Le Mouvement des jeunes socialistes meurt-il ?
Par Thibault Dumas le 29 avril 2009, - Gauche - Lien permanent
La
dernière grande campagne du Mouvement des jeunes socialistes ? Un bide passé
sous silence. « C’est pas notre guerre !!! », contre l’envoi supplémentaire de
troupes françaises en Afghanistan a tout juste récolté quelques centaines de
signatures. Aujourd’hui le site de la campagne a fermé, sans laisser de traces,
même chez l'agence Zenhysteria qui l'a conçu. Une erreur politique isolée ?
Non. Le journal officiel du MJS, « Le temps des conquêtes », ne fonctionne
plus. Tout juste sert-il à envoyer les textes officiels des congrès. Le
président du mouvement depuis 2007, Antoine Detourné, est transparent. Les
trois quarts des socialistes sont incapables de citer son nom. Le MJS fondé en
1993 se meurt-il ?
Dans la famille socialiste, le MJS veut incarner son aile gauche à travers le courant plus large du Nouveau parti socialiste (NPS) de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli. Or cette « aile gauche » est soumise à un vrai défi politique. En son sein il y a une cohabitation conflictuelle. Entre une culture de la minorité politique, incarnée par Emmanuelli et auparavant Jean-Luc Mélenchon, et une culture de la majorité politique déclinée par les « hamonistes » dans leur gestion de différentes organisations de jeunesse (MJS, UNEF, UNL, LMDE...).
Le ciment idéologique du courant fut l’opposition à la supposée blairisation du PS après 2002. Une critique rénovatrice radicale (et parfois salutaire) du hollandisme. La réalité est plus cruelle, avec par exemple la nomination de Razzye Hammadi (ex-président du MJS) comme secrétaire national à la riposte en décembre 2007 par ce même Hollande. Quoi qu’il en soit, au Congrès de Reims le courant a rejoint la majorité du PS, se privant de son angle d’attaque, réactivant le clivage entre la culture politique minoritaire et majoritaire.
Les difficultés du MJS sont le résultat direct de cette situation. Il faut y ajouter la maladie chronique du socialisme français : la faiblesse militante et le peu de liens avec le mouvement ouvrier. Le MJS est la première organisation de jeunesse politique, a certes des liens avec le mouvement social, mais seulement 6000 adhérents. On est bien loin des 78 000 Jusos allemands (campagne pour les européennes), des 20 000 JSE espagnoles ou bien même de la barre des 10 000 militants que tous les présidents successifs du MJS ont promis d’atteindre. Sans pouvoir ou vouloir y parvenir.
L’existence d’une jeunesse socialiste française relativement autonome est certes déjà une victoire au vu d’une histoire mouvementée (article de Démocratie & Socialisme). Création en 1912 de la Jeunesse socialiste puis autodissolution dans le bolchévisme en 1920. Véritable organisation de masse autonome entre 1934 et 1937, dissoute par la SFIO car trop radicale et trotskiste. Reconstitution d’une JS sous tutelle avec Pierre Mauroy après 1944 puis naufrage avec la SFIO en 1958. Enfin, création du MJS autonome en 1993 grâce à Michel Rocard.
Mais au vu de l’histoire récente, le MJS français semble déficient. La génération Y, les enfants nés entre 1980 et 1995, subit avec une violence inouïe le fanatisme libéral. La crise n'est que l'aggravation de ce phénomène décennal. Dans ce contexte le MJS devrait être le réceptacle et le vecteur d’une réinvention de la gauche puis d’une transformation graduée et radicale de la société. Pourtant il n'a jamais semblé aussi sclérosé. Insuffisamment émancipé du PS. Éloigné du « devoir d'inventer ».











