Le pugilat politique honteux n'a pas cessé pour autant. La droite berlusconienne qualifie ce décès de « crime », argue que la mort devait avoir lieu dans un hospice et accélère l’adoption d’un décret-loi interdisant le droit à mourir par arrêt de l’alimentation et de l'hydratation. Les arguments du centre-droit au Sénat italien relèvent, quant à eux, d’une démagogie surréaliste. Le Vatican est tout aussi violent : « Interrompre l’alimentation et l’hydratation équivaut à un abominable assassinat » selon le cardinal Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la santé.

L’opposition de centre-gauche dénonce « la rage aveugle et irresponsable » de la droite par le biais de Anna Finocchiaro. Le président de la République Giorgio Napolitano (ex-communiste aujourd'hui démocrate de gauche), refuse de signer le décret-loi berlusconien. Le Parti démocrate organise des manifestations contre « l'instrumentalisation cynique » de la mort de Englara par Silvio Berlusconni. Malheureusement la défaite cinglante en Sardaigne, la transition entre le centriste Weltroni et le centriste-chrétien Dario Franceschini à la tête du PD ont affaiblit cette dynamique d’opposition.

Au delà du « (...) sombre écho de ceux qui veulent transformer la mort en politique » (billet de Cafébabel), reste des italiens profondément divisés. Ils étaient 47% à être pour l'arrêt de l'alimentation de Eluana Englara, 47% à être pour son maintien. Concernant l'acharnement thérapeutique (porté aux nues par Berlusconi), l'opinion italienne s'y oppose plus nettement à 62% (dépêche de France 24). S'ajoute à cela la spécificité italienne d'une église très influente. Benoit XVI est intervenu à trois reprises : « le caractère sacré de la vie doit être sauvegardé de la conception à la fin naturelle ».

Les convulsions de la société italienne attestent des hésitations coupables de l'Europe quant au droit à mourir. Dans de nombreux pays, l'euthanasie est illégale mais les patients ont le droit de refuser un traitement. Il y a un donc un vide juridique et un véritable cynisme concernant la fin de vie. Un cadre législatif strict pour un droit à mourir dans la dignité est une nécessite tant dans les pays européens (la loi Leonnetti de 2005 en France est nettement lacunaire) qu'au niveau de l'Union européenne. Il s'agit de conquérir « une ultime liberté » sur le modèle des lois belges ou hollandaises (site de l'ADMD).