Dans son malheur, le Grand Old Party (GOP) peut compter sur un pilier solide : le conservatisme persistent de la société US sur les questions de société. Que ce soit en matière d'armes à feux, de peine de mort ou de conception de la famille les républicains gardent la main. 67% des américains (en moyenne) restent en faveur de la peine de mort en cas de meurtre. Ce pourcentage ne bouge pas depuis 10 ans. 66% sont pour le droit individuel à porter une arme (sondages de Polling Report). En matière de mariage homosexuel, les sondages sont plus équilibrés mais l'adoption de la proposition 8 en Californie (qui interdit ce type d'unions) est symbolique de cette réalité conservatrice. On peut interpréter ce référendum comme un accident de parcours dans un gauchissement global et inéluctable de la société américaine. On peut aussi (déjà) le voir, comme un point de départ de la reconquête des États-Unis par les républicains. Il faut rappeler que le début de la « révolution conservatrice » de Ronald Reagan, date de l'adoption en 1978 en Californie de « l'initiative populaire de limitation de la taxation sur la propriété », la proposition 13...

L'échec du néo-libéralisme des administrations républicaines (voir démocrates) depuis les années 1980 est à la mesure de la violence de la crise économique. On peut néanmoins percevoir certaines pistes pour une nouvelle pensée économique de droite. Tout d'abord, le retour en force d'un populisme de type poujadiste aux États-Unis : « small business vs big business », révolte contre toutes formes de taxes et d'impôts, replis protectionniste en matière commerciale virant au nationalisme voir à la xénophobie. En un mot une réaction d'extrême droite à la crise. Autre piste, l'ajout au néo-libéralisme musclé d'une dose de compassion toute chrétienne sur le plan social. Mick Huckabee la fait lors des primaires républicaines. Certains à droite commencent même à soutenir la mise en place d'une Couverture Maladie Universelle (article du Washington Post), la aussi par charité. En politique étrangère, l'interventionnisme musclé des néo-conservateurs est un échec cuisant. La présidence Obama, elle, sera sans doute plus multilatéraliste. Face à cela, l'adoption d'une ligne radicalement isolationniste est une possibilité pour les républicains.

Au vu de tous ces éléments, cette hypothétique synthèse républicaine a un nom : le paléo-conservatisme (blog de Pat Buchanan). Ce courant aussi appelé « vielle droite », est présent depuis longtemps en Amérique, avec une période dorée de 1920 à 1952. Il est relativement classique en matière économique (très libéral), quoique très violent à l'égard de toute politique sociale. Contrairement aux néo-conservateurs il répudie totalement la « discrimination positive », l'immigration et toute forme de « dilution » de l'identité américaine. La ou les néo-conservateurs sont « open borders », c'est à dire pour la globalisation libérale, les paléo-conservateurs sont protectionnistes et nationalistes. Même philosophie en matière de politique étrangère, dans les années 1920 le paléo-conservatisme s'est construit sur l'isolationnisme : opposition à la création de la Société Des Nations (SDN), puis neutralité bienveillante à l'égard de l'Axe de 1939 à 1945. Si l'on ajoute à cela un national-conservatisme très prononcé qui veut sauvegarder les valeurs traditionnelles américaines, le tout n'est pas sans rappeler (avec avec quelques spécifiés) l'idéologie de l'extrême droite européenne...