Joe Biden, en vieux renard démocrate a évité l'écueil de l'outrecuidance professorale sans non plus briller par sa flamboyance. Plutôt pédagogique voir courtois il était très à l'aise sur la politique étrangère et il a su contrecarrer les clins d'oeils populaires voir populistes de Sarah Palin la « hockey mom » (article du Herald Tribune), en évoquant ses origines pauvres. L'enfermement dans l'élitisme de Washington (il est élu sénateur depuis 1973) étant aussi un piège pour l'élu de Delaware. Sur le fond, on notera l'identification forte de Biden comme du ticket démocrate sur deux points : la critique forte du « libre marché » et un appel à la régulation en économie, le « discuter, discuter, discuter » en politique étrangère. Quand à Palin, en phase avec McCain en matière économique (laissez-faire, attaques contre le « big governement ») elle fut très confuse sur l'écologie par exemple. Hésitante entre « pas tous les hommes », « pas toutes les activités humaines » ou « pas l'activité humaine » pour la responsabilité du changement climatique alors que le sénateur de l'Arizona fait tout pour apparaître comme un candidat « vert ».

Le débat des vice-candidats est de toute manière un ping-pong politique assez étrange. On attaque le candidat au poste de président du camp adverse, tandis qu'on défend son candidat à la présidence. Le pointillisme politique US va très loin jusqu'à la question « (...) quelle serait la politique d'une Administration Biden si Barack Obama venait à décéder ? » et vice-versa. Imaginer qu'on ai demandé la même chose à Gérard Larcher quand il était candidat à la présidence du Sénat ! Quoi qu'il en soit ce débat a confirmé le très bon niveau intellectuel de ces confrontations : leur organisation, la pertinence des journalistes montre qu'en la matière (et c'est un des seuls domaine) les États-Unis ont une véritable maturité démocratique. Déception du côté des 69,9 millions de téléspectateurs qui pour beaucoup attendaient les gaffes d'une Palin finalement perdante honorable. Elle a tout même fait un lapsus peu relevé en disant que John McCain était « (...) l'homme que nous devons quitter » (voir la vidéo). Révélateur d'un camp républicain mal en point voulant changer son ticket ? Chassez le naturel de Sarah Palin il revient au galop du fin fond de l'Alaska.