Le Parti démocrate contre la démocratie ?
Par Thibault Dumas le 04 avril 2008, - Monde - Lien permanent
Howard Dean doit s'arracher les cheveux
depuis quelques mois. En tant que président du Democratic National Comitee
(DNC), c'est à dire l'instance de direction des démocrates, il est charger de
veiller à l'unité de son camp. Pas facile dans des primaires lapidaires, qui
passent allègrement d'une polémique à l'autre, qui mettent en cause de façon
plus ou moins scabreuse les deux protagonistes. Dans ce magma politique peu
ragoûtant il émerge quelques pépites comme le discours d'Obama sur « les races
en Amérique » ou les propositions solides des deux candidats en matière de
régulation économique. Reste que les démocrates tardent à désigner un candidat
face au vieux roublard républicain qu'est McCain. Cerise sur le gâteau, il
est possible avec les super-délégués qu'un candidat soit désigné sans la
majorité des suffrages. Le Parti démocrate contre la démocratie ? Dans cette
situation la direction démocrate ne doit-elle pas trancher en obligeant les
barons à choisir celui qui aura le plus de votes populaires ?
Aujourd'hui, vu l'écart d'une centaine de délégués entre Barack Obama et Hillary Clinton le résultat final ne sera pas suffisamment éclatant pour éviter les rancœurs voir les recours juridiques divers et variés. Sont concernés les primaires du Michigan et de Floride invalidés car les démocrates locaux avaient changé arbitrairement leur date de scrutin. Quoi qu'il en soit ce sont les super-délégués qui choisiront le candidat démocrate pour novembre 2008 en lui donnant cette marge de victoire nécessaire. Le Washington Post a fait une enquête instructive sur leur choix (traduction dans Courrier International). Ces indécis choisiront vraisemblablement le candidat qui aura rassemblé le plus de suffrages populaires. Encore heureux. De ce point de vue tous les compteurs du sénateur de l'Illinois sont au vert, il est devant avec : 1635 contre 1503 délégués, 30 contre 14 États, 49,5% contre 46,9% des votes (chiffres sur Real Clear Politics). Avec 25 millions de participants à ce jour cela est plus que significatif.
On le voit bien la direction démocrate à l'avenir des USA entre ses mains. Elle ne peut se fier aux supputations de super-délégués arrivistes, elle doit garantir le caractère démocratique de la désignation pour légitimer le candidat et préserver l'unité d'un Parti hétérogène politiquement, qui va du centre-droit à la gauche. Il est techniquement possible que cette empoignade Obama-Clinton dure jusqu'en juin (dernières primaires du Montana et du Dakota du Sud) voir août (Convention d'investiture à Denver). Il est du coup imaginable que les démocrates perdent tactiquement une élection présidentielle qu'ils ne peuvent que gagner politiquement. Mais les progressistes américains contrairement aux socialistes français ont un atout. Leur « Premier secrétaire » (en l'occurrence Dean) n'est traditionnellement jamais candidat à la présidentielle, cela évite bien des coups bas. La plupart du temps le « Chairman » démocrate ne laisse d'ailleurs que peu d'empreinte politique, mais cela peut aussi arriver à un Premier secrétaire du PS...











