Elle a perdu son avantage au niveau national. Depuis le début des primaires il y a un domaine dans lequel Barack Obama a toujours été en retard sur Clinton c'est dans les intentions de votes nationales. Elle a toujours eu de dix à plusieurs dizaines de points d'avance sur lui. Aujourd'hui ils sont à égalité (44%) et en nombre de suffrages exprimés lors du Super Tuesday ils ont fait jeu égal avec 7,3 millions de voix. L'aura et l'expérience nationale de Hillary Clinton ne lui permettent plus de supplanter Obama même dans une journée de primaires à dimension nationale.

Elle n'a clairement pas gagné la bataille des délégués (article de Bakchich). Obama est devant en termes de délégués élus (908 contre 877) et les super-délégués, c'est à dire les barons démocrates et les syndicats qui devaient être le soutien inconditionnel d'Hillary Clinton changent d'avis et ils n'hésitent plus à pencher pour Obama. Ce dernier rattrape son retard et sa liste de soutiens politiques comme peoples est bien plus longue que celle de la sénatrice de New-York. Les soutiens de Ted Kennedy, John Kerry et les éloges de Jimmy Carter en sont l'illustration.

Elle est mal en point financièrement. Les deux protagonistes avaient fait de façon ahurissante jeu égal en 2007 avec approximativement 100 millions de dollars. Depuis le début de l'année 2008 les centaines de milliers de petits donateurs d'Obama ont fait des merveilles et il a réussi à lever 32 millions de dollars contre 13,5 millions pour l'ex première dame et ses gros donateurs. Elle est obligé de piocher dans sa fortune personnelle et si cet écart persiste cela deviendrait inquiétant pour elle. Dans cette bataille démocrate longue et serré l'argent est (malheureusement) le nerf de la guerre.

Elle a un calendrier électoral défavorable. Obama a gagné une majorité d'États (13 sur 21) notamment au centre des États-Unis. Sa campagne est basée sur un « grass-roots movement » c'est à dire une base militante très nombreuse et active (650 000 personnes). État par État, ville après ville c'est un avantage déterminant. De plus, les prochains États qui votent ont une forte communauté Afro-américaine (Maryland, Virgine, Washington DC) et il y a de nombreux « caucus » (définition sur I Love Politics) comme le Nebraska et le Maine. Obama y excelle puisque il en déjà gagné 7 sur 8.

Elle est en difficulté face au républicain John McCain. Les projections d'un duel Clinton-McCain la donne perdante ou dans la marge d'erreur de 3 %  alors qu'Obama est donné gagnant de 7 à 8 % (article sur CNN Politics). L'argument du choix victorieux est donc caduc et les barons comme les militants démocrates votent aussi (et surtout) pour le candidat qui peut gagner. De plus, la sénatrice de New-York pourtant modérée est copieusement détestée par la droite américaine. Elle n'arrive pas à percer chez les indépendants et elle n'a pas la capacité de mobilisation citoyenne, notamment chez les jeunes, de Barack Obama.

Quel que soit la suite, ces primaires démocrates déjouent (déjà) tous les pronostics des analystes américains et européens. Dans un ouvrage paru en 2006 « Les Etats-Unis aujourd'hui » le candidat démocrate idéal devait : « être gouverneur (et surtout pas sénateur), venir du Sud des Etats-Unis ou de l'Ouest et surtout pas du Nord-Ouest (...) être centriste et surtout pas perçu comme gauchiste ». Hillary Clinton est une sénatrice centriste de New-York perçu comme gauchiste et Obama un sénateur progressiste de Chicago... alors tout est possible.