Orelsan subit clairement un « outrage sélectif » (article des Inrocks). La chanteuse Anaïs avait sorti en 2006 une chanson dans la même veine que « Sale pute » (traitement cru et au second degré de l'adultère), « Christina » : « Cette foutue Christina cette pute en blanc », « Sans tes couilles tu sera p'tête moins con... ». Aucune réaction à l'époque, ce que la chanteuse a elle même fait remarquer. Dans l'histoire de la musique, les artistes aux chansons critiquables sont légion (Brassens, Bruel, Gainsbourg, Led Zepplin, Eminem...). A-t-on pour autant contesté avec la même vigueur la tenu de leurs concerts ? Sont-ils devenus des parias culturels ?

Pourquoi ne pas élargir le propos au « comique » Jean-Marie Bigard dont la misogynie de certains sketchs n’est plus à démontrer (le poétique « Lâcher de salopes »). Mais il y a le Stade de France, les prime-times sur M6 et TF1, l’engagement sarkozyste. En un mot il fait parti du système et fait marcher le sytème donc : circuler, il n'y a rien à voir. On pourrait aussi mentionner les frasques (bien réels) de Pete Doherty : de la destruction de chambres d'hôtels à l'usage outrancier de drogues en passant par ses rapports « compliqués » avec la gente féminine. Mais c'est un « sex-symbol destroy » alors pas touche.

Ce « lynchage bien-pensant » (édito de Claude Askolovitch) contre Orelsan est le fruit de préjugés. Préjugés contre une certaine jeunesse (dite des cités) et sa musique : le hip-hop. Un mouvement artistique considéré comme une sous-culture, primaire, machiste qu'il faudrait « civiliser ». Le moyen utilisé concernant ce morceau de rap est tout aussi contestable. Exhumer un titre qu'un artiste ne chante plus et qui n'est sur aucun disque. Ce buzz autour du clip de « Sale pute » a seulement créé du sensationnalisme. Le travail de l'artiste tout comme le message féministe de ses détracteurs ont été éclipsés.

La cause féministe est juste et indispensable. Mais faire de la mobilisation contre Orelsan le fer de lance du féminisme est au mieux à côté de la plaque. Le rappeur de Caen a été clair : « Je comprends que ce morceau ait pu choquer certaines personnes et je m'en excuse ». La mobilisation contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité homme-femme gagnerait à quitter le terrain du futile pour investir celui de l'utile. En France en 2004, 39 000 cas de violences conjugales ont été recensés (rapport complet). En Afghanistan en 2009, un projet de loi vise à légaliser le viol conjugal dans la population chiite (article de Libération). Les vrais combat sont ailleurs.