Le retour de la stratégie du radis
Par Thibault Dumas le 10 mai 2009, - Gauche - Lien permanent

Dans son éditorial du 4 mai 2009 dans Libération,
Laurent Joffrin est limpide: le Parti socialiste doit s’allier avec le MoDem
dans une « grande coalition de l’après sarkozysme ». Cette stratégie en dehors
d’une « combinaison d’appareils », qui intégrerait aussi les gaullistes sociaux
et les écologistes serait la seule à même d’empêcher un second mandat de
Nicolas Sarkozy. Mieux, par l’adoption d’une stratégie verticale peuple contre
élites, en lieu et place d’une opposition horizontale gauche contre droite, on
abattrait le néo-libéralisme chancelant. Le côté « pavé dans le mare » de cet
édito ne doit pas effacer sa principale portée. Le retour anachronique de la
stratégie du radis façon radical-socialisme. Le rouge dehors (l’après Sarkozy,
l’après libéralisme), blanc dedans (le pot-pourri politique, le centrisme).
Car c’est l’opportunisme politique, quand bien même il est en dehors d’une « combinaison d’appareils », qui l’emporterait sur la synthèse politique. L’union de la gauche (1981) et la gauche plurielle (1997) étaient certes des stratégies bien comprises, mais des desseins politiques clairs : respectivement la rupture marxiste avec le capitalisme et le réformisme de gauche post-mitterandien. La SFIO a déjà pratiquée l’alliance épisodique avec le centre et même le centre-droit démocrate-chrétien. C’était sous la 4e République entre 1946 et 1958 ou Guy Mollet maquillait cette pratique par un discours marxiste pur et dur. Un radis bien rouge dehors et bien blanc dedans. Bilan : la SFIO se fracasse sur sa politique répressive pro-Algérie française, la gauche s’éloigne du pouvoir pendant 23 ans.
En 2009, le MoDem c’est une réalité programmatique. Des aspects progressistes, un anti-sarkozysme évident mais presque trop caricatural pour être sincère. C’est aussi une certaine tradition du « laissez-faire, laissez-passer » économique, l’appartenance au très libéral groupe ALDE du Parlement européen et l'abandon de l'européanisme au profit d'une sorte de gaullo-chevènementisme. Si ce positionnement mi-figue, mi-raisin est normal pour un parti centriste, il est rédhibitoire pour « abattre » le libéralisme et l’aristocratie financière. Si le PS c'est un parti de militants sans chef, le MoDem c’est un chef sans militants. Un parti voué corps et âme à l’hyper-présidentialisme et à « l’égo-centrisme » de François Bayrou. Remplacer un égo-président par un autre ? Non.
Alors que faire ? La gauche socialiste doit se débarrasser de ce surmoi centriste qui tend à remplacer le surmoi marxiste (billet que j'avais écrit). Cela n’empêche pas « de se rapprocher » des électeurs du Modem, surtout que nombre d’entre eux viennent de la gauche ! Ensuite les gauches doivent s’unir autour du triptyque : travail idéologique de fond, enracinement avec le monde intellectuel, immersion populaire et salariale. Au regard des élections de 2007, l’étiage de la gauche se situe entre 36,1% et 38,97% rappelant l’ancrage à droite de la 5e République (40 ans de présidence conservatrice sur 54 ans et un Sénat de tous temps ancré à droite).
La gauche est minoritaire en France mais les initiatives fourmillent aujourd’hui : l’Appel des appels, le PS dans les manifs, la Pèle et la pioche, les fondations Terra Nova ou Copernic, Génération précaire, l’unité syndicale, Jeudi noir, le Front de gauche... Il s’agit de donner du sens à tout cela, de la cohérence pour construire « la gauche de demain ». Or l’alliance avec le Modem est gage d’incohérence. Elle s’oppose à la synthèse visionnaire de Léon Blum qui considérait que les socialistes et la gauche étaient la « pour transformer l'exercice du pouvoir en conquête du pouvoir ». L’exact contraire de la stratégie du radis. Même à la sauce 2009 (publié en ligne par Contre-Feux).












Commentaires
Tout à fait d'accord avec ton analyse des faits.
Il est quand même étonnant de voire comment Bayrou se moule bien dans le système français hyper-présidentialiste, alors même qu'il n'apporte aucune idée neuve au fond. Il est aujourd'hui mis en avant par de nombreux médias alors même qu'il n'a aucun projet mais uniquement une ambition présidentielle et qu'il n'arrive même pas à rassembler son propre parti. (très bonne ta formule "Si le PS c'est un parti de militants sans chef, le MoDem c’est un chef sans militants").
Bref si Bayrou est classé aujourd'hui comme meilleur opposant à Sarkozy, c'est surement parce qu'en France on aime l'idée qu'un homme peut rencontrer un peuple et diriger le Pays. C'est aussi parce qu'il incarne les valeurs d'une vieille France regrettant son passé catholique, gaulliste et de puissance.
Finalement quand on regarde les votes de son parti à l'Assemblée ou au parlement européen et sa personnalité on voit mal ce qui le distingue de Sarkozy : des positions clairement très libérales économiquement et un égo surdimmensionné. Il me semble qu'une simple différence sur les valeurs, cela sera un peu juste pour incarner une altenative au sarkozysme. Ce n'est en tout cas pas le projet de la gauche (ou des gauches
).