L'argumentation de Mélenchon (voir le billet) commence de façon hasardeuse. Tout d'abord, il déclare « Je ne suis pas communiste chinois. Je ne le serai jamais ». Certes moi non plus je ne suis pas communistes chinois mais la véritable question est de savoir si l'on est pour ou contre le régime politique chinois. C'est la plus grande dictature du 21ème siècle et peut être un des pires régimes de l'histoire de l'humanité. Elle allie dans un même pays la barbarie du stalinisme à la violence du capitalisme financier. On ne peut pas être républicain et socialiste en Europe tout en étant indulgent avec la dictature et l'ultra-libéralisme en Asie. Bien sûr il ne faut pas faire de « racisme anti-chinois ». La distinction est indispensable entre les dirigeants et la population chinoise. Les officiels chinois qui entouraient la flamme à Paris agissaient comme « des fachos en survêtement » mais qui parle des centaines de révoltes de paysans sans-terres ? Des grèves des ouvriers chinois ? Des actions des opposants au régime de Pékin ? La principale victime du régime chinois est bien le peuple chinois lui même bailloné, torturé et humilié.

Ensuite le leader de PRS récuse le moment utilisé « si un boycott devait être organisé (...) ce n’est pas celui du sport qui est un moment d’ouverture et de fraternisation ». Cela ressemble aux arguments d'un CIO crapuleux et autiste qui a bafoué l'olympisme en offrant les JO à cette dictature chinoise. Ce sont les intérêts financiers qui ont guidés cette décision en 2001. Le passage de la flamme olympique a été la seule occasion pour les peuples des pays démocratiques de manifester leur désapprobation par rapport à cette situation. Ce combat démocratique « d'activistes mondains » n'est pas à opposer à un combat social. Ce n'est pas l'un ou l'autre mais l'un et l'autre. Car en Chine le couvercle autoritaire posé sur les libertés comme sur les inégalités qui explosent entre la classe moyenne de 250 millions de chinois et le milliard de pauvres font bouillir une marmite humaine qui menace d'exploser. Notre intégration économique cynique avec la Chine, sur laquelle Jean-Luc Mélenchon est affreusement défaitiste, ne doit pas nous empêcher d'agir. Cette dictature de la finance je pensais qu'elle été faite pour être combattu pas froidement actée !

Ensuite vient la question du Tibet. Pour Mélenchon c'est « un prétexte entièrement construit à l’usage d’un public conditionné par la répétition d’images qui visent à créé de l’évidence davantage que de la réflexion ». Si je ne me trompes pas les tensions au Tibet ne date pas d'aujourd'hui, cela fait depuis 1959 que le Dalai-Lama se bat pacifiquement pour faire respecter la différence culturelle tibétaine et pour l'autonomie (pas l'indépendance) du Tibet. Un prétexte qui dure pendant 40 ans c'est tout de même un gros prétexte. Les autorités chinoises sont effrayés par les tibétains car la remise en cause de l'hégémonie culturelle maoïste dans une partie de la Chine peut, si elle aboutit, remettre en cause l'unité dictatoriale d'une Chine qui nie sa diversité culturelle et historique. C'est toujours la peur pour un régime policier d'une brèche qui fissure totalement l'édifice étatique autoritaire. Quand aux récentes émeutes au Tibet elles témoignent d'un basculement entre l'ancienne génération pacifiste et la nouvelle qui veut en découdre avec la colonisation maoïste (3 millions de personnes). Mais les aspirations des tibétains restent plus que légitimes.

Ensuite le sénateur socialiste compare la répression policière chinoise au Tibet avec celle de la France pendants les émeutes de 2005 ou celle des États-Unis face aux révoltes raciales. Or la différence est que ces deux pays sont des États de droit ou la police agit selon la loi et au nom d'une République. Si il y a des abus, des violences ont peut exprimer son indignation et son opposition. Les citoyens, les journalistes, les élus peuvent enquêter sur les évènements, remettre en cause des décisions politiques voir attaquer en justice des actes illégitimes. Aux USA comme dans l'hexagone cela s'est vérifié. Point de tout cela dans la dictature chinoise ou la simple possession d'un drapeau tibétain est punis de 5 années de prison et la caricature d'un portrait de Mao de 10 ans de de travaux dans les camps. Pas la peine de faire une litanie des atteintes aux libertés en Chine mais la répression au Tibet se fait à l'abri des regards et avec férocité. Le comble de l'ironie veut même que cela soit le RAID français qui forme les policiers anti-émeutes chinois et des entreprises françaises qui les équipent (vidéo sur Aujourd'hui La Chine).

On sent chez Jean-Luc Mélenchon une profonde affection pour la Chine et son histoire mais il semble qu'il résonne comme au temps de la Guerre froide. J'espère me tromper mais il y a chez lui comme une complaisance à l'égard du régime chinois par ce qu'il est communiste, en un mot il pense « plutôt les soviets que des fachos soutenus par les américains ». Il a déclaré que si il avait eu à choisir en Afghanistan en 1981 entre le pro-soviétique Babrak Karmal et les Talibans pro-CIA il aurait choisi le premier (tribune dans l'Humanité). Or cet antagonisme n'existe plus, après la dislocation de l'URSS, sous les coups de la mondialisation, le monde a profondément changé. L'analyse critique qu'il fait de l'histoire et des mutations sociales au Tibet on aurait aimé l'avoir concernant la Chine. L'émergence de cette puissance est pour le moins inquiétante sur le plan humain, social et écologique. Un grand pas sera franchit quand nous ne verrons plus tous les chinois comme une menace, quand nous ne les enfermerons plus dans les schémas féodaux et coloniaux, et quand nous serons solidaires de ceux d'entre eux qui aspirent à la justice et la liberté.