Ce texte de Laurent Joffrin aurait pu, aurait du, être écrit avant le 6 mai 2007. Comme l’a très clairement rappelé l'inénarrable Jean-Pierre Mignard (tribune dans Libération), président de Désirs d’avenir, l’alliance PS-MoDem (Royal-Bayrou) autour de l’antisarkozysme fut tentée  lors de la présidentielle de 2007 (sans débat démocratique au sein du PS d’ailleurs). Un vaudeville grotesque. Un échec stratégique cuisant. Ce n’est pas par manque d’antisarkozysme ou de  centrisme que la gauche a pêchée mais par l’absence d’un projet positif, d’une vision du monde, d’une narration de l’histoire. Autant de questions auxquelles l’alliance avec le centre n’apporte aucune réponse. Et évite même de répondre.

Car c’est l’opportunisme politique, quand bien même il est en dehors d’une « combinaison d’appareils », qui l’emporterait sur la synthèse politique. L’union de la gauche (1981) et la gauche plurielle (1997) étaient certes des stratégies bien comprises, mais des desseins politiques clairs : respectivement la rupture marxiste avec le capitalisme et le réformisme de gauche post-mitterandien. La SFIO a déjà pratiquée l’alliance épisodique avec le centre et même le centre-droit démocrate-chrétien. C’était sous la 4e République entre 1946 et 1958 ou Guy Mollet maquillait cette pratique par un discours marxiste pur et dur. Un radis bien rouge dehors et bien blanc dedans. Bilan : la SFIO se fracasse sur sa politique répressive pro-Algérie française, la gauche s’éloigne du pouvoir pendant 23 ans.

En 2009, le MoDem c’est une réalité programmatique. Des aspects progressistes, un anti-sarkozysme évident mais presque trop caricatural pour être sincère. C’est  aussi une certaine tradition du « laissez-faire, laissez-passer » économique, l’appartenance au très libéral groupe ALDE du Parlement européen et l'abandon de l'européanisme au profit d'une sorte de gaullo-chevènementisme. Si ce positionnement mi-figue, mi-raisin est normal pour un parti centriste, il est rédhibitoire pour « abattre » le libéralisme et l’aristocratie financière. Si le PS c'est un parti de militants sans chef, le MoDem c’est un chef sans militants. Un parti voué corps et âme à l’hyper-présidentialisme et à « l’égo-centrisme » de François Bayrou. Remplacer un égo-président par un autre ? Non.

Alors que faire ? La  gauche socialiste doit se débarrasser de ce surmoi centriste qui tend à remplacer le surmoi marxiste (billet que j'avais écrit). Cela n’empêche pas « de se rapprocher » des électeurs du Modem, surtout que nombre d’entre eux viennent de la gauche ! Ensuite les gauches doivent s’unir autour du triptyque : travail idéologique de fond, enracinement avec le monde intellectuel, immersion populaire et salariale. Au regard des élections de 2007, l’étiage de la gauche se situe entre 36,1% et 38,97% rappelant l’ancrage à droite de la 5e République (40 ans de présidence conservatrice sur 54 ans et un Sénat de tous temps ancré à droite).

La gauche est minoritaire en France mais les initiatives fourmillent aujourd’hui : l’Appel des appels, le PS dans les manifs, la Pèle et la pioche, les fondations Terra Nova ou Copernic,  Génération précaire, l’unité syndicale, Jeudi noir, le Front de gauche... Il s’agit de donner du sens à tout cela, de la cohérence pour construire « la gauche de demain ». Or l’alliance avec le Modem est gage d’incohérence. Elle s’oppose à la synthèse visionnaire de Léon Blum qui considérait que les socialistes et la gauche étaient la « pour transformer l'exercice du pouvoir en conquête du pouvoir ». L’exact contraire de la stratégie du radis. Même à la sauce 2009 (publié en ligne par Contre-Feux).