Arlette Laguiller prend donc sa retraite politique après s'être présentée six fois de suite à l'élection présidentielle (un record). Une retraire partielle un peu encombrante pour Nathalie Arthaud, au vu des premiers meetings de LO pour les européennes. Car Laguiller bénéficie d'un capital de sympathie bien au delà de la pauvre implantation réelle de Lutte ouvrière (due à la névrose de la pureté révolutionnaire). Une chanson de Souchon, une déclaration d'amour politique de Geneviève De Fontenay, cette large empathie est résumée par la phrase de Jean-Luc Bennahmias : « Ne touchez pas à Arlette, c'est une sainte ». C'est l'image d'une militante de base, simple, sympathique et dévouée. Fidèle à ses idées surtout, « Vous en connaissez beaucoup, vous, des femmes qui soient aussi battantes (...) ? » argumente une ouvrière d'une usine de Hénin-Beaumont.

Du coup, on l'appelle que par son prénom « Arlette », signe de misogynie et de condescendance. Mais sur le plan de la communication cela fait proche des gens (on appel bien une autre ex-candidate à la présidentielle par son prénom). Arlette Laguiller y répond elle-même de façon effrayante : « Je n'existe que par ce que le parti existe ». Tout le bénéfice est donc pour LO. Car Lutte ouvrière, sous la tutelle de Robert Barcia dit « Hardy » et de Pierre Bois, a lancé « le produit » Arlette Laguiller en 1974, en utilisant les techniques du marketing commercial. En effet, Robert Barcia est suspecté d'être actionnaire-dirigeant de plusieurs sociétés de service auprès de la très capitaliste industrie pharmaceutique. Il aurait créé en 1968 l'Epmed et en 1971 l'OPPM (article de l'Express).

Le financement, une zone d'ombre et de compromission avec l'idéal communiste pour l'UC. En mars 2002, le Journal officiel publie le budget des formations politiques. Les chiffres révèlent que LO a 11 millions de francs de valeurs mobilières et plus de 6 millions de francs de disponibilités. En clair du boursicotage, selon des comptes fournies par... LO. Dans ce cas comme dans celui du double rôle supposé de Robert Barcia : « collaborateur du patronat le jour et (...) trotskiste intransigeant le soir », Arlette Laguiller porte plainte contre l'Humanité et Libération en 2002. Pour reprendre les mots du communiste Pierre Laurent à l'époque : « On savait déjà qu’Arlette Laguiller manquait d’humour. On sait maintenant que la liberté d’expression n’est pas son fort. » (article de l'Humanité).

La démocratie interne dans le parti de Laguiller et Arthaud est en effet inexistante. Cette dernière a été désignée porte-parole lors rituel curieux du congrès annuel de LO, à huis-clos. Robert Barcia, dans un rapport politique de décembre 1992  est on ne peut plus clair « Évidemment, Lutte ouvrière est une organisation qui n'a pas l'air bien démocratique. Eh bien, oui ! C'est une dictature oui ! Et personne n'y échappe, dans notre organisation ». LO est de fait très dure avec ses militants. Le mariage est considéré comme petit bourgeois, et « (...) avoir et élever des enfants empêchera de se qualifier réellement et de se consacrer à notre lutte ». Le tout selon un document d'explication de LO « Elles courent, elles courent, les rumeurs » et les dires de Robert Garcia.

Le trotskisme authentique version LO se caractérise par une rupture étanche avec les partis et syndicats réformistes et l'adhésion aux partis révolutionnaires indépendants. Peu importe la globalité du mouvement ouvrier, la mobilisation des masses, la possibilité de la révolution. L'important est la pureté, fut-elle ultra-minoritaire, sectaire et inutile. D'où une double abdication idéologique. Rupture avec le marxisme du Manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels (1848) : « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble de la classe ouvrière ». Rupture avec l'entrisme trotskyste théorisé par Léon Trotsky au moment du Front populaire : « Notre organisation est trop faible pour prétendre à une place indépendante. (...) dans la pratique, c’est seulement l’entrée dans le parti social-démocrate qui est possible ».

Au delà de la terminologie et de l'imagerie rouge, LO (comme d'ailleurs  le NPA ou le POI) n'a pas un programme purement « révolutionnaire ». Selon la Riposte, tendance marxiste de l'aile gauche du PCF « (...) le contenu réel de leurs programmes n’est autre chose qu’une variante du réformisme de gauche, qui ne diffère guère, dans ses traits essentiels, du contenu du programme actuel du PCF » (éditorial de la Riposte). Les trois axes « vitaux pour le monde du travail » de Arlette Laguiller lors de la présidentielle de 2007 étaient : la lutte contre le chômage, l’augmentation du niveau de vie et la construction de logements. Rien de « révolutionnaire » la dedans. La différence réelle entre LO et d'autres partis de gauche (PG, PCF,NPA) réside donc dans la proportion, le tempo et la faisabilité des réformes.

Les compromissions de Lutte ouvrière sont aussi électorales. Au premier tour de la présidentielle de 2002, Arlette Laguiller ne fait « aucune différence » entre gauche et droite, propos qui rappellent la diatribe populiste du FN contre le « système UMPS ». Au second tour, elle n'appelle pas à contrer l'extrême droite par le vote Jacques Chirac. C'est la position coupable du vote nul : « Pas une voix pour Le Pen ! Mais une enveloppe vide en guise de vote pour Chirac » (communiqué de LO). Lors de la présidentielle de 2007, elle soutient cette fois la socialiste Ségolène Royal au second tour. En réalité, les problèmes financiers de LO sont importants après le piètre score de Laguiller (1,33%). Le principe de l'étanchéité politique est donc opportunément mis de côté. 65 listes d'union PS-PCF-LO sont conclus pour le premier tour des municipales de 2008. Avec les élus vient le financement public.

Nathalie Arthaud est différente de Arlette Laguiller. Issue d'une famille de petits commerçants de province, elle a fait des études supérieurs : un CAPET d'économie et gestion puis une agrégation. Enseignante à Saint-Denis puis à Vaux-en-Velin, elle est syndiquée au SNES. Elle représente cette « petite-bourgeoisie du fonctionnariat » que méprisait tant LO, au moins autant que son avatar politque, mai 1968.  L'alliance avec les PS et le PCF, lui a permit de devenir conseillère municipale déléguée à la jeunesse à Vaux-en-Velin en 2009. Faut-il rappeler qu'entre 1999 et 2001, Arlette Laguiller cumulait elle trois mandats : Députée européenne, Conseillère régionale d'Île-de-France, Conseillère municipale des Lilas. Malgré ce changement de tête de gondole, la réalité est que LO ne change pas. L'Union communiste est bien loin d'être la « voix ouvrière » qu'elle prétend être depuis 1947.