Alors que les épreuves commencent, cette olympiade est déjà caduc sur le plan strictement sportif : pollution qui mine les épreuves, dopage pléthorique, atteinte à la liberté d'expression des sportifs... De toute manière si il y a des beaux moments de sport s'en souviendra t-on vraiment ? En 1936 à Berlin ou en 1968 à Mexico c'est l'image de contestation de ordre politique et social qui est resté dans la mémoire collective : le pied de nez de Jesse Owens au nazisme triomphant, les mains gantés de Tommie Smith et John Carlos contre la ségrégation raciale étasunienne. Qui se souvient aujourd'hui des autres exploits ? Comme le dit justement l'ancien sprinter Roger Bambuck « (...) qu'ils ne rabâchent pas que le sport n'est pas politique. Le sport est éminemment politique car il est un choix de liberté et de comportement » (interview au Monde). On ne peut pas se cacher derrière l'apolitisme quand 4 milliards de personnes regardent le même événement sportif.

Le comble c'est que c'est George W. Bush qui donne des leçons de démocratie à la Chine (au moins en apparence) et que c'est l'Allemagne d'Angela Merkel qui est la plus ferme dans son opposition à la dictature chinoise. La France est elle pathétique, ne parlons même pas de Nicolas Sarkozy qui a du sang sur la conscience, mais plutôt des deux sportifs tricolores bien seuls qui ont signés la lettre ouverte à Hu Jin Tao (résumé sur Rue89). Merci à Muriel Hurtis et Romain Mesnil mais ou sont tous les autres qui refusent même d'arborer le badge inoffensif « Pour un monde meilleur » ? Porter le maillot français au JO ce n'est pas juste dans le but de faire des résultats, mais au nom des valeurs de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Cette passivité, ces silences complices, comblent les dirigeants chinois qui peuvent dérouler leur délire nationaliste, leur ode à une organisation dictatoriale bien rodée. Ils peuvent réprimer tranquillement, les coups de matraques et de fusils sont couverts par la clinquement des médailles et de l'argent.