Une idée certaine de l'Europe
Par Thibault Dumas le 16 octobre 2007, - Europe - Lien permanent
Le
temps est à la nation. Henri Guaino refait avec Nicolas Sarkozy le coup du
nationalisme cocardier voir du néocolonialisme comme jadis le duo
Garaud-Juillet l'avait fait avec Jacques Chrirac. Il y a six mois, Ségolène
Royal dégaine (à la stupéfaction générale) le drapeau tricolore, la
Marseillaise et rengaine le drapeau européen comme l'Internationale. Même le
rugby sport collectif et solidaire par essence, est réduit à un magma de
chauvinisme par le rouleau compresseur TF1. Le temps est à la nation et au
nationalisme. Il faut donc plus que jamais parler d'Europe et porter un nouvel
idéal européen : progressiste, social et démocratique.
Pour la gauche, la France comme l'homme ne peut avoir comme idéal le
nationalisme. Son idéal est avant tout celui d'une communauté humaine, un
collectivisme forgé autour du vivre ensemble, de la solidarité et de la
recherche de l'égalité. Ce n'est pas une société liée par des symboles factices
ou une histoire magnifiée mais bien une communauté d'hommes et de femmes qui a
pour but de « faire société ». En ce sens, l'idéal socialiste et
progressiste qui anime la gauche n'est pas soluble dans la nation, il doit au
contraire s'épanouir au niveau européen et international.
Nous devons redonner envie d'Europe pour faire émerger une nouvelle conscience
européenne. La gauche française ne doit pas abandonner l'idéal fédéraliste,
elle ne doit pas céder aux sirènes nationalistes. Ce n'est pas « une
certaine idée de la France » que nous devons promouvoir mais une
idée certaine de l'Europe : celle d'une Europe démocratique et sociale. La
génération de nos grands-parents était celle de l'Europe de la paix, celle de
nos parents d'une Europe économique, à nous d'être la génération d'une Europe
sociale et démocratique. Cet ensemble doit tenir sa promesse de protection des
salariés et de solidarité entre les citoyens.
Deux tentations destructrices et palpables menacent le bloc européen. Celle de
ce repli nationaliste, religieux et identitaire qui cantonnerait l’Europe à un
enchevêtrement d’intérêts nationaux (la caricature offerte par le gouvernement
polonais en est un exemple). Et celle d’une Europe du tout marché, accumulation
factice et inégalitaire d’échanges économiques et financiers (le positionnement
du Premier ministre britannique en est une illustration). La droite
parlementaire (et parfois la gauche) oscille entre ces deux tentations comme le
démontre l'attitude de l'UMP avec la directive Bolkenstein : dénoncée par
cocardisme à Paris, votée par libéralisme à Strasbourg.
Pourtant, ce ne sont pas les idées qui manquent à la gauche : un parlement
européen qui détermine l'orientation politique de la Commission européenne, une
BCE avec objectif de plein-emploi, la négociation d'un Traité social européen
(TSE), une Couverture maladie universelle européenne (CMUE), une directive pour
la protection et le développement des services publics, la création d'un
audiovisuel public de l'UE (article
que j'avais écris)... Ce qui manque aux gauches européennes c'est une
dynamique, une volonté, une cohérence commune pour construire un idéal européen
conséquent face au libéralisme économique et au nationalisme.











