Une pandémie ! Quelle pandémie ?
Par Thibault Dumas le 06 juin 2009, - Monde - Lien permanent
En huit semaines, même pas un printemps, le
monde a basculé dans la peur-panique quant à l'éventualité d'une pandémie
massive et historique causée par la grippe A. Communiqués officiels alarmistes,
décisions politiques radicales, tourbillons médiatiques, ruées sur les boîtes
de Tamiflu. Le contraste est saisissant avec des chiffres faisant état d'une
propagation « modeste » deux mois après le premier cas avéré de grippe A au
Mexique : 22 000 cas confirmés dans 65 pays de par le monde et 125 décès sur
l'ensemble du globe selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France
on compte 58 cas avérés d'après l'Institut de veille sanitaire (IVS). La
question de la réalité et de la dangerosité de cette pandémie est donc
clairement posée.
L'heure de gloire de La Gloria. Tout a commencé dans le
petit village de La Gloria au Mexique, 2243 habitants. Le 2 avril, le jeune
Edgar Hernandez contracte la maladie. Le virus H1N1 est une combinaison de 4
virus : 2 porcins, 1 aviaire et 1 humain. Mais contrairement à son cousin H5N1
il ne se transmet plus de l'animal à l'homme mais d'homme à homme. Or la moitié
des citoyens de La Gloria travaillent à Mexico. De plus, la première victime
mortelle du virus, Adela Gutierrez, faisait du porte à porte pour le FISC
mexicain alors qu'elle portait le germe à son stade le plus virulent. Plus de
300 personnes auraient été en contact avec elle. Tout est donc réunit pour que
la grippe A se propage rapidement, se transforme en pandémie, et que La Gloria
connaisse une bien funeste heure de gloire.
A Mexico, les autorités prennent logiquement des décisions drastiques : matchs
de football à huis-clos, port du masque obligatoire, fermeture des écoles et
des commerces pendant 5 jours. Mais c'est véritablement l'Organisation mondiale
de la santé qui réagit le plus radicalement.... et prend les choses en mains.
Dès le 29 avril elle fait passer le niveau d'alerte mondial de 4 à 5 (sur une
échelle de 6), c'est à dire la préparation à une pandémie imminente. « Tous les
pays doivent activer leur plan d'action ». A Paris, Michèle Alliot-Marie
(ministre de l'Intérieur) et Roselyne Bachelot (ministre de la Santé) décident
en conséquence de tenir une conférence de presse par jour. Le professeur
François Bricaire juge que cette décision de l'OMS est « du jamais vu dans
l'histoire ». Néanmoins, ce spécialiste des maladies infectieuses nuance
ses propos « on assiste peut-être la à une épidémie classique de grippe
qui peut prendre toutes les dimensions, sévères ou non ».
Une vraie parano. L'OMS a fait la pluie et le beau temps dans
la gestion de cette pandémie. Certes, elle est rapidement montée au niveau 5
d'alerte et a fortement demandée aux États de prendre des mesures sévères de
contention. Mais elle a aussi tout entreprit pour contenir la panique des
populations et la stigmatisation d'un pays ou d'une filière agricole. La
dénomination officielle du H1N1 a ainsi changé cinq fois en moins d'un mois :
grippe porcine, grippe mexicaine, grippe Nord-Américaine, nouvelle grippe et
enfin grippe A. Dans tous les cas, en soufflant le chaud et le froid, l'OMS a
conquit une place incontournable sur le plan de la gestion des crises
sanitaires. Aux dépens des États. Mais les chiffres parlent plus que les
décisions politiques, d'ou qu'elles viennent. 22 000 cas avérés dans le monde à
la mi-mai contre 250 000 à 500 000 personnes qui décèdent de la grippe
saisonnière « classique » chaque année. En France, 58 avérés pour
2000 à 3000 décès par an.
Plusieurs citoyens français de retour du Mexique ont dénoncés « une vraie
parano » quant à leur traitement à l'arrivée à l'aéroport de Charles de
Gaulle à Paris. Roselyne Bachelot a justifié cette disproportion entre mesures
prisent et faiblesse de la propagation par l'application du « principe de
précaution ». Il semble que l'on penche plutôt vers le syndrome de la
grippe espagnole, ou le souvenir dans la mémoire collective des grandes
pandémies meurtrières : la grippe espagnole et ses 40 millions de décès en
1918, la grippe de Hong-Kong et ses 2 millions de morts en 1968 (Histoire des
épidémies). Il faut ajouter à ces traumatismes collectifs l'aire moderne de
la sur-communication qui a sans doute décuplé la peur des populations comme des
autorités publiques par rapport au risque de pandémie. A l'image de
l'appréhension autour du SRAS en 2002-2003 alors que celui-ci n'a entrainé au
final « que » 747 décès.
