Chassez le naturel de Sarah Palin...
Par Thibault Dumas le 05 octobre 2008, - Monde - Lien permanent
C'est une anecdote qui concerne l'ancien
président du Sénat français Christian Poncelet. Âgé de 80 ans, ses
collaborateurs étaient obliger d'écrire mot pour mot ce qu'il devait dire pour
n'importe laquelle de ses interventions publiques, fut-elle banale. Sarah Palin
a elle 44 ans et dans le débat des « VP » qui l'a opposé à John Biden
elle a répété mot pour mot ce qu'elle avait apprit par cœur et écrit pendant
des jours dans un ranch avec l'équipe de campagne McCain. Selon moi 80-90% de
ce qu'elle a dit était exactement écrit noir sur blanc auparavant, et pour un
débat qui a duré 90 minutes c'est d'une certaine façon une performance de
mémorisation (avec l'aide de fiches). Pendant qu'elle parle, pas un regard pour
Biden ni pour la présentatrice Gwen Ifill, Palin est rivée vers la caméra telle
une bonne élève qui récite son texte. C'est donc une Sarah Palin lissée,
amputée de ses (grosses) lacunes mais aussi de ses qualités pour l'électorat
mid-west conservateur. Le but était pour l'équipe de McCain de ne pas sombrer à
défaut de ne pouvoir faire match nul, encore moins de gagner ce débat.
Joe Biden, en vieux renard démocrate a évité l'écueil de l'outrecuidance
professorale sans non plus briller par sa flamboyance. Plutôt pédagogique voir
courtois il était très à l'aise sur la politique étrangère et il a su
contrecarrer les clins d'oeils populaires voir populistes de Sarah Palin la
« hockey mom » (article du Herald
Tribune), en évoquant ses origines pauvres. L'enfermement dans l'élitisme
de Washington (il est élu sénateur depuis 1973) étant aussi un piège pour l'élu
de Delaware. Sur le fond, on notera l'identification forte de Biden comme du
ticket démocrate sur deux points : la critique forte du « libre
marché » et un appel à la régulation en économie, le « discuter,
discuter, discuter » en politique étrangère. Quand à Palin, en phase avec
McCain en matière économique (laissez-faire, attaques contre le « big
governement ») elle fut très confuse sur l'écologie par exemple. Hésitante
entre « pas tous les hommes », « pas toutes les activités
humaines » ou « pas l'activité humaine » pour la responsabilité
du changement climatique alors que le sénateur de l'Arizona fait tout pour
apparaître comme un candidat « vert ».
Le débat des vice-candidats est de toute manière un ping-pong politique assez
étrange. On attaque le candidat au poste de président du camp adverse, tandis
qu'on défend son candidat à la présidence. Le pointillisme politique US va très
loin jusqu'à la question « (...) quelle serait la politique d'une
Administration Biden si Barack Obama venait à décéder ? » et vice-versa.
Imaginer qu'on ai demandé la même chose à Gérard Larcher quand il était
candidat à la présidence du Sénat ! Quoi qu'il en soit ce débat a confirmé le
très bon niveau intellectuel de ces confrontations : leur organisation, la
pertinence des journalistes montre qu'en la matière (et c'est un des seuls
domaine) les États-Unis ont une véritable maturité démocratique. Déception du
côté des 69,9 millions de téléspectateurs qui pour beaucoup attendaient les
gaffes d'une Palin finalement perdante honorable. Elle a tout même fait un
lapsus peu relevé en disant que John McCain était « (...) l'homme que nous
devons quitter » (voir la vidéo). Révélateur
d'un camp républicain mal en point voulant changer son ticket ? Chassez le
naturel de Sarah Palin il revient au galop du fin fond de l'Alaska.











