C'est son cousin qui a eu l'idée abjecte (ou crédule) de mettre ses exploits sur le Web en 2007. Et accessoirement d'accélérer la vitesse de certaines vidéos... Certes, techniquement « Il a une coordination exceptionnelle » selon l'entraineur d'Arsenal Arsène Wenger. Mais comme le dit Just Fontaine, mythe du football français, « Ce que je veux pour lui c'est pas qu'on bousille sa vie d'enfant et d'homme » (interview sur Le Buteur). Trop tard. Les poncifs les plus délirants comme « le nouveau Zidane », déferlent sur internet puis dans les médias. Le gamin est donc invité, avec sa maman Fatima Koroghli, au Grand journal de Canal + le 4 mars dernier.

Il est pétrifié par les caméras alors que les téléspectateurs ne peuvent être que horrifiés par ce spectacle (vidéo de l'émission). C'est une bête de foire. Il peine à aligner deux mots, n'arrive pas à jongler. Rien de plus normal il n'est qu'en CE1. La maman se défend, « Il a plaisir à jouer au football (...) le reste c'est l'avenir qui le dira ». Mais que fait-elle alors sur le plateau de Michel Denisot ? Pourquoi a t-elle « un ou deux conseillers » pour gérer les sollicitations sportives dont fait l'objet son fils ? La pression des clubs, Chelsea FC et le Real Madrid en tête, est sans doute trop forte. Les magouilles des intermédiaires douteux sont à coup sûr trop crasses.

Un débat honteux est même né sur internet pour savoir si Madin Koroghli devait jouer pour l'Algérie ou la France. Cela relève donc bien de cette folie. Voler son enfance à un enfant. Par ce que il y a ce miroir aux alouettes de la réussite matérielle par le football. Par ce qu'on lui impose « la folie du monde » et des adultes (pour reprendre les mots d'un Vincent Lindon gêné sur le plateau). On ne peut malheureusement que se remémorer la phrase amer de Jean-Paul Sartre dans son autobiographie Les Mots : « J'étais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets ».