Des Jeux qui sentent le pourri
Par Thibault Dumas le 10 août 2008, - Monde - Lien permanent
On a beau vouloir regarder les Jeux
Olympiques avec ses idéaux d'enfant (beauté du geste, importance de la
participation, fraternité universelle) on se heurte à la pourriture. Les JO
sont depuis le tournant des années 1980 (l'ère Samaranche) une mascarade
commerciale qui se fait au détriment de l'esprit olympique originel. Ils sont
en 2008, une pantalonnade au service d'un régime totalitaire. Pendant que les
athlètes expriment leur appétit de gagner, que les téléspectateurs acclament
leurs champions, résonnent les cris des chinois qui sont déplacés, torturés,
tués. Comment peut on oser mettre en balance une compétition sportive (certes
déterminante pour les athlètes) avec la liberté d'un quart de l'humanité ?
Alors que les épreuves commencent, cette olympiade est déjà caduc sur le plan strictement sportif : pollution qui mine les épreuves, dopage pléthorique, atteinte à la liberté d'expression des sportifs... De toute manière si il y a des beaux moments de sport s'en souviendra t-on vraiment ? En 1936 à Berlin ou en 1968 à Mexico c'est l'image de contestation de ordre politique et social qui est resté dans la mémoire collective : le pied de nez de Jesse Owens au nazisme triomphant, les mains gantés de Tommie Smith et John Carlos contre la ségrégation raciale étasunienne. Qui se souvient aujourd'hui des autres exploits ? Comme le dit justement l'ancien sprinter Roger Bambuck « (...) qu'ils ne rabâchent pas que le sport n'est pas politique. Le sport est éminemment politique car il est un choix de liberté et de comportement » (interview au Monde). On ne peut pas se cacher derrière l'apolitisme quand 4 milliards de personnes regardent le même événement sportif.
Le comble c'est que c'est George W. Bush qui donne des leçons de démocratie à la Chine (au moins en apparence) et que c'est l'Allemagne d'Angela Merkel qui est la plus ferme dans son opposition à la dictature chinoise. La France est elle pathétique, ne parlons même pas de Nicolas Sarkozy qui a du sang sur la conscience, mais plutôt des deux sportifs tricolores bien seuls qui ont signés la lettre ouverte à Hu Jin Tao (résumé sur Rue89). Merci à Muriel Hurtis et Romain Mesnil mais ou sont tous les autres qui refusent même d'arborer le badge inoffensif « Pour un monde meilleur » ? Porter le maillot français au JO ce n'est pas juste dans le but de faire des résultats, mais au nom des valeurs de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Cette passivité, ces silences complices, comblent les dirigeants chinois qui peuvent dérouler leur délire nationaliste, leur ode à une organisation dictatoriale bien rodée. Ils peuvent réprimer tranquillement, les coups de matraques et de fusils sont couverts par la clinquement des médailles et de l'argent.












