Une grève n'est pas une prise d'otage
Par Thibault Dumas le 23 novembre 2007, - Social - Lien permanent
Après une phase de grèves de pratiquement une
semaine, le terme « d'usagers pris en otage » a du être utilisé
plusieurs centaines de fois. On peut d'ailleurs s'interroger sur des médias
(audiovisuels) qui n'ont pas traités les tensions sociales sur le fond se
contentent de descriptions plus ou moins fleuries de « la galère ».
Faut il rappeler que l'exercice syndical et la grève sont des droits
constitutionnels prévus aux articles 6 et 7 du préambule de 1946. Une prise
d'otage (avec une triste actualité) est une violence physique et psychologique.
Mélanger les deux est une confusion réactionnaire assez inquiétante. De plus,
c'est bien Nicolas Sarkozy qui à conduit à cette situation en jouant les
« dures » face à des syndicats « négociateurs ». Et quel quelque
part n'a t'il pas été élu pour cela ? Pour entamer une révolution
thatchérienne, pour aller au rapport de force quasi physique avec les
syndicats.
Car dans un sorte de marxisme à l'envers très caricatural, la droite et son
électorat veut basiquement « faire la nique » à ces syndicats
dangereux, ces étudiants trop nombreux, ces fonctionnaires fainéants. Le
gouvernement s'est moqué du monde en conditionnant les négociations à l'arrêt
de la grève. C'est du jamais vue car c'est bien la négociation qui permet
l'arrêt (ou la suspension) d'un conflit. Et de fait contrairement à l'imagerie
d'un pays en lutte des classes entretenue par la droite, la France n'est
pas un pays gréviste. « Elle est 11ème sur les dix-huit pays les plus
industrialisés, en termes de journées non travaillées pour fait de grève.
(...) 3,2 fois moins que le Royaume-Uni (7ème), 1,6 fois moins
que les Etats-Unis (8ème) » (tribune de François
Doutriaux).
Sur la méthode, on a beaucoup reproché la pratique de la grève dans les
transports. Le problème des salariés (les plus modestes) qui utilisent les
transports publics a d'ailleurs été soulevé par la CFDT et l'UNSA. L'argument
avancé que c'est une minorité de fonctionnaires qui ont perturbés le trafic est
fausse (article
d'explication sur la RATP). D'abord sur l'ensemble de la masse salariale ce
sont les roulants qui ont beaucoup fait grève (en moyenne à 50%). Les salaires
étant gelés (la aussi contre les idées reçus) un roulement des salariés
grévistes est en général mis en place. Ensuite concernant l'utilisation de
« la grève de la gratuité ». Cette méthode essayé naguère par la CGT,
préconisé par SUD aujourd'hui a été fortement réprime lors de plusieurs procès
à la fin des années 1990. Les directions d'entreprises de transports préfèrent
des usagers en « galère » à une perte sèche sur le chiffre
d'affaires, et sont scandaleusement couvertes juridiquement (article
de Rue 89).
En fustigeant sur les régime spéciaux, la majorité évite de parler des vrais
problèmes concernant les retraites. Tout d'abord, au niveau des financements
cela risque de pêcher sévèrement. Cet été, 200 ans après la Révolution
française la droite a rétablit les privilèges. Une petite contre-révolution
fiscale qui va couter 15 milliards d'euros par an à l'Etat français. Les vrais
nantis sont la. Les régimes spéciaux dans leur globalité (une soixante de
métiers) coutent 2,5 milliards d'euros par an, ramenés à la SNCF et à la RATP
c'est une somme comparativement ridicule. Et sur le plan plus juridique, cette
réforme des régimes spéciaux pose un problème concernant les fonctionnaires en
activité. Ceux-ci ont signés un contrat en rentrant dans le service public, on
ne peut le changer unilatéralement. Mais la négociation au long cours avec une
exigence de justice sociale et de viabilité pour les salariés est opposé à la
brutalité politique et au clinquant que cherche Nicolas Sarkozy.