Dommages collatéraux. Mais il existe d'autres risques liés à
la grippe A : les dommages collatéraux économiques et sociaux causés par une
panique sanitaire mondiale. En 2006, l'Institut Lowy de politique
internationale basé à Sydney avait estimé que dans le cas d'une pandémie avérée
le PIB mondial pourrait baisser de 0,8% à 12% suivant l'importance de celle-ci
(article
traduit de El País). Au Mexique ou la récession est estimée entre 3,8% et
4,8% pour l'année 2009, la grippe A pourrait y ajouter de 0,3% à 0,5% de
contraction. Une situation économique qui selon le ministre des finances du
Mexique Agustin Carstens « n'a aucun précédent historique ». A
l'heure de la mondialisation c’est bien plus la restriction aux échanges et aux
communications que l’épidémie elle-même qui causerait le plus de dégâts
socio-économiques. Si l'on ajoute à cela le contexte de la crise et de la
récession économique mondiale, on comprend mieux la sur-réaction des autorités
internationales comme nationales.
Les risques pour la santé pourraient aussi être plus sensibles à moyen terme.
Une reprise de l’épidémie à l’automne 2009, serait sans doute catastrophique
pour les pays les plus pauvres du globe. Moins dotés tant au niveaux des
systèmes de santé des réseaux d'informations une propagation pour y être
beaucoup plus rapide, meurtrière et.... moins médiatisée. Les restrictions aux
frontières seraient alors sans effets significatifs. Selon Michael Osterholm,
épistémologiste américain à l'université du Minnesota « ces mesures sont
vouées à l'échec, étant donné l'extrême virulence du virus de la grippe et les
trafics qui ont lieu à toutes les frontières ». Reste en dernier ressort
le Tamiflu (la France en a stocké 33 millions de doses). Mais ce médicament
doit être utilisé avec discernement. En cas de vaccination à mauvaise escient,
il y a le risque de gâchis, comme ce fut le cas en 1976 aux États-Unis (40
millions de personnes vaccinées... pour rien). En cas d'utilisation trop
anticipée, il y a le danger d'un virus plus virulent et donc plus mortel.
Barack Obama au Mexique. Barack Obama juge la situation
toujours « très sérieuse ». Il est vrai que les États-Unis ont connu
leur premier cas mortel dès le 28 avril 2009 et dépassent à ce jour le Mexique
en ce qui concerne au nombre de cas avérés comme mortels sur leur territoire,
avec respectivement 11 400 personnes contaminées et 19 décès. Dans le même
temps le président étasunien n'a pas manqué d'évoquer sur le ton humoristique
la grippe A. Lors d'un dîner avec la presse d'outre-atlantique, ou il s'est
tourné en dérision avec brio, il a dit à quel point lui et sa secrétaire d'État
Hillary Clinton « ne pourraient pas être plus proches ». La preuve, « à la
seconde où elle est rentrée du Mexique, elle m'a fait une grande bise et dit
que je devrais y aller moi-même… » (vidéo du discours).
Préoccupation politique d’un côté, humour de l’autre, une contradiction qui
montre tout l'incertitude qui entoure l'avenir de la pandémie de grippe A.












Commentaires
La médecine a fait des progrès certes mais n'a pas à son actif de nouveauté majeure... Les grands fléaux de notre temps ne connaissent toujours pas de vaccins ou d'équivalent. Ce qui a surtout fait accroitre l'espérance de vie c'est :
- La prévention.
- Une meilleure hygiène de vie.
- Le savoir.
Je n'ai jamais dit qu'il fallait paniquer... En effet :
1. D'une part c'est le meilleur moyen de perdre son sang froid.
2. Il faut prendre garde aux effets médiatiques...plus il y a de la tourmente et plus on fera du tirage.
En conclusion : Pas de panique mais soyons vigilants. Ma Grand Mère est morte de la grippe espagnole en 1918....Ma mère s'est mise à bosser à l'âge de huit ans parce qu'elle n'avait plus de mère.... Sachons rester humble et respectons les conseils de ceux qui vous en donnent... Vous savez qu'il y a toujours plusieurs lectures du même message... Peut-être ferez vous plus confiance à tel ou tel conseilleur...Sachez discerner le vrai du cri inconsidéré... Vos propos me laissent à penser que vous êtes en mesure de le faire.
Je ne suis pas sur de tout comprendre de votre commentaire un peu confus notamment la conclusion. Néanmoins j'approuve le propos de façon générale.