Commentaires
Article outrancier et insultant d'une personne qui n'a sûrement jamais mis les pieds en Chine et qui s'en tient au matraquage médiatique convenu anti-chinois. Il est vrai que la Chine est capitaliste, que son succès est phénoménal et qu'elle dérange beaucoup d'intérêts. Voilà de quoi se créer des inimitiés ! Son désir de reconnaissance internationale la rend néanmoins vulnérable et il est donc facile de la frapper là où ça fait mal. Dommage que les bonne âmes et les bien-pensants habituels couvrent d'un silence criminel le régime de la Corée du Nord ou celui de Cuba socialistes... Et que penser de ceux qui se posent en grands défenseurs des valeurs de libertés alors qu'ils sont les premiers à condamner notre engagement militaire en Afghanistan au motif que nos soldats s'y font tuer. Sarkozy "a du sang sur les mains" ditent vous... Il vaut mieux donc laisser les autres démocraties envoyer tuer leurs soldats à la place des nôtres pour protéger nos libertés et notre sécurité. Facile de prendre des postures, insulter et invectiver par media interposés mais faire preuve de courage et prendre des risques est autre chose. Il est navrant de voir que la France continue de se distinguer en produisant des pleureuses humanistes d'une arrogance sans limite qui prétendent donner des leçons de morale ( dont tout le monde se fiche par ailleurs !). Ce discours anti-chinois qui part d'un constat ponctuel est dérisoire car l'important est de voir d'où vient la Chine et où elle va. Quand Mao régnait, nos pleureuses humanistes révoltées ne disaient rien par contre, aujourd'hui, elles dénoncent avec outre-cuidance ce qui reste du maoisme : parti unique, autoritarisme et népotisme. Pas un mot sur l'ouverture de la Chine au monde et sur le formidable progrès économique qui rend la vie de centaines de millions de chinois décente voire très agréable. Que des gens s'emparent des jeux olympiques pour défendre des causes diverses est fâcheux et risque de les tuer. Comparer les jeux de 1936 avec ceux de 2008 est ridicule et scandaleux car ça revient à comparer le nazisme avec le système chinois d'aujourd'hui. Quelle honte ! Entre parenthèse, le noir Owens en 1936 a ridiculisé la "race supérieur" selon Hitler en ne faisant que du sport et rien que du sport. Nul doute qu'Hitler en avala sa casquette mais cela ne changea rien à son projet. La Chine avance vers une société ouverte et prospère, laissons-lui le temps et n'ayons pas l'arrogance de penser que nous savons mieux qu'elle comment gouverner son peuple. Une europe décadente, castrée, sans projet, sans ambition autre que faire de ses citoyens, des fonctionnaires abonnés EDF, nantis d'une carte de SECU n'a pas de leçon à donner et le monde avance sans elle...
Chacun est libre de juger mes billets mais avec un certain respect. Sur le fond, je suis étudiant et je n'ai pas encore eu la chance d'aller en Chine, mais pour autant doit on se fermer et se désintéresser aux problèmes du monde et particulièrement d'une puissance comme la Chine ?
J'ai déjà fait une analyse plus détaillé de la situation politique et sociale de la Chine : http://www.thibaultdumas.fr/post/2007/04/... et je renvois à l'excellente tribune de Rémi Bazillier sur "l'oublie" des droits sociaux lors de ces JO en Chine : http://www.liberation.fr/rebonds/34...
Je ne suis pas anti-chinois, je suis contre le régime totalitaire chinois en place et ses dirigeants justement par ce que le maoïsme a détruit tout ce qui faisait l'histoire, la culture et la grandeur de la civilisation chinoise.
La virulence avec laquelle vous soutenait un régime qui a fait l'alliance folle entre dictature politique et néo-libéralisme économique rappelle celle de ces communistes qui soutenait jusque dans les années 1980 que l'URSS était une réussite irréprochable sur le plan économique, politique et humain.
Désolé pour mes propos trop virulents et n'en faites pas une question personnelle. A votre crédit, le fait que vous publiez mes réactions qui vont à l'encontre de vos articles. Le régime socialiste sovétique avait les inconvénients des dictatures sans avoir les avantages du capitalisme donc il laissait croupir le peuple dans la misère comme tous les régimes socialistes connus. Le système chinois actuel est devenu un empire dont le parti unique est son empereur autoritaire. Le capacité d'adaptation du peuple chinois lui a permis d'embrasser le capitalisme tout en gardant un communisme devenu lettre morte pour ne pas dire un postiche politiquement correct. La Chine prouve qu'il possible de construire une prospérité économique en dehors de la démocratie contrairement à ce que l'on croyait en Occident. L'exemple chinois risque de faire école car au fond, la démocratie est un leurre voire une escroquerie. Demander au peuple ce qu'il pense de la meilleure façon de conduire la politique de son pays revient à demander à un chien son pronostic sur le prochain tiercé. Le peuple est un âne qui vote pour celui dont il pense qu'il obtiendra de l'avoine, le reste est littérature. Le peuple veut vivre confortablement, pouvoir aller en vacances, se distraire, se soigner, et le droit de vote n'est pas une fin en soi. Comme dit l'autre : la démocratie, ça ne se mange pas !
