Pour la gauche, la France comme l'homme ne peut avoir comme idéal le nationalisme. Son idéal est avant  tout celui d'une communauté humaine, un collectivisme forgé autour du vivre ensemble, de la solidarité et de la recherche de l'égalité. Ce n'est pas une société liée par des symboles factices ou une histoire magnifiée mais bien une communauté d'hommes et de femmes qui a pour but de « faire société ». En ce sens, l'idéal socialiste et progressiste qui anime la gauche n'est pas soluble dans la nation, il doit au contraire s'épanouir au niveau européen et international.

Nous devons redonner envie d'Europe pour faire émerger une nouvelle conscience européenne. La gauche française ne doit pas abandonner l'idéal fédéraliste, elle ne doit pas céder aux sirènes nationalistes. Ce n'est pas « une certaine idée de la France » que nous devons promouvoir  mais une idée certaine de l'Europe : celle d'une Europe démocratique et sociale. La génération de nos grands-parents était celle de l'Europe de la paix, celle de nos parents d'une Europe économique, à nous d'être la génération d'une Europe sociale et démocratique. Cet ensemble doit tenir sa promesse de protection des salariés et de solidarité entre les citoyens.

Deux tentations destructrices et palpables menacent le bloc européen. Celle de ce repli nationaliste, religieux et identitaire qui cantonnerait l’Europe à un enchevêtrement d’intérêts nationaux (la caricature offerte par le gouvernement polonais en est un exemple). Et celle d’une Europe du tout marché, accumulation factice et inégalitaire d’échanges économiques et financiers (le positionnement du Premier ministre britannique en est une illustration). La droite parlementaire (et parfois la gauche) oscille entre ces deux tentations comme le démontre l'attitude de l'UMP avec la directive Bolkenstein : dénoncée par cocardisme à Paris, votée par libéralisme à Strasbourg.

Pourtant, ce ne sont pas les idées qui manquent à la gauche : un parlement européen qui détermine l'orientation politique de la Commission européenne, une BCE avec objectif de plein-emploi, la négociation d'un Traité social européen (TSE), une Couverture maladie universelle européenne (CMUE), une directive pour la protection et le développement des services publics, la création d'un audiovisuel public de l'UE (article que j'avais écris)... Ce qui manque aux gauches européennes c'est une dynamique, une volonté, une cohérence commune pour construire un idéal européen conséquent face au libéralisme économique et au nationalisme.