Le monople éhonté du MEDEF
Par Thibault Dumas le 24 novembre 2008, - Social - Lien permanent
« Ils ne représentent que 8,2 % de la
population, et ils prennent en otage les français », voilà l'approche dite
« Café du commerce » de la représentativité syndicale et de la démocratie
sociale en France. On se penche donc toujours du côté des syndicats ouvriers et
salariés, avec surtout la volonté de les affaiblir. Pourtant la
représentativité des syndicats patronaux est un véritable scandale. Le CNPF
transformé en MEDEF prétend depuis 60 ans représenter seul tous les chefs
d'entreprises. Un oligopole chez les tenants de la libre concurrence et du
« fanatisme de marché ». Qui élit ces représentants des chefs
entreprises ? Personne. Résultat, ils défendent caricaturalement les
intérêts du capital, et sont finalement assez proche de la pensée patronale
oppressante du 19ème siècle : quelle modernité ! Le MEDEF ne réfléchit
clairement pas à la réalité des entreprises, encore moins à celle du monde du
travail. Sur le plan démocratique, c'est en réalité plus un lobby (historique)
qu'un syndicat, car il ne représente personne à part lui-même.
Le Conseil National du Patronat Français (CNPF) fut créer en 1945, sur les
recommandations de l'État français, qui voulait un interlocuteur patronal pour
écrire un nouveau pacte social. Au départ le patronat ne s'est donc pas
organisé par lui même, l'histoire du CNPF se mêlant à celle du gaullisme dans
les années 1950-1960. Avec la pression de la gauche syndicale (CGT, FO puis
CFDT après la scission de la CFTC), de nombreuses avancées sociales sont
conclus pour garantir la stabilité sociale et la prospérité pendant « les 30
glorieuses ». Le patronat y trouve son intérêt, il est alors dominé par
les industriels (métallurgie, aéronautique puis informatique) qui eux, depuis
le Comité des Forges en 1864, se sont organisés. Cette idée de paix sociale va
dériver jusqu'au concept de « fluidité sociale » avec les caisses noirs de
l'IUMM (historique complet). Il s'agit
d'éviter l'intervention étatique par le « financement » direct des
syndicats ouvriers dans les branches.
L'histoire a son importance, car le tournant ultra-libéral des années 1970
conduit, depuis, le patronat français à défendre non seulement le capital, mais
sa forme la plus agressive et financiarisé. Le symbole de cela est la création
du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) en 1998. Le problème est que
dans une organisation monopolistique comme le MEDEF, les débats ne sont pas
démocratiques. Ils sont opaques, interneo-internes à l'organisation, avec une
bataille entre cette vielle tradition industrielle des « maitres des
forges » et la nouvelle génération « marketing » du tertiaire
(Laurence Parisot). Quand une organisation se créer, comme la CGPME, ou l'UPA
c'est en réalité pour étendre l'influence du MEDEF. « L'entrisme » et
les « satellites » existent aussi dans ce camp la. La pluralité des
représentations des chefs d'entreprises est impossible, on reste sur le schéma
pour le moins obsolète de 1945. Un scandale.
Les représentants auto-proclamés du patronat français n'ont cessés de vitupérer
la « bureaucratie ». Le soucis est que le MEDEF est lui même une
véritable bureaucratie, l'IUMM étant carrément un État dans l'État au sein du
monde patronal. A cette hérésie organisationnelle s'ajoute le dogmatisme
libéral (« l'éthique » pour résoudre la crise financière) et le
ridicule marketing. (article
de Marianne). La première solution, pour changer cela, serait de « casser »
le monopole du MEDEF, Un amendement, un peu passé inaperçue, a été voté dans ce
sens par la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale le 25
juin dernier (article
de MediaPart). Deuxième solution, l'État pourrait reconnaître de nouvelles
organisations représentatives, comme l'USGERES (économie sociale). Enfin,
troisième solution, tout cela devrait permettre aux patrons de choisir
librement entre plusieurs listes de représentants lors des élections
prudhommales, au lieu d'une seule liste « d'union » menée par le MEDEF.












Commentaires
Hhhouuu le vilain capital !!!
Hhhouuu les méchants patrons !!!
