Car dans un sorte de marxisme à l'envers très caricatural, la droite et son électorat veut basiquement « faire la nique » à ces syndicats dangereux, ces étudiants trop nombreux, ces fonctionnaires fainéants. Le gouvernement s'est moqué du monde en conditionnant les négociations à l'arrêt de la grève. C'est du jamais vue car c'est bien la négociation qui permet l'arrêt (ou la suspension) d'un conflit. Et de fait contrairement à l'imagerie d'un  pays en lutte des classes entretenue par la droite, la France n'est pas un pays gréviste. « Elle est 11ème sur les dix-huit pays les plus industrialisés, en termes de journées non travaillées pour fait de grève. (...)  3,2 fois moins que le Royaume-Uni (7ème), 1,6 fois moins que les Etats-Unis (8ème) » (tribune de François Doutriaux).

Sur la méthode, on a beaucoup reproché la pratique de la grève dans les transports. Le problème des salariés (les plus modestes) qui utilisent les transports publics a d'ailleurs été soulevé par la CFDT et l'UNSA. L'argument avancé que c'est une minorité de fonctionnaires qui ont perturbés le trafic est fausse (article d'explication sur la RATP). D'abord sur l'ensemble de la masse salariale ce sont les roulants qui ont beaucoup fait grève (en moyenne à 50%). Les salaires étant gelés (la aussi contre les idées reçus) un roulement des salariés grévistes est en général mis en place. Ensuite concernant l'utilisation de « la grève de la gratuité ». Cette méthode essayé naguère par la CGT, préconisé par SUD aujourd'hui a été fortement réprime lors de plusieurs procès à la fin des années 1990. Les directions d'entreprises de transports préfèrent des usagers en « galère » à une perte sèche sur le chiffre d'affaires, et sont scandaleusement couvertes juridiquement (article de Rue 89).

En fustigeant sur les régime spéciaux, la majorité évite de parler des vrais problèmes concernant les retraites. Tout d'abord, au niveau des financements cela risque de pêcher sévèrement. Cet été, 200 ans après la Révolution française la droite a rétablit les privilèges. Une petite contre-révolution fiscale qui va couter 15 milliards d'euros par an à l'Etat français. Les vrais nantis sont la. Les régimes spéciaux dans leur globalité (une soixante de métiers) coutent 2,5 milliards d'euros par an, ramenés à la SNCF et à la RATP c'est une somme comparativement ridicule. Et sur le plan plus juridique, cette réforme des régimes spéciaux pose un problème concernant les fonctionnaires en activité. Ceux-ci ont signés un contrat en rentrant dans le service public, on ne peut le changer unilatéralement. Mais la négociation au long cours avec une exigence de justice sociale et de viabilité pour les salariés est opposé à la brutalité politique et au clinquant que cherche Nicolas Sarkozy.

auche du Parti travailliste Tony Benn dit sagement qu'il y a deux moyens pour que la masse de la population évite d'exercer son pouvoir démocratique : l'effrayer et la démoraliser. L'effrayer, en la divisant, en pointant l'autre qui serait un nanti : dans ce cas précis le fonctionnaire, mais cela peut aussi être le chômeur ou l'étranger. La démoraliser en évitant que cette population soit plus éduqué (absence d'investissement dans l'Université et surpression de postes dans le secondaire), en empêchant qu'elle est un meilleur accès à la santé (franchises médicales). Car une population qui peut croire en l'avenir, qui utilise la démocratie en permanence est beaucoup plus difficile à gouverner ! La grève et les mouvements sociaux pacifiques sont un moyen d'exercer cette démocratie, si gênant que cela soit pour le pouvoir en place.