En effet, on peut s'alarmer d'un mouvement qui ne vie que pour et grâce à une personnalité politique, l'intégrant dans son nom même. C'est encore plus préoccupant quand l'on se réclame de la gauche et quand l'on s'adresse à la jeunesse. On ne peut nier que les courants dans la (jeune) gauche se sont souvent structurés autour de personnalités politiques, c'est une évidence. Mais l'on doit s'inquiéter d'une dérive présidentialiste et consumériste, qui personnalise à tous crins la vie politique et délaisse la réflexion collective voir l'action collective. Car la Ségosphère incarne à la caricature cette sorte de « péronisme à la française » développé autour de Ségolène Royal (billet de Pierre Kanuty).

Sur l'analyse, sur les propositions, sur l'orientation politique la Ségosphère n'a peu ou prou rien produit. Non seulement elle incarne la personnalisation ultime de la politique mais elle s'y  limite de façon pathétique. La réflexion intellectuelle du mouvement depuis un an s'est pauvrement limitée à des slogans plus ou moins bien sentis comme « demain ne se fera pas sans toi ». Car la Ségosphère est avant tout un objet tactique : contourner « par l'extérieur » le MJS comme a essayé de le faire Désirs d'Avenir avec le PS. Cette stratégie de contournement s'est  établit uniquement sur la méfiance voir la rancoeur qu'a Ségolène Royal et d'autres envers les jeunes socialistes.

Bien sûr de nombreux militants de la Ségosphère sont assurément honnêtes et convaincus dans leur engagement. Ils ont sans doute des idées concrètes pour faire avancer la gauche. Mais la Ségosphère n'a pour les porter ni la structure politique, ni l'armature démocratique que se doit d'avoir un mouvement politique de la gauche réformiste. Soumis à des dictâtes extérieurs, centrée sur une personnalité publique, cantonée à la surutilisation des dernières techniques de communication, elle n'a pas non plus la réactivité concrète d'une association ou même d'un syndicat. L'engagement progressiste multiforme de la jeunesse est pourtant essentiel. On ne peut le mépriser ou le sous-estimer ainsi, en incarnant à ce point le rien politique.