La voix des travailleurs américains
Par Thibault Dumas le 23 janvier 2009, - Monde - Lien permanent
Raul Solis et Juana Sequeira-Solis forment
un souriant couple de retraités. Lui est originaire du Mexique, elle du
Nicaragua. Tous deux ont émigrés aux États-Unis, ou ils se sont rencontrés puis
mariés en 1953. Ils ont longuement travaillés comme ouvriers, lui dans une
usine de recyclage, elle sur les chaînes de montage de Mattel. Très engagés
dans les syndicats Teamsters et United Rubber Workers, ils n'ont jamais cessé
de croire en une Amérique plus juste et généreuse. Alors quand Barack Obama et
son administration rentrent à la Maison Blanche ce 20 janvier 2009, ils sont
très émus. Doublement émus même, car leur fille Hilda Solis devient à 51 ans la
secrétaire au Travail des États-Unis d’Amérique.
Hildas Solis a un parcours hors du commun. Bien que née en 1957 à Los
Angeles, c'est 30 kilomètres plus à l'est qu'elle va grandir, à La Puente. Aux
milieux des collines, c'est une ville tristement banale de la banlieue
californienne. C'est surtout une terre d'ouvriers, de pauvres et d'immigrés.
Selon ses propres termes « (...) cela n'était pas ce qu'on peut appeler
l'american way of life » (billet
de CQ Politics). Elle est obligée de s'occuper de quatre de ses sept frères
et sœurs. Malgré cela, elle est la première de la famille à intégrer une
Université (la California State Polytechnic).
Plus tard vient son engagement politique démocrate. Il est émaillé de quelques
coups d'éclats. En 1994, elle devient la première « latino » à être
élue à l'Assemblée de Californie. Elle soutient les lois qui protègent les
immigrés, qui favorisent l'éducation ou encore la prévention des violences
conjugales. Surtout elle fait passer de nombreuses lois sociales pour les
travailleurs californiens : hausses de salaires, extensions de couverture
santé. Peu importe d’être « within or without » la communauté latino,
elle se bat pour tous les salariés.
En 1995, premier coup d'éclat. Elle porte une loi qui fait passer de 4,25 $ à
5,75 $ le salaire minimum californien. Les organisations patronales et de
restauration s'opposent durement, tandis que le gouverneur républicain Pete
Wilson pose son véto. Mais sous son sourire, Solis est une femme téméraire voir
effrontée. Elle fait campagne sur ses fonds propres pour obliger à un
référendum populaire. Cette victoire politique a un retentissement national et
la révèle comme une femme politique de gauche défendant les intérêts des
travailleurs.
En 2000, second coup d'éclat lors des primaires du Parti démocrate pour le
Congrès des États-Unis. Au bout d'une bataille interne d'une violence inouïe,
elle bat le démocrate conservateur Martinez (sortant soutenu par l'appareil du
parti) avec 62% voix contre 29%. Écœuré, ce dernier s'en va chez les
républicains. Ensuite elle est brillamment élue, comme
« congresswomen » du 32ème district de Californie (circonscription
ouvrière, hispanique et asiatique) avec 79% des voix. Une future
« national star » selon un démocrate californien.
Sa carrière politique nationale commence au Congrès comme membre du
Congressional Progressive Caucus (aile gauche des démocrates). En 2000, elle
est la première femme à obtenir le prix du courage de la John F. Kennedy
Library Foundation, couronnant son combat en faveur de la justice
environnementale pour les pauvres. A la Chambre des représentants, elle
s'oppose fermement à tous les accords de libéralisation commerciale avec les
pays d'Amérique du Sud. Inlassablement, elle se bat pour les travailleurs et se
heurte au patronat américain. Le symbole de cela est son soutien combatif à
l'« Employee Free Choice Act » (priorité n°1 des syndicats US). Ce
texte est adopté par la Chambre en 2007 puis « gelé » par le Sénat.
La nomination au secrétariat au Travail en 2009 est donc à la fois un point
culminent et une suite logique dans la carrière de Solis. Certes elle a
soutenue Hillary Clinton lors des primaires. Oui, elle est très proche de Nancy
Pelosi, « speaker » de la Chambre des représentants. Mais Obama sait qu’elle a
la confiance totale des syndicats et des milieux ouvriers. Elle rééquilibre à
gauche une administration qui est critiquée quant à sa composition (modérée,
clintonienne). Surtout elle représente cette Amérique du 21ème siècle :
multiculturelle, issue des immigrations, bientôt majoritairement
hispanique.
Selon les commentateurs étasuniens, si on laisse carte blanche à Hilda Solis
elle pourrait mener une politique de « transformation sociale ».
Relance de l’économie par la hausse des salaires et non par les crédits à la
consommation. Mis en place d'une couverture santé pour tous les travailleurs.
Renforcement des syndicats, déclinants aux Etats-Unis depuis les années 1970.
Réhabilitation des règles de sécurité au travail (une seule nouvelle règle
depuis 10 ans). Adoption de l'« Employee Free Choice Act » (enfin !).
Développement des emplois dans l'écologie, les fameux « cols verts »
(article du New
York Times). Les urgences salariales ne manquent pas aux États-Unis.
Tout cela renvoi à une question fondamentale pour Obama : l’amélioration
rapide de la condition sociale des salariés est-il un frein ou un soutien à son
plan de relance ? Hilda Solis a déjà la réponse : « (...) quand les
gens sont syndiqués, reçoivent de bons salaires, cette argent reste dans la
collectivité, elle permet d'avoir une économie florissante et elle aide même à
envoyer leurs enfants (comme cela a été le cas pour moi)... à l'Université et
éventuellement à se présenter aux élections » (article
du Time). Ses parents, Raul Solis et Juana Sequeira-Solis, ne peuvent
qu'approuver.












Commentaires
Très bien, ce blog. Seulement, de camarade à camarade, ce simple conseil : gaffe aux fautes dont tes textes regorgent !
Je vais vous engager pour corriger mes billets !