Le retour du mouvement social
Par Thibault Dumas le 01 février 2009, - Social - Lien permanent
Deux salariés côte à côte place de la Bastille.
Le premier avec un autocollant CGT 94 engage la conversation : « vous êtes de
Flins ? Courage ! » (l'usine Renault de Flins tourne au ralenti depuis
décembre). Le second vêtu d'un gilet FO Flins lui répond « oui, mais cela ne
dépend plus de nous ». Le cégétiste conclut « bon... en tout cas on est
avec vous les gars ». Échange anodin mais qui en dit long sur le
changement d'atmosphère sociale. Les mobilisations locales (parfois dures) des
salariés n'ont pas manquées en 2007-2008, mais il n'y avait pas de
« conjonction des luttes », de sens commun. Ce 29 janvier 2009 les
mouvements sociaux ont dépassés leurs spécificités catégorielles pour devenir
« le » mouvement social. « Énièmes manifs », « rituel
de la grève » pour les libéraux-conservateurs et les réactionnaires.
Pourtant, au delà de son opposition massive au sarkozysme, ce mouvement social
a des caractéristiques inédites.
Le contexte de la crise économique et sociale était soi-disant rédhibitoire
à toute action des travailleurs. En période difficile les salariés mettraient
en veille leurs revendications pour les pousser en avant pendant une phase de
reprise économique (années 1950-60). Ce 29 janvier, euls les bastions
traditionnelles des syndicats (FSU, CGT, SUD) chez les fonctionnaires du public
devaient être mobilisables et encore de façon limitée. La réalité est que les
cortèges furent avant tout gonflés par les salariés du privé (article
du Nouvel Obs). Quinconce est un habitué des manifestations, a remarqué la
sociologie inédite des manifestants : plus trentenaire (la génération CPE ?),
plus féminin, plus diversifié, plus précaire. Des secteurs du salariat peu
mobilisés d'habitude étaient très présents : banques, santé ou même retraités.
Cette mobilisation des travailleurs est palpable partout en Europe mais elle
prend de fait une tournure plus massive et structurée en France.
Une autre caractéristique cruciale de ce mouvement social est l'unité de la
gauche : syndicale, politique, populaire. Le syndicalisme ouvrier était
relativement divisé depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Écartelé
entre les coups d'éclat de SUD et les reniements de la CFDT. L'unité syndicale
(déclaration
commune) si précieuse n'était pas arrivée depuis 2006 et le mouvement
anti-CPE. C'est une bonne nouvelle pour les salariés des classes populaires et
moyennes. Quant à la gauche politique, elle semble sortir du trou. Même si il
faut rester prudent, le PS est de nouveau ancré (du moins symboliquement) dans
la réalité salariale du pays. Cela fait quelques temps que les initiatives
fusent, venants de socialistes, écologistes, communistes, altermondialistes,
associatifs. Cet après 29 janvier est l'occasion de donner une cohérence
politique à tout cela. Contrairement à d'autres pays (Islande, Grèce) le
mouvement social français a la possibilité d'un débouché politique démocratique
concret. Qu'on le veuille ou non c'est la gauche réformiste qui
l'incarne.
Cette journée d'action du 29 janvier est un sérieux coup de semonce pour le
pouvoir. Ce n'est pas une mesure identifiée qui cristallise la colère comme
c'était le cas dans tous les mouvements sociaux depuis 25 ans (réforme des
retraites en 1995, CPE en 2006). C'est la violence sociale et la régression
démocratique de la politique de Sarkozy qui est combattu dans son ensemble, le
tout amplifié par la crise. Retirer un quelconque projet de loi ne calmera en
rien les ardeurs sociales, la colère est plus grande. C'est un système de
pensée, une vision du monde (le fanatisme de marché pour faire court) qui est
contesté en masse. Une ère se termine pour la « monocratie »
sarkozyste (interview
de Robert Badinter). Elle a perdu son atout principal : diviser socialement
pour régner politiquement. La balle a changée de camp, les banderoles « La
crise c'est eux, la solution c'est nous » en sont l'illustration. Le mouvement
social est de retour, reste à le pérenniser.












Commentaires
Oui un sérieux coup de semonce, le début de la fin pour ce gouvernement !!
La crise c'est eux et la solution c'est nous ! De quelle solution s'agit-il ? Mettre au pouvoir une équipe de gauche à la place d'une équipe de droite ne changera rigoureusement rien au fond du problème. Le système français n'est pas finançable et après la crise, l'état sera en cessation de paiement. La bête sociale française est morte.
Sarkozy est aujourd'hui une plaie pour une France plus sociale, face à lui la gauche, d'où qu'elle viennent doit discuter sur des thèmes concrets encore plus qu'à l'habitude.
Pour cette raison le blog débattre à gauche à été créé afin de faire discuter la gauche sur de grand thèmes pour créer une véritable opposition face au gouvernement :
http://debattreagauche.forumactif.c...
Venez vous investir pour partager les idées propre à la gauche et débattre sur des idées de société.
Merci de votre attention.