Un vote ethnique et communautaire ?
Par Thibault Dumas le 15 février 2008, - Social - Lien permanent
Les élections municipales dans le 13e
arrondissement de Paris sont le théâtre d'une dérive politique inquiétante : le
communautarisme électoral. Un certain Félix Wu se présente aux suffrages de ses
concitoyens pour, selon ses affiches, « une plus juste représentation du 13e ».
Bien qu'il fasse référence à une « diversité positive », sa liste veut «
représenter la classe asiatique à la Mairie du 13e ». Il s'agit donc pour Félix
Wu de rassembler exclusivement un vote communautariste voir ethnique (je n'aime
pas utiliser ce terme mais c'est de cela qu'il s'agit). Cette candidature va à
l'encontre de trois principes fondamentaux. Un, on appartient avant tout à une
collectivité démocratique et solidaire (Ville, Région, État-nation, Europe), et
ce quelle que soit son origine. Deux, un élu exerce son mandat dans le but de
l'intérêt général de l'ensemble d'une population et non d'une communauté.
Trois, se présenter au nom d'une communauté c'est s'y limiter et être en
contradiction avec la métissage culturel.
On ne peut exclure d'office une partie des citoyens et parler d'intérêt général, de vivre ensemble. L'extrême droite veut elle aussi, dans un pure fantasme, représenter une seule population (blanche) contre les moutons noirs (article sur Rue89). Créer une liste politique autour d'une communauté c'est agir par auto-stigmatisation, c'est nier la complexité humaine et la recherche d'une juste cohésion sociale qui permette le vivre ensemble. Quand on est élu de la République, on agit pour l'intérêt de tous et non pour des intérêts privés ou ceux d'un groupe ethnique. La diversité ne se revendique pas groupe pas groupe de façon communautariste, c'est un engagement d'ensemble qui vise « à faire société » et qui doit, c'est vrai, continuer dans les organisations politiques, associatives, syndicales.
Le vrai combat c'est justement qu'à terme le mot diversité ne soit plus utilisé, que cela aille de soi. Monsieur Wu s'explique sur le communautarisme dont on l'accuse (billet sur son site). Malheureusement il segmente par communautés la politique municipale qu'il ambitionne « (...) les minorités, ce ne sont pas uniquement les minorités ethniques (...). Et nous apportons à chacune d’entre elles, une réponse adaptée qu’elles trouveront dans notre programme ». Plus inquiétant, il émet de dangereuses considérations statistiques : « (...) la proportion d’Asiatiques sur notre liste est identique à la proportion de la population asiatique qui vote dans le 13ème : 20%, ni plus, ni moins ». Ce modèle de chiffrage sociologique en fonction de la race est certes celui des États-Unis (fortement remis en question aujourd'hui, par ailleurs) mais je pense que nous devons le combattre. Il tend à enfermer les gens dans des cases, à faire intérioriser à chacun le communautarisme. Il empêche de mener le vrai combat contre les discriminations et pour l'égalité réelle.
Bien sûr Monsieur Wu n'est pas un cas isolé, il est le symbole du communautarisme politique qui semble être la règle jusqu'au plus haut sommet de l'État. Le Président de la République, lui même, s'adresse à des communautés religieuses voir ethniques et des annonces qui n'ont aucun sens pour l'ensemble de la collectivité nationale. Pour en revenir à Félix Wu (site de campagne) on pourrait plaider la maladresse : avec un objectif louable (la diversité de la représentation politique) il dérive une pratique inadmissible (le communautarisme politique). Mais je ne peux m'empêcher de penser à cet ex-candidat UMP aux législatives de 2007 à Paris - Arno Klarsfeld pour ne pas le citer - qui faisait distribuer des tracts en telle langue dans tel immeuble en fonction de l'origine supposée de ses habitants. C'est au mieux de la maladresse, c'est au pire un calcul politique cynique qui détruit la cohésion sociale et empêche le métissage.












Commentaires
Bonjour, j'ai un regret de plus en plus présent compte tenu de mes origines ( mon père est Tunisien) qui est de ne pas profiter de la situation actuelle sur le plan de la discrimination postitive. En effet, je suis auteur d'ouvrages et à ce titre, je devrais mettre en avant l'ethnie plus que les compétences, non? Si vous voulez m'apporter des précisions au sujet de cette "diversité ethnique à imposer", merci d'avance. Pascal Djemaa.