Toute tendance politique trop longuement majoritaire est condamnée à s’assoupir. Or le MJS est trusté par le courant Nouvelle gauche (NG) puis Transformer à gauche (TAG) depuis 15 ans (article de Libération). Le dynamisme militant en a clairement pâtit. L’organisation se caricaturant parfois elle-même en école d’apparatchiks réduite à faire de l'animation lors des meetings du Parti socialiste. Depuis les 35h ou les droits LGBT pas de combat offensif victorieux sur le fond. La monotonie du débat idéologique est patente. On tourne en rond, on « parle » marxiste au lieu de « penser » marxiste.

Dans la famille socialiste, le MJS veut incarner son aile gauche à travers le courant plus large du Nouveau parti socialiste (NPS) de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli. Or cette « aile gauche » est soumise à un vrai défi politique. En son sein il y a une cohabitation conflictuelle. Entre une culture de la minorité politique, incarnée par Emmanuelli et auparavant Jean-Luc Mélenchon, et une culture de la majorité politique déclinée par les « hamonistes » dans leur gestion de différentes organisations de jeunesse (MJS, UNEF, UNL, LMDE...).

Le ciment idéologique du courant fut l’opposition à la supposée blairisation du PS après 2002. Une critique rénovatrice radicale (et parfois salutaire) du hollandisme. La réalité est plus cruelle, avec par exemple la nomination de Razzye Hammadi (ex-président du MJS) comme secrétaire national à la riposte en décembre 2007 par ce même Hollande. Quoi qu’il en soit, au Congrès de Reims le courant a rejoint la majorité du PS, se privant de son angle d’attaque, réactivant le clivage entre la culture politique minoritaire et majoritaire.

Les difficultés du MJS sont le résultat direct de cette situation. Il faut y ajouter la maladie chronique du socialisme français : la faiblesse militante et le peu de liens avec le mouvement ouvrier. Le MJS est la première organisation de jeunesse politique, a certes des liens avec le mouvement social, mais seulement 6000 adhérents. On est bien loin des 78 000 Jusos allemands (campagne pour les européennes), des 20 000 JSE espagnoles ou bien même de la barre des 10 000 militants que tous les présidents successifs du MJS ont promis d’atteindre. Sans pouvoir ou vouloir y parvenir.

L’existence d’une jeunesse socialiste française relativement autonome est certes déjà une victoire au vu d’une histoire mouvementée (article de Démocratie & Socialisme). Création en 1912 de la Jeunesse socialiste puis autodissolution dans le bolchévisme en 1920. Véritable organisation de masse autonome entre 1934 et 1937, dissoute par la SFIO car trop radicale et trotskiste. Reconstitution d’une JS sous tutelle avec Pierre Mauroy après 1944 puis naufrage avec la SFIO en 1958. Enfin, création du MJS autonome en 1993 grâce à Michel Rocard.

Mais au vu de l’histoire récente, le MJS français semble déficient. La génération Y, les enfants nés entre 1980 et 1995, subit avec une violence inouïe le fanatisme libéral. La crise n'est que l'aggravation de ce phénomène décennal. Dans ce contexte le MJS devrait être le réceptacle et le vecteur d’une réinvention de la gauche puis d’une transformation graduée et radicale de la société. Pourtant il n'a jamais semblé aussi sclérosé. Insuffisamment émancipé du PS. Éloigné du « devoir d'inventer ».