L'idée d'augmentation des salaires et donc du pouvoir d'achat des travailleurs est intrinsèque à la gauche, particulièrement au mouvement ouvrier. Le débat fut vif entre les socialistes révolutionnaires et réformistes allemands (Marx contre Bernstein) en 1889 sur les salaires ouvriers. Les premiers pensent que l'amélioration partielle de la vie du prolétariat éloigne la perspective de la révolution socialiste, les seconds qu'au contraire on s'en approche graduellement par ces petits pas. Les réformistes vont laborieusement gagner la bataille politique, le terme de pouvoir d'achat se retrouvant sur les affiches des socialistes français dès les années 1910. Un paroxysme est atteint par la SFIO en 1936 avec le leitmotiv  « la paix, le pain, la liberté » qui guide la politique du Front populaire. La hausse des salaires des travailleurs et la relance keynésienne par la consommation des classes populaires (qui épargnent peu ou pas) seront les piliers des gouvernements de gauche tout au long du 20ème siècle.

Au 21ème siècle l'apogée d'un capitalisme financiarisé et mondialisé conduit à l'expansion du libre marché au détriment des mécanismes de régulations et donc de redistributions des richesses. Aujourd'hui le terme de pouvoir d'achat parait anachronique quand au vu de la précarité et des inégalités sociales il s'agit surtout d'un « pouvoir vivre », qui touche aux besoins essentiels (logement, alimentation, transports...). Dans la structure de consommation des ménages des classes populaires et moyennes ces trois besoins représentent plus de 50% des dépenses (statistiques de l'INSEE). Le logement qui n'est pas un achat à proprement est de loin le premier poste de dépenses (parfois plus de 60% du salaire dans les villes). Sans parler du sur-endettement galopant qui touche 1,5 millions de personnes (particulièrement les plus pauvres)... Quand aux classes aisés, dont les revenus augmentent, elles achètent peu en proportion et épargnent la majorité de leur salaire : comptes rémunérés, placements financiers.

Cette domination contemporaine de la sphère marchande a aussi construit une société ultra-matérialiste. La contradiction est la pour la gauche : comment changer le rapport de force travail / capital (65,9 % contre 34,1 % de la valeur ajoutée aujourd'hui) sans alimenter ce consumérisme qui délite les liens sociaux et constitue un danger écologique ? Prenons l'exemple du travail le dimanche. Du point de vue sarkozyste cela contribue à la hausse du pouvoir d'achat : les salariés peuvent travailler plus à salaire avantageux, les consommateurs peuvent consommer plus. En réalité cela détruirait les articles L. 221-2, 4, 5 du Code du Travail (résume de la CFTC), le dimanche deviendrait un jour de travail ordinaire, les chefs d'entreprises pourrait obliger tout salarié à travailler ce jour la et au final l'avantage spécifique en terme de salaire disparaitrait. Concernant les rythmes sociaux cela annihilerait un des rares moments ou l'on peut : vivre dans son quartier, voir ses proches, se cultiver, se distraire... en bref « faire société ».

Car c'est un projet de société global que doit penser la gauche. En être réduit à parler uniquement de vie chère c'est finalement acter notre incapacité à montrer concrètement le chemin d'un nouvel ordre social. Reprendre une réflexion transversale sur une société du temps libéré est indispensable : travail, éducation, culture, sport... Comme Marx au 19 ème siècle, nous avons l'obligation de penser le capitalisme moderne pour en dépasser la logique, car « si on ne s'occupe pas du marché, le marché s'occupera de nous ». Nous devons rompre avec la logique productiviste qui prévaut dans la gauche communiste et socialiste depuis 1945. Nous sommes tenu d'inventer un socialisme de la production et de la création qui intègre l'impératif écologique, de reconstruire un socialisme de la redistribution efficace et émancipateur. Si nous ne faisons pas ce travaille, l'ironie voudra que la vie démocratique sera totalement réduite à un produit marchand ou l'exigence citoyenne laissera totalement place au consumérisme politique.