Au passage : je constate que vos sources pour vous renseigner sur les réalités chinoises sont de gauche donc orientées. Une Chine capitaliste triomphante et avec de l'ambition politique ne peut que déranger la gauche française qui en fait sa nouvelle bête noire dans le cadre de la construction de son nouveau monde imaginaire.
Une source est orientée par ce que elle est de gauche ? Un raisonnement pour le moins bancal, alors si elle de droite elle est vraie, ou inversement on pourrait dire que toute information de droite est fausse.
Bref, si il s'agit de la tribune de Rémi Bazillier (qui est un camarade socialiste) il faut noter que comme toute tribune dans un grand quotidien nationale, elle a vocation à être contesté si elle est approximative ou partiellement fausse. Cela n'a pas été le cas, car elle est bien documentée.
Ensuite le fait d'être contre le régime chinois ne veut pas dire être forcément de gauche, Alain Madelin, Angela Merkel (pour ne prendre que deux exemples au hasard) ont tenu des propos dures à l'encontre de la Chine. Au contraire au sein du PS certains comme Jean-Luc Mélenchon et son courant (ex Nouveau monde !) ont défendu la Chine et dénoncé une "propagande anti-chinoise". Alors que de simplifications et de raccourcis contestables !
Comme je le disais : la Chine dérange beaucoup de monde car elle a l'ambition et sans doute la capacité de devenir la première puissance économique mondiale. On trouvera donc des groupes de pression divers et variés dont ses concurrents économiques prompts à monter le public et les consommateurs contre la Chine et les produits chinois. C'est de bonne guerre !
Vous vous renseignez au sujet de la Chine auprès d'organismes partisans comme Libé. Ces entreprises de presse ont un lectorat à soigner qu'il faut flatter et auquel il faut dire ce qu'il veut entendre pour qu'il continue d'acheter le journal. Vous parliez je crois des cris des déplacés et des emprisonnés etc. cachés par le brouhaha des J.O. "pourris". Parlez-donc aussi des cris de joie et de soulagement des centaines de millions de chinois sortis de la misère grâce à leurs gouvernants qui leurs ont donné le système le "moins-mauvais" ! Alors vos propos seront équilibrés ! Il y a assez d'écrits sur la situation de la Chine disponibles partout pour se renseigner sans forcément aller vers des diffuseurs de propagande de droite ou de gauche. Que des politiciens de tous bords critiquent certains aspects du système chinois est naturel car une grosse partie de l'opinion est montée contre la Chine. La personnalité du Dalaï Lama y est pour beaucoup. Pour autant, qu'un peuple de 7 millions d'habitants revendique un territoire qui représente un quart d'un pays de 1.3 milliards d'habitants est déraisonnable. Quand en plus, ce quart contient les réserves d'eau des trois quarts plus ou moins désertiques, alors la revendication est scandaleuse. Attiser ces revendications depuis l'Occident ne peut que mener à la violence. Le Dalaï Lama l'a bien compris mais pas tous les agités professionnels en mal de notoriété de chez nous qui ne sont que des pousse-au-crime. Ces même personnes très courageuse sur les plateaux télé seraient d'ailleurs les premières à rentrer se cacher dans leur trou au premier coup de feu tiré.
Vous faites une erreur concernant le Tibet. Le Dalaï Lama n'a jamais revendiqué un "territoire" encore moins une indépendance mais la reconnaissance d'une spécificité culturelle et le respect de la dignité humaine de la population de cette province de la Chine. La réaction violente des dirigeants chinois par rapport aux tibétains et lié au fait que la Chine maoïste s'est créer sur l'autoritarisme et l'homogénéité culturelle, par la répression des différences culturel et la destruction de l'héritage culturel historique de la Chine (par exemple à partir de 1959 l'interdiction pour les familles chinoises de posséder un vase ming au nom de la "Révolution culturelle").