La Ségosphère ou le rien politique
Par Thibault Dumas le 04 novembre 2007, - Gauche - Lien permanent
Un étrange ballet avait lieu à chaque meeting
de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, une sorte de concurrence
libre (mais faussée) à celui qui sera le plus visible et le plus bruyant entre
le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) et la Ségosphère. Entre les jeunes
socialistes en rouge et les jeunes ségolénistes en mauve. Mise à part ce
spectacle parfois cocasse, on peut se demander concrètement à quoi a servi et à
quoi sert la Ségosphère ? Un partisan de Ségolène Royal en Poitou-Charentes
avait répondu il y a quelques mois à cette question : « il faut arrêter avec la
Ségosphère, ils ne servent à rien, c'est le rien politique... ».
En effet, on peut s'alarmer d'un mouvement qui ne vie que pour et grâce à
une personnalité politique, l'intégrant dans son nom même. C'est encore plus
préoccupant quand l'on se réclame de la gauche et quand l'on s'adresse à la
jeunesse. On ne peut nier que les courants dans la (jeune) gauche se sont
souvent structurés autour de personnalités politiques, c'est une évidence. Mais
l'on doit s'inquiéter d'une dérive présidentialiste et consumériste, qui
personnalise à tous crins la vie politique et délaisse la réflexion collective
voir l'action collective. Car la Ségosphère incarne à la caricature cette sorte
de « péronisme à la française » développé autour de Ségolène Royal
(billet de
Pierre Kanuty).
Sur l'analyse, sur les propositions, sur l'orientation politique la Ségosphère
n'a peu ou prou rien produit. Non seulement elle incarne la personnalisation
ultime de la politique mais elle s'y limite de façon pathétique. La
réflexion intellectuelle du mouvement depuis un an s'est pauvrement limitée à
des slogans plus ou moins bien sentis comme « demain ne se fera pas sans
toi ». Car la Ségosphère est avant tout un objet tactique : contourner
« par l'extérieur » le MJS comme a essayé de le faire Désirs d'Avenir
avec le PS. Cette stratégie de contournement s'est établit uniquement sur
la méfiance voir la rancoeur qu'a Ségolène Royal et d'autres envers les jeunes
socialistes.
Bien sûr de nombreux militants de la Ségosphère sont assurément honnêtes et
convaincus dans leur engagement. Ils ont sans doute des idées concrètes pour
faire avancer la gauche. Mais la Ségosphère n'a pour les porter ni la structure
politique, ni l'armature démocratique que se doit d'avoir un mouvement
politique de la gauche réformiste. Soumis à des dictâtes extérieurs, centrée
sur une personnalité publique, cantonée à la surutilisation des dernières
techniques de communication, elle n'a pas non plus la réactivité concrète d'une
association ou même d'un syndicat. L'engagement progressiste multiforme de la
jeunesse est pourtant essentiel. On ne peut le mépriser ou le sous-estimer
ainsi, en incarnant à ce point le rien politique.











