. A l'image de l'appréhension autour du SRAS en 2002-2003 alors que celui-ci n'a entrainé au final « que » 747 décès.

Dommages collatéraux. Mais il existe d'autres risques liés à la grippe A : les dommages collatéraux économiques et sociaux causés par une panique sanitaire mondiale. En 2006, l'Institut Lowy de politique internationale basé à Sydney avait estimé que dans le cas d'une pandémie avérée le PIB mondial pourrait baisser de 0,8% à 12% suivant l'importance de celle-ci (article traduit de El País). Au Mexique ou la récession est estimée entre 3,8% et 4,8% pour l'année 2009, la grippe A pourrait y ajouter de 0,3% à 0,5% de contraction. Une situation économique qui selon le ministre des finances du Mexique Agustin Carstens « n'a aucun précédent historique ». A l'heure de la mondialisation c’est bien plus la restriction aux échanges et aux communications que l’épidémie elle-même qui causerait le plus de dégâts socio-économiques. Si l'on ajoute à cela le contexte de la crise et de la récession économique mondiale, on comprend mieux la sur-réaction des autorités internationales comme nationales.

Les risques pour la santé pourraient aussi être plus sensibles à moyen terme. Une reprise de l’épidémie à l’automne 2009, serait sans doute catastrophique pour les pays les plus pauvres du globe. Moins dotés tant au niveaux des systèmes de santé des réseaux d'informations une propagation pour y être beaucoup plus rapide, meurtrière et.... moins médiatisée. Les restrictions aux frontières seraient alors sans effets significatifs. Selon Michael Osterholm, épistémologiste américain à l'université du Minnesota « ces mesures sont vouées à l'échec, étant donné l'extrême virulence du virus de la grippe et les trafics qui ont lieu à toutes les frontières ». Reste en dernier ressort le Tamiflu (la France en a stocké 33 millions de doses). Mais ce médicament doit être utilisé avec discernement. En cas de vaccination à mauvaise escient, il y a le risque de gâchis, comme ce fut le cas en 1976 aux États-Unis (40 millions de personnes vaccinées... pour rien). En cas d'utilisation trop anticipée, il y a le danger d'un virus plus virulent et donc plus mortel.

Barack Obama au Mexique. Barack Obama juge la situation toujours « très sérieuse ». Il est vrai que les États-Unis ont connu leur premier cas mortel dès le 28 avril 2009 et dépassent à ce jour le Mexique en ce qui concerne au nombre de cas avérés comme mortels sur leur territoire, avec respectivement 11 400 personnes contaminées et 19 décès. Dans le même temps le président étasunien n'a pas manqué d'évoquer sur le ton humoristique la grippe A. Lors d'un dîner avec la presse d'outre-atlantique, ou il s'est tourné en dérision avec brio, il a dit à quel point lui et sa secrétaire d'État Hillary Clinton « ne pourraient pas être plus proches ». La preuve, « à la seconde où elle est rentrée du Mexique, elle m'a fait une grande bise et dit que je devrais y aller moi-même… » (vidéo du discours). Préoccupation politique d’un côté, humour de l’autre, une contradiction qui montre tout l'incertitude qui entoure l'avenir de la pandémie de grippe A.