La social-démocratie ne suffit pas
Par Thibault Dumas le 20 juillet 2007, - Gauche - Lien permanent
Social-démocratie. Ce mot honni par la
gauche française est aujourd'hui sur toutes les bouches. Des écologistes qui
parlent de social-écologie aux communistes qui parlaient « d'urgence
sociale et démocrate » sur les tracts de Marie-Georges Buffet. De toutes
les tendances du PS jusqu'à son aile gauche qui définit le parti comme
« réformiste et social-démocrate depuis au moins vingt ans ». Il n'y
a peut-être guère que Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon pour ne pas avoir
ce mot à la bouche. La social-démocratie au sens large désigne l'ensemble des
organisations et hommes qui se rattachent au socialisme réformiste par
l'abandon du marxisme révolutionnaire. La majorité des citoyens de gauche
peuvent se retrouver dans cette définition, mais plus précisement, parler de
social-démocratisation pour la réinvention de la gauche française, cela a t'il
vraiment un sens ?
Tout d'abord, la gauche française peut elle vraiment créer un parti
social-démocrate, établissant un nouveau rapport de force des salariés avec le
capitalisme ? La social-démocratie historique construite et pratiquée dans les
pays germaniques et nordiques repose en effet sur deux piliers qui dépendent
l'un de l'autre : le réformisme et la négociation en lieu et place de la
révolution et de l'extrêmisme. Des salariés organisés, des syndicats puissants
ayant des liens très resserrés avec le parti de masse social-démocrate. L'un
des deux piliers sans l'autre n'a aucun sens, or en France la constitution d'un
parti-syndicat est impossible.
Depuis la Charte d'Amiens le syndicalisme est strictement séparé du politique.
Le PCF a entretenu un lien organique avec la CGT mais l'idéologie
marxiste-léniniste l'a opposé à toute social-démocratie. La deuxième gauche
avait crée un mouvement global entre syndicalisme (à la CFDT) et socialisme (au
PSU) autour du concept d'autogestion, sans lendemains. Les ponts entre la
gauche réformiste et la société se sont donc surtout épanouies dans le monde
associatif par une dynamique culturelle et sociale. Mais les liens se sont
révélés aléatoires et n'ont pas créer d'appui pour les salariés dans la sphère
économique. Parler de social-démocratisation des structures de la gauche
française n'a donc que peu de sens.
