Hildas Solis a un parcours hors du commun. Bien que née en 1957 à Los Angeles, c'est 30 kilomètres plus à l'est qu'elle va grandir, à La Puente. Aux milieux des collines, c'est une ville tristement banale de la banlieue californienne. C'est surtout une terre d'ouvriers, de pauvres et d'immigrés. Selon ses propres termes « (...) cela n'était pas ce qu'on peut appeler l'american way of life » (billet de CQ Politics). Elle est obligée de s'occuper de quatre de ses sept frères et sœurs. Malgré cela, elle est la première de la famille à intégrer une Université (la California State Polytechnic).

Plus tard vient son engagement politique démocrate. Il est émaillé de quelques coups d'éclats. En 1994, elle devient la première « latino » à être élue à l'Assemblée de Californie. Elle soutient les lois qui protègent les immigrés, qui favorisent l'éducation ou encore la prévention des violences conjugales. Surtout elle fait passer de nombreuses lois sociales pour les travailleurs californiens : hausses de salaires, extensions de couverture santé. Peu importe d’être « within or without » la communauté latino, elle se bat pour tous les salariés.

En 1995, premier coup d'éclat. Elle porte une loi qui fait passer de 4,25 $ à 5,75 $ le salaire minimum californien. Les organisations patronales et de restauration s'opposent durement, tandis que le gouverneur républicain Pete Wilson pose son véto. Mais sous son sourire, Solis est une femme téméraire voir effrontée. Elle fait campagne sur ses fonds propres pour obliger à un référendum populaire. Cette victoire politique a un retentissement national et la révèle comme une femme politique de gauche défendant les intérêts des travailleurs.

En 2000, second coup d'éclat lors des primaires du Parti démocrate pour le Congrès des États-Unis. Au bout d'une bataille interne d'une violence inouïe, elle bat le démocrate conservateur Martinez (sortant soutenu par l'appareil du parti) avec 62% voix contre 29%. Écœuré, ce dernier s'en va chez les républicains. Ensuite elle est brillamment élue, comme « congresswomen » du 32ème district de Californie (circonscription ouvrière, hispanique et asiatique) avec 79% des voix. Une future « national star » selon un démocrate californien.

Sa carrière politique nationale commence au Congrès comme membre du Congressional Progressive Caucus (aile gauche des démocrates). En 2000, elle est la première femme à obtenir le prix du courage de la John F. Kennedy Library Foundation, couronnant son combat en faveur de la justice environnementale pour les pauvres. A la Chambre des représentants, elle s'oppose fermement à tous les accords de libéralisation commerciale avec les pays d'Amérique du Sud. Inlassablement, elle se bat pour les travailleurs et se heurte au patronat américain. Le symbole de cela est son soutien combatif à l'« Employee Free Choice Act » (priorité n°1 des syndicats US). Ce texte est adopté par la Chambre en 2007 puis « gelé » par le Sénat.

La nomination au secrétariat au Travail en 2009 est donc à la fois un point culminent et une suite logique dans la carrière de Solis. Certes elle a soutenue Hillary Clinton lors des primaires. Oui, elle est très proche de Nancy Pelosi, « speaker » de la Chambre des représentants. Mais Obama sait qu’elle a la confiance totale des syndicats et des milieux ouvriers. Elle rééquilibre à gauche une administration qui est critiquée quant à sa composition (modérée, clintonienne). Surtout elle représente cette Amérique du 21ème siècle : multiculturelle, issue des immigrations, bientôt majoritairement hispanique.

Selon les commentateurs étasuniens, si on laisse carte blanche à Hilda Solis elle pourrait mener une politique de « transformation sociale ». Relance de l’économie par la hausse des salaires et non par les crédits à la consommation. Mis en place d'une couverture santé pour tous les travailleurs. Renforcement des syndicats, déclinants aux Etats-Unis depuis les années 1970. Réhabilitation des règles de sécurité au travail (une seule nouvelle règle depuis 10 ans). Adoption de l'« Employee Free Choice Act » (enfin !). Développement des emplois dans l'écologie, les fameux « cols verts » (article du New York Times). Les urgences salariales ne manquent pas aux États-Unis.

Tout cela renvoi à une question fondamentale pour Obama : l’amélioration rapide de la condition sociale des salariés est-il un frein ou un soutien à son plan de relance ? Hilda Solis a déjà la réponse : « (...) quand les gens sont syndiqués, reçoivent de bons salaires, cette argent reste dans la collectivité, elle permet d'avoir une économie florissante et elle aide même à envoyer leurs enfants (comme cela a été le cas pour moi)... à l'Université et éventuellement à se présenter aux élections » (article du Time). Ses parents, Raul Solis et Juana Sequeira-Solis, ne peuvent qu'approuver.