L'autoliquidation du travaillisme israélien
Par Thibault Dumas le 27 mars 2009, - Monde - Lien permanent
« Aujourd'hui nous verrons si le Parti
travailliste cède au reniement de Barak et s'autoliquide ». Yoel Marcus,
éditorialiste au journal israélien Haaretz avait prévenu. L'enterrement du
travaillisme israélien a bien eu lieu. C'est Ehud Barak, pianiste émérite, qui
en a joué la marche funèbre. Pour satisfaire ses ambitions personnelles. Pour
servir d'alibi et d'écran de fumée à une coalition de droite très dure
Netanyahu-Liebermann. Pour pérenniser son poste de ministre de la Défense. Pour
cacher le fait que c'est un piètre stratège politique. Barak a eu le culot de
se comparer à Moshe Dayan, qui avait rejoint le gouvernement de droite de Begin
en 1977. Mais celui-ci avait été courageux. Il avait quitté le Parti
travailliste. Il se sentait obligé de faire la paix après l'échec de la Guerre
du Kippour qui l'avait rendu dépressif.
Pourtant il ne faut point s'y tromper. L'auto-liquidation d'Avoda (nom
israélien des travaillistes) ne date pas d'aujourd'hui. Elle résulte d'un
triple mouvement bien plus profond. Le travaillisme sioniste était lié à
l’histoire même de la construction progressiste de l’État d’Israël. Dans les
années 1970, le Parti travailliste abandonna ce caractère pionnier et
révolutionnaire. Il ne porta plus « l'esprit de 1948 », les liens culturels
avec la diaspora juive, l'idée du socialisme sioniste. Se renfermant, il perdit
son identité originelle, son originalité politique et les élections de 1977
(tribune
dans Haaretz).
Dans les années 1990, un second mouvement s'enclencha. L'abandon de la question
sociale et du travaillisme. Le PT devint le parti des élites de l'économie et
du business. Le costume de défenseur des opprimés et des pauvres passa à droite
(le Likoud) voir à l'extrême droite (Israel Beytenou aujourd'hui). Avoda a
depuis une plateforme économique centriste (« blairiste »), qui ne conteste pas
le néo-libéralisme déjanté du Likoud. Face aux inégalités sociales qui
explosent les travaillistes n'arrivent plus à « distinguer le but des moyens »
de leur politique, comme le dit Israel Harel.
Reste la question de la paix avec les palestiniens. L'assassinat de Yitzhak
Rabin en 1995. L'échec du processus d'Oslo en 1993 puis de Camp David II en
2000 (dont Barak fut en parti responsable selon plusieurs témoins) marqua les
travaillistes. Dans les faits Avoda, a déserté le camp de la paix, l'idée de «
deux peuples, deux États ». C'est le suivisme va-t-en guerre de Amir Peretz
(pourtant issu de l'aile gauche travailliste) lors de la guerre du Liban de
2006. La surenchère guerrière de Ehud Barak pendant la guerre de Gaza cette
année.
L'abandon successif du sionisme, du travaillisme et du pacifisme prend toute
son ampleur aujourd’hui. Le sionisme ne fut même pas mentionné lors des débats
sur l’entrée au gouvernement des 1187 membres du comité central d’Avoda. La
paix israélo-palestinienne ne fut même pas défendue par les travaillistes lors
des négociations avec Netanyahu (article
du New York Times). Le travaillisme fut jeté aux orties par le mensonge de
Barak qui promettait en novembre 2009 : « Les travaillistes ne rejoindront pas
un gouvernement dont les orientations sont en contradiction avec leurs
principes »
Ophir Pines-Paz, arrivé second lors des primaires travaillistes pour les
législatives de 2009, a mis en garde Ehud Barak sur le fait qu'il n’avait pas
de mandat pour jeter le Parti travailliste à « la poubelle de l'Histoire ».
C'est pourtant ce qu'il vient de faire. Sur la colline du Mont Herzl qui
surplombe la ville de Jérusalem sont enterrés Yitzhak Rabin et sa femme Leah
Rabin. Les militants du Meretz (parti de gauche socialiste et sioniste) ont
apposés à côté de la sépulture du couple une pancarte : « Goodbye, Labor »
(dépeche de Arutz
Sheva).












Commentaires
L’économie subit sa plus grave crise depuis 1929. Les pistes que l'Europe empruntera pour en sortir dépendront avant tout des choix politiques qui seront réalisés. C’est pourquoi, en tant que citoyens, quelles que soient nos appartenances politiques, nous ne sommes pas indifférents à l’issue des débats internes qui se mènent au sein de l'UE.
Nous sommes conscients que Laurent Fabius jouera un rôle décisif dans la constitution dans une alternance capable de déboucher sur une alternative réelle.Ainsi nous vous prions mr fabius de bien vouloir accepter d'être le porte drapeau du peuple de l'est et l'ouest d'Europe.
http://www.myspace.com/laurentfabiu...
@ Bolongio
Quand j'ai lu votre commentaire je n'ai pu m'empêcher de rire. L'énième retour de Fabius, équivalent socialiste de Juppé, "le meilleur d'entre nous" qui n'est jamais arrivé à la meilleur des élections.
Ehud Barak, dirigeant éclairé de l'État d'Israël a compris les graves dangers qui guettent ce pays. Après l'échec d'Olmer et Tzipi Livni dans leurs négociations "paix" avec les Palestiniens il a compris que le moment n'est pas venu de rester dans l'opposition.
1. Si ils avaient accepter les grandes concessions faites par Olmer il y aurait peut-être une approche favorable à une solution...
2. Mais la n'est pas le problème ; étant morcelés en 17 organisations plus extremistes les unes que les autres les palestiniens ne signeront jamais un accord de paix et ils l'affirment sans cesse, excepté bien entendu un plan qui mettrait fin à l'État d'Israël par étapes en quelques années .
Conclusion. Ehud Barak, lucide, n'est pas prêt à accompagner le sucide de son pays et même pour M.Obama le probleme sera insolvable, même avec sa ingéniosité il s'engage vers un échec cuisant.