La fin de l'altermondialisme français ?
Par Thibault Dumas le 17 février 2009, - Gauche - Lien permanent
L'édition 2009 du Forum social mondial (FSM) qui a
eu lieu à Belém au Brésil aura démontrée au moins deux choses. D'abord, que
c'est bien en Amérique latine que la gauche se façonne en ce début de 21ème
siècle. A l'image du débat final du Forum réunissant le « club des
5 » de la gauche sud-américaine (Lula, Chávez, Morales, Correa, Lugo).
Ensuite, que l'altermondialisme est encore vivace sur le plan international. Le
nombre élevé de participants (135 000) témoigne d'une vraie réussite en
comparaison du terne Forum économique de Davos. Difficile de prolonger ce
constat à la France, qui fut pourtant le berceau du terme altermondialise (par
le biais d'ATTAC notamment). Le rouge des altermondialistes français est
aujourd'hui bien palot. Au lendemain du 29 mai 2005, ils contestaient le
leadership idéologique, politique du PS sur sa gauche, ils aimantaient une
gauche radicale (communiste, trotskiste, écologiste) en mal d'unité. C'était il
y a une éternité.
L'altermondialisme français est loin d'avoir subi une défaite idéologique.
Son mot d'ordre « Un autre monde est possible », s'est répandu en
France bien avant la crise financière, économique et sociale (dossier de Newsweek). L'influence
des thèses altermondialistes sur toute la gauche française, PS comprit, est
depuis longtemps incontestable. Tous les thèmes portés par les
« alters », ont étés intégrés par la gauche réformiste. Même le
trotskisme français, si étanche, s'est imbibé de l'idéologie altermondialiste,
comme en témoigne la création du NPA. Sans oublier une influence intellectuelle
appuyée dans le monde universitaire voir journalistique (Alternatives
économiques, Politis).
La défiance constante des français à l'égard de la mondialisation libérale a
même conduit à un rayonnement altermondialiste bien au delà de la gauche,
jusque dans la droite néo-gaulliste et démocrate-chrétienne. C'est Jacques
Chirac déclarant : « Le libéralisme [est une] perversion de la pensée humaine »
ou tançant un premier ministre social-démocrate pour sa gestion policière
musclée d'une manifestation altermondialiste. Dans la même veine, mais plus
récemment, ce sont les envolés cyniques de Nicolas Sarkozy sur le thème « La
toute puissance du marché était une folie ».
Non, c'est stratégiquement que les altermondialistes français ont échoués.
L'affaire Nikonoff et les bisbilles internes d'ATTAC (article
de L'Humanité) ont sabordés la dynamique de l'après 29 mai 2005.
L'association est passée de 30 000 militants qui contestaient le PS sur les
marchés et dans les têtes, à une mailing list inaudible de 20 000
sympathisants. Les vieux réflexes staliniens de la bande à Nikonoff ont, il est
vrai, dégoutés de nombreux militants. Surtout ATTAC n'a jamais réussit à être
une association populaire, restant très intellectuelle voir passive et
élitiste.
Mais le problème est plus profond. C'est celui de l'incapacité des
« alters » hexagonaux à choisir entre parti politique et ONG. Alors
que le mode d'organisation est déterminant à gauche, les alters n'ont fait que
subir une forme batarde et attentiste d'action politique. Coincés dans la
structure hybride des Collectifs unitaires anti-libéraux en 2007 il se sont
fait dépouiller. Manipulés par un PCF voué à nouer des alliances avec le PS
pour survivre. Floués par un NPA (ex LCR) qui sait qu'elle tient avec
Besancenot une poule aux oeufs d'or à l'heure de la surpersonnalisation
politique.
La sémantique est révélatrice des difficultés de cette « autre »
gauche. Les altermondialistes s'appelaient au départ anti-mondialistes. A
partir du succès du contre-sommet de Seattle en 1999, les français ont répandu
le terme d'altermondialisme (« autre monde »). En 2006, les alters
(entre autres) fondent le Collectif national d’initiative pour un rassemblement
antilibéral de gauche (CIUN). Désormais c'est le terme de gauche anti-libérale
qui les définit. Dénomination contestable sur le plan idéologique (billet que
j'avais écrit), mais surtout révélatrice du caractère défensif et étouffé
de cette composante de la gauche française aujourd'hui.












Commentaires
Le problème des altermondialistes est fondamental car ils sont capables de dénoncer les problèmes de notre système actuel, en revanche ils n'ont rien de sérieux à proposer en échange de la société qu'ils condamnent. De plus, il faut voir dans ces "révoltés" des gens qui savent bien profiter de la société opulente et des protections sociales que la prospérité capitaliste libérale donne au monde. Des contestataires qui crachent dans leur soupe pour la plupart et qui seront les premiers à geindre quand la crise les mettra au chômage par manque de croissance. Beaucoup d'enfants de fonctionnaires hyper protégés se trouvent dans ses mouvances de révoltés gauchistes et M. Besancenot fils d'enseignant et de psycho à l'Education Nationale est un bon exemple. Comment un tel privilégiés qui aura vécu une vie protégée par le contribuable peut-il haïr à ce point son cocon douillet ? Tout cela est bien honteux au regard des vraies misères qui existent encore dans le monde où le capitalisme libéral ne s'est pas encore développé comme l'Afrique par exemple. Cette gauche bouffie, gavée, grasse et aux joue bien roses qui vient taper du pied et pousser ses petits cris aigüs de révoltes au travers des medias complaisants à quelques chose d'obscène. Trop de facilités ramollissent les coeurs et les esprits.
Dire qu'ils n'ont rien à proposer est un abus de langage et témoigne d'une certaine méconnaissance du mouvement altermondialiste. Par le biais de la Fondation Copernic et de nombreux spécialistes (économistes, sociologues, journalistes), les alters ont souvent développé une foultitude d'analyses et de propositions (trop au détriment de l'action ?) :
http://www.fondation-copernic.org/
@ Thibault : Je vous remercie pour le lien de la fondation Copernic que j'ai donc utilisé. On y apprend que travailler tue et que les employeurs sont donc des tueurs par négligence. Ce genre de discours est tellement caricaturale et que l'on ne peut, comme je vous le disais, prendre cela en considération. La haine banale anti-patron distillée par les "alters" est de la gauche, tout simplement. En France on vénère le fonctionnaire et on honnit le chef d'entreprise ou l'actionnaire. Cette crise, en transformant l'état prédateur et injuste en un vil mendiant pitoyable va remetttre les pendules à l'heure. Contrairement au discours dominant, on ne va pas assister au "retour" de l'état mais à son retrait définitif pour cause de ruine. C'était prévu mais là l'histoire va s'accélerer. Problème : les gens qui vivent de l'argent public ne vont pas lâcher le morceau aussi facilement et vont tenter de prélever davantage pour eux-mêmes mais les taux de prélèvement supérieurs provoqueront la réduction de la masse fiscalisable pour cause d'étouffement de l'activité et des fuites à l'étranger. Sale temps en perspective et appauvrissement général garanti !