L'altermondialisme français est loin d'avoir subi une défaite idéologique. Son mot d'ordre « Un autre monde est possible », s'est répandu en France bien avant la crise financière, économique et sociale (dossier de Newsweek). L'influence des thèses altermondialistes sur toute la gauche française, PS comprit, est depuis longtemps incontestable. Tous les thèmes portés par les « alters », ont étés intégrés par la gauche réformiste. Même le trotskisme français, si étanche, s'est imbibé de l'idéologie altermondialiste, comme en témoigne la création du NPA. Sans oublier une influence intellectuelle appuyée dans le monde universitaire voir journalistique (Alternatives économiques, Politis).

La défiance constante des français à l'égard de la mondialisation libérale a même conduit à un rayonnement altermondialiste bien au delà de la gauche, jusque dans la droite néo-gaulliste et démocrate-chrétienne. C'est Jacques Chirac déclarant : « Le libéralisme [est une] perversion de la pensée humaine » ou tançant un premier ministre social-démocrate pour sa gestion policière musclée d'une manifestation altermondialiste. Dans la même veine, mais plus récemment, ce sont les envolés cyniques de Nicolas Sarkozy sur le thème « La toute puissance du marché était une folie ».

Non, c'est stratégiquement que les altermondialistes français ont échoués. L'affaire Nikonoff et les bisbilles internes d'ATTAC (article de L'Humanité) ont sabordés la dynamique de l'après 29 mai 2005. L'association est passée de 30 000 militants qui contestaient le PS sur les marchés et dans les têtes, à une mailing list inaudible de 20 000 sympathisants. Les vieux réflexes staliniens de la bande à Nikonoff ont, il est vrai, dégoutés de nombreux militants. Surtout ATTAC n'a jamais réussit à être une association populaire, restant très intellectuelle voir passive et élitiste.

Mais le problème est plus profond. C'est celui de l'incapacité des « alters » hexagonaux à choisir entre parti politique et ONG. Alors que le mode d'organisation est déterminant à gauche, les alters n'ont fait que subir une forme batarde et attentiste d'action politique. Coincés dans la structure hybride des Collectifs unitaires anti-libéraux en 2007 il se sont fait dépouiller. Manipulés par un PCF voué à nouer des alliances avec le PS pour survivre. Floués par un NPA (ex LCR) qui sait qu'elle tient avec Besancenot une poule aux oeufs d'or à l'heure de la surpersonnalisation politique.

La sémantique est révélatrice des difficultés de cette « autre » gauche. Les altermondialistes s'appelaient au départ anti-mondialistes. A partir du succès du contre-sommet de Seattle en 1999, les français ont répandu le terme d'altermondialisme (« autre monde »). En 2006, les alters (entre autres) fondent le Collectif national d’initiative pour un rassemblement antilibéral de gauche (CIUN). Désormais c'est le terme de gauche anti-libérale qui les définit. Dénomination contestable sur le plan idéologique (billet que j'avais écrit), mais surtout révélatrice du caractère défensif et étouffé de cette composante de la gauche française aujourd'hui.