Pourtant il ne faut point s'y tromper. L'auto-liquidation d'Avoda (nom israélien des travaillistes) ne date pas d'aujourd'hui. Elle résulte d'un triple mouvement bien plus profond. Le travaillisme sioniste était lié à l’histoire même de la construction progressiste de l’État d’Israël. Dans les années 1970, le Parti travailliste abandonna ce caractère pionnier et révolutionnaire. Il ne porta plus « l'esprit de 1948 », les liens culturels avec la diaspora juive, l'idée du socialisme sioniste. Se renfermant, il perdit son identité originelle, son originalité politique et les élections de 1977 (tribune dans Haaretz).

Dans les années 1990, un second mouvement s'enclencha. L'abandon de la question sociale et du travaillisme. Le PT devint le parti des élites de l'économie et du business. Le costume de défenseur des opprimés et des pauvres passa à droite (le Likoud) voir à l'extrême droite (Israel Beytenou aujourd'hui). Avoda a depuis une plateforme économique centriste (« blairiste »), qui ne conteste pas le néo-libéralisme déjanté du Likoud. Face aux inégalités sociales qui explosent les travaillistes n'arrivent plus à « distinguer le but des moyens » de leur politique, comme le dit Israel Harel.

Reste la question de la paix avec les palestiniens. L'assassinat de Yitzhak Rabin en 1995. L'échec du processus d'Oslo en 1993 puis de Camp David II en 2000 (dont Barak fut en parti responsable selon plusieurs témoins) marqua les travaillistes. Dans les faits Avoda, a déserté le camp de la paix, l'idée de « deux peuples, deux États ». C'est le suivisme va-t-en guerre de Amir Peretz (pourtant issu de l'aile gauche travailliste) lors de la guerre du Liban de 2006. La surenchère guerrière de Ehud Barak pendant la guerre de Gaza cette année. 

L'abandon successif du sionisme, du travaillisme et du pacifisme prend toute son ampleur aujourd’hui. Le sionisme ne fut même pas mentionné lors des débats sur l’entrée au gouvernement des 1187 membres du comité central d’Avoda. La paix israélo-palestinienne ne fut même pas défendue par les travaillistes lors des négociations avec Netanyahu (article du New York Times). Le travaillisme fut jeté aux orties par le mensonge de Barak qui promettait en novembre 2009 : « Les travaillistes ne rejoindront pas un gouvernement dont les orientations sont en contradiction avec leurs principes »

Ophir Pines-Paz, arrivé second lors des primaires travaillistes pour les législatives de 2009, a mis en garde Ehud Barak sur le fait qu'il n’avait pas de mandat pour jeter le Parti travailliste à « la poubelle de l'Histoire ». C'est pourtant ce qu'il vient de faire. Sur la colline du Mont Herzl qui surplombe la ville de Jérusalem sont enterrés Yitzhak Rabin et sa femme Leah Rabin. Les militants du Meretz (parti de gauche socialiste et sioniste) ont apposés à côté de la sépulture du couple une pancarte : « Goodbye, Labor » (dépeche de Arutz Sheva).