La guerre des trois n'aura pas lieu
Par Thibault Dumas le 15 septembre 2008, - Monde - Lien permanent
Le système politique américain si complexe
est simple dans au moins un domaine : les partis. Le bipartisme fonctionne à
fond, avec depuis les années 1890 un Parti démocrate grosso-modo progressiste
contre un Parti républicain clairement conservateur. Ce schéma joue toujours
pleinement en 2008, avec une présidentielle opposant Barack Obama à John
McCain. Pourtant revient régulièrement le spectre d'un troisième candidat
brouillant le duel classique. Le dernier en date fut Ralph Nader, qui en 2000
avec un fond politique contestataire, ancré à gauche et écologiste avait tout
de même rassemblé 2,7% des suffrages et près de 3 millions de voix. Assez pour
qu'après l'entourloupe anti-démocratique de la Floride le camp démocrate d'Al
Gore crie à la trahison. Alors qui sont les « petits candidats » les plus
significatifs en 2008 ? Pourquoi une véritable triangulaire est peu probable le
4 novembre ?
D'abord Chuck Baldwin qui se présente au nom du Parti de la Constitution
(nationaliste et conservateur), il représente l'extrême droite sur l'échiquier
politique américain. Ultra-libéral sur le plan économique il est aussi très
conservateur sur le plan des questions de société, il était d'ailleurs assez
logiquement membre du Parti Républicain auparavant. Dans le texte cela donne «
pour protéger vos familles et garantir la liberté de votre pays, allez acheter
une arme » (programme de Baldwin). Il reste
néanmoins un candidat original et populiste (son slogan est « Laisser la vérité
être entendu ») : il soutient qu'il faut écouter ceux qui remettent en cause la
version officielle des évènements du 11 septembre, il considère que George W
Bush mène une politique équivalente à celle des démocrates depuis 2006. Ce
pasteur Baptiste est aussi un détracteur intarissable du soutient de la droite
évangélique à l'Administration Bush.
Ensuite Bob Barr qui a l'investiture du Parti Libertarien, il représente une
tradition importante de la droite américaine, parfois considéré comme
centriste, le libertarisme. Avec comme ligne « La liberté pour l'Amérique » il
est violemment opposé à toute intervention publique que soit en matière
économique (c'est un ultra-libéral), sur le plan des mœurs, des libertés
publiques ou de l'immigration. Mais cette image de franc-tireur qu'a cet ancien
employé de la CIA a du mal à résister à la réalité de ses positions de
congressman : il était en pointe dans la procédure d'impeachement contre
Clinton (ou est la liberté des mœurs ?) et son registre de votes le consacre
comme un homme de la droite la plus dure. « Il est l'idole de ceux qui veulent
multiplier les armes à feux, combattent l'avortement et haïssent l'IRS
(administration fiscale des USA) » selon la presse d'outre-atlantique
(article de
Online Athens).
Cytnhia McKinney se présente sous la bannière du Parti Vert (gauche écologiste)
qu'elle a rejoint en 2007. Cette professeur de formation a été élue au Congrès
de 1993 à 2007 comme démocrate, elle fut l'une des congresswoman les plus
progressiste des États-Unis. Son programme très à gauche met fortement en
valeur la démocratie participative (son slogan est le « Pouvoir aux gens »). Il
intègre aussi des valeurs clefs comme : l'égalité et la justice sociale, le bon
sens écologique, la non-violence, l'économie coopérative... Virulente dans son
opposition à l'Administration Bush elle s'est faite remarquer en 2006 en
lançant une procédure d'impeachement contre George W Bush, Dick Cheney et
Condelezza Rice. Par ailleurs un parfum controversé lui colle à la peau car en
2000 elle avait déclaré « (...) le niveau de tolérance de Al Gore envers les
nègres n'a jamais été très haut » (article de Slate).
Enfin voila Ralph Nader qui « run » comme indépendant. Avocat diplomé à
Harvard, il fut pendant de longues années le défenseur ardent des consommateurs
contres les lobbys. Depuis 1990 il matraque que les démocrates et les
républicains sont des clones en situation de duopole. Il correspond à une
tradition de gauche contestataire voir populiste de la vie politique
étasunienne et se situe à l'extrême gauche du spectre politique. Outre des
thèmes classiques, il veut de façon originale : « diminuer drastiquement
l'énorme budget de l'armée », « renverser la politique US au Moyen-Orient ou
mettre en place une « procédure d'initiative populaire » au Congrès
(programme de
Nader). Il a aussi ses boulets politiques : la défaite démocrate de 2000,
la remise en cause de la version officielle des attentats de 2001, le soutien
du Parti de la Réforme (nationaliste et protectionniste) en 2004.
Le scénario d'un candidat de tiers parti faisant un score significatif semble
pourtant impossible en 2008. Cette élection a comme thème central le changement
en matière économique et social. Aucun Président ou Vice-Président sortant
n'est candidat. Le champ politique est donc « renouvelée » et l'intérêt des
citoyens maximum. L'audience des deux conventions a été exceptionnelle (38,3
millions de téléspectateurs pour McCain et 37 millions pour Obama) et
l'inscription des jeunes pour voter est en hausse. Nous ne sommes pas dans un
scénario de « campagne molle » comme se fut le cas en 2000. De plus, chaque
camp a aujourd'hui en mémoire un candidat indépendant qui a compromit une
élection ce qui fait jouer à plein le vote utile. Ce fut Ross Perot et ses 19
millions de voix (18 % des suffrages) en 1992 pour les républicains et bien sûr
Ralph Nader pour les démocrates.
Tactiquement les deux candidats ont balisés leur champ politique. Le profile
iconoclaste de John McCain, aurait pu permettre à Chuck Baldwin ou un autre
candidat ultra-conservateur de le déborder sur sa droite en mobilisant une
droite évangelique hésitante. Cela explique en partie le choix du « bitbull
conservateur » Sarah Palin comme « running mate ». Le seul autre risque à
droite aurait été qu'un candidat républicain libertaire (comme Ron Paul) se
présente contre son parti. Pour Obama, pas de danger particulier sur sa gauche,
tant il mobilise les masses « libérales » et la jeunesse. Nader a perdu de sa
superbe, et le programme économico-social très progressiste d'Obama fait le
reste. Finalement le seul danger pour le duel aurait été que Michael Bloomberg,
le maire de New-York (succesivement démocrate, républicain et indépendant) se
présente pour percer au centre chez les modérés.












Commentaires
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