Le MEDEF ne réfléchirait pas à la réalité des entreprises ? et pourquoi donc ?
Faut-il compter sur les socialistes pour réfléchir à la réalité des entreprises ? Tout d'abord comment un parti composé de fonctionnaires et assimilés, d'intellos auto-proclamés, de jeunes sans aucune expérience de la vie mais plein d'idées toutes faites et d'apparatchiks de tous poils pourrait comprendre quoi que ce soit au fonctionnement de l'entreprise et à l'environnement dans lequel elles doivent vivre ?
Le PS n'a jamais rien compris aux entreprises et cette affirmatiion n'étonnera personne. Le PS est un parti interessé par la redistribution de l'argent des autres, c'est son fond de commerce plus ou moins avoué. Transformer l'argent privé en argent public pour qu'il redevienne de l'argent privé dans la poche des habituels bénéficaires qui ont pour particularité de moins entreprendre et de moins faire que les autres. Tout est dit, le reste est boniment !
Les socialistes n'aiment pas l'entreprise car c'est un élément fondamental et vital de la société qui fait voler en éclat tous les dogmes socialistes. L'entreprise c'est le capital investi et risqué, c'est l'initiative individuel, c'est le mérite personnel, c'est la compétition, c'est la récompense inégale en fonction des résultats, c'est le travail, c'est l'argent !!! Autant de notions haïssables pour les socialistes qui, dans leur sphère d'influence sacrée qu'est devenu le secteur public, font tout pour les faire disparaître. Un petit bémol : on déteste l'argent dans la fonction public mais ont fait tout pour en capter plus, quitte à ruiner le pays et à pourrir la vie des contribuables.
Le jour où l'Education Nationale, réservoir d'électeurs socialistes devant l'éternel, enseignera la réalité de l'entreprise et de l'économie aux élèves, la France aura fait un grand pas et les français auront une visioin du monde différente. Problème : l'Education Nationale n'a pas du tout envie, pour des raisons politiques, de changer les programmes.
Ce commentaire est à côté de la plaque, je parle de la représentativité du MEDEF, vous me parlez du PS. Quoi qu'il soit je pourrais dire n'importe quoi, vous direz toujours le contraire, pour votre propre plaisir. Alors amusez-vous bien !
@ Nicolas
Il me semble en effet que l'on peut contester la légitimité du MEDEF sans pour autant être opposé à l'esprit d'entreprise et à l'entreprise en général. Dans le même ordre d'idée on peut considérer (et c'est mon cas) que les syndicats de salariés ont un rôle fondamental à jouer dans la protection du droit du travail, mais que ceux-ci ne sont passez représentatifs actuellement pour être efficaces.
Par ailleurs la logique du méchant PS qui prends aux entrepreneurs pour organiser un meilleur assistanat, c'est vu, vu et revu.
Cessons d'opposer sphère publique et sphère privée de manière incompatible.
Cessons de faire croire qu'il existe un paradoxe indépassable entre les deux.
De qui se moque t'on?
Les entreprises comme les personnes publiques ont un rôle fondamental à jouer dans la société.
Les entreprises jouent un rôle fondamental parce qu'elles créent de l'emploi, elles créent de la richesses. Elles sont le moteurs du développement économique et social des sociétés.
Mais l'intervention publique est également nécessaire, justement pour sortir la société du tout économique. Le développement des services publics c'est reconnaître qu'il existe des activités qui ne peuvent être laissées entre les seules mains du marché.
Je trouve ton commentaire particulièrement malvenue, en ces temps de crise économique et financière. A l'heure où beaucoup de citoyens subissent de plein fouet les effets de cette crise peut- être aujourd'hui faut-il considérer que l'équilibre entre le tout économique et l'intervention publique n'est pas trouvée.
Juste pour info, j'ai déjà commencé une réflexion quant à la représentativité et la force des syndicats de salariés :
http://www.thibaultdumas.fr/post/2007/03/...
Et n'oubliez pas que le 3 décembre prochain, il y pour tous les salariés les élections prud'homales. Si vous êtes inscrit à Paris, vous pouvez même voter par Internet. Pour plus d'infos :
http://www.prudhommes.gouv.fr/