Le Parti démocrate est un parti profondément électoraliste, opportuniste et décentralisé voir éclaté. A l'image de son système de primaires. Celui-ci a été mis en place pour que les États soient prépondérants dans la désignation du candidat aux présidentielles. En évitant que tous les États votent le même jour on évite que l'élection revête un caractère national. Les thématiques locales et les campagnes de terrain l'emportent sur l'aura nationale de tel ou tel candidat. D'un côté cela est plutôt sain puisque cela favorise le militantisme et l'émergence de candidats comme Barack Obama. Le côté sombre est la durée, le coût financier exorbitant et on le voit aujourd'hui, le coût politique éventuel de telles primaires. Mais les barons démocrates ont surtout eu peur que la base militante et les syndicats choisissent des candidats trop à gauche. Ils ont donc mis en place le système des super-délégués en 1982 pour contrôler un minimum ce processus de désignation trop libre à leur gout.

Aujourd'hui, vu l'écart d'une centaine de délégués entre Barack Obama et Hillary Clinton le résultat final ne sera pas suffisamment éclatant pour éviter les rancœurs voir les recours juridiques divers et variés. Sont concernés les primaires du Michigan et de Floride invalidés car les démocrates locaux avaient changé arbitrairement leur date de scrutin. Quoi qu'il en soit ce sont les super-délégués qui choisiront le candidat démocrate pour novembre 2008 en lui donnant cette marge de victoire nécessaire. Le Washington Post a fait une enquête instructive sur leur choix (traduction dans Courrier International). Ces indécis choisiront vraisemblablement le candidat qui aura rassemblé le plus de suffrages populaires. Encore heureux. De ce point de vue tous les compteurs du sénateur de l'Illinois sont au vert, il est devant avec : 1635 contre 1503 délégués, 30 contre 14 États, 49,5% contre 46,9% des votes (chiffres sur Real Clear Politics). Avec 25 millions de participants à ce jour cela est plus que significatif.

On le voit bien la direction démocrate à l'avenir des USA entre ses mains. Elle ne peut se fier aux supputations de super-délégués arrivistes, elle doit garantir le caractère démocratique de la désignation pour légitimer le candidat et préserver l'unité d'un Parti hétérogène politiquement, qui va du centre-droit à la gauche. Il est techniquement possible que cette empoignade Obama-Clinton dure jusqu'en juin (dernières primaires du Montana et du Dakota du Sud) voir août (Convention d'investiture à Denver). Il est du coup imaginable que les démocrates perdent tactiquement une élection présidentielle qu'ils ne peuvent que gagner politiquement. Mais les progressistes américains contrairement aux socialistes français ont un atout. Leur « Premier secrétaire » (en l'occurrence Dean) n'est traditionnellement jamais candidat à la présidentielle, cela évite bien des coups bas. La plupart du temps le « Chairman » démocrate ne laisse d'ailleurs que peu d'empreinte politique, mais cela peut aussi arriver à un Premier secrétaire du PS...