1. La Commission Barroso doit être abattue. L'échec de la Commission européenne dirigée par José Manuel Barosso n'est pas seulement conjoncturel (« la crise »). Il est structurel de par la trahison continue de l'idée européenne originelle. La non-union européenne telle qu'elle existe aujourd'hui est finalement assez proche de la doxa libérale et eurosceptique théorisée par Margaret Thatcher dans les années 1980. Coordination et coopération en lieu et place d'intégration et solidarité. Amoncellement d'intérêts nationaux égoïstes (« I want my money back ») à la place d'une indispensable unité politique car démocratique. Vénération du « Dieu marché » se substituant à la construction d'un modèle de société inédit à l'échelle d'un continent. La Commission européenne ne peut plus être l'émanation d'un absolutisme politique, un petit arrangement conservateur entre gouvernants qui crache sur la démocratie. Une autre Commission européenne, « un autre mécanicien pour l'Europe » (tribune de Caroline Fourest) est possible et indispensable.

2. Seul le Parti socialiste européen peut changer l’Europe. Qu’on le veuille ou non seul le Parti socialiste européen incarne cette possibilité. Voulu conjointement par François Mitterrand en Willy Brandt dès 1979, c’est aujourd’hui l'unique véritable parti politique à l’échelle de l’Europe. C’est aussi le seul à pouvoir donner une majorité de gauche au continent. Même si on peut critiquer son penchant social-libéral des années 1990, l’existence même du PSE sous la présidence du keynésien Paul Nyoup Rasmussen est une victoire de son aile gauche européiste sur son aile blairiste euro-limitée. Le manifesto du PSE adopté en décembre 2008 est le plus détaillé, le plus ambitieux de l'histoire de la gauche européenne. Y est inscrit la volonté de combattre « une foi aveugle dans le marché, servant les intérêts d’une minorité et non de la collectivité » pour « établir la justice dans la nouvelle Europe sociale » (manifeste complet). Le travail étroit du PSE avec le Confédération européenne des syndicats, les ONG, les Forums progressistes et sociaux sont les prémisses d'une société civile puissante au niveau de l'Union européenne.

3. Les écologistes ne peuvent pas, l’extrême gauche ne veut pas changer l’Europe. Daniel Cohn-Bendit voit en Barroso « un caméléon malléable au service des grands ». Il a raison. Mais la réalité est que le Parti des verts européens est faible. Seulement 42 parlementaires. De plus il reste tiraillé idéologiquement entre altermondialisme radical, apolitisme centriste et mythe conservateur du « retour à la terre ». A l’image d’un Daniel Cohn-Bendit coincé dans les ambigüités de son « libéral-libertaire », à la tête d’un rassemblement fourre-tout et menant une campagne bien peu politique. Quant au Nouveau parti anticapitaliste et à Lutte ouvrière, ils veulent tous deux combattre « l’Europe des actionnaires ». Mais le groupe Gauche unitaire européenne avec lequel ils s'associent (tout comme le Front de gauche) compte seulement 41 membres. Plus révoltant, l'anticapitalisme des trotskistes s'arrête aux portes du Parlement européen. En 2000, les 3 élus de LO dont Arlette Laguiller ont votés contre l’instauration d’une taxe Tobin européenne tandis qu’Alain Krivine pour la LCR s’abstenait (tribune dans Libération)…

4. Le MoDem n'est pas européiste mais nationaliste. La démocratie-chrétienne fut avec la social-démocratie la principale force motrice de la construction européenne depuis la mise en place de la CECA en 1952. Cet héritage européiste a complètement été abandonné par François Bayrou au moment de sa campagne électorale de 2007 puis de la création du MoDem, au profit d'une sorte de gaullo-chevènementisme. Son aventure « égo-centriste » se nourrie d’un nationalisme bon teint, outrancier même dans son obsession de convoquer la France. Il nationalise le scrutin en jouant la surenchère politique permanente avec Nicolas Sarkozy. Jusqu'au ridicule. Cette stratégie n’est pas sans rappeler l’appel de Cochin anti-européen de Jacques Chirac contre Valéry Giscard d'Estaing en 1977. Le discours de Bayrou lors de la Convention européenne du MoDem s'est conclut par un message d’une pauvreté intellectuelle étonnante, il faudrait bâtir « (...) une Europe qui en vaille la peine et pas une Europe qui stagne ou qui recule ». Le leader centriste se moque de l'Europe, il est obnubilé par 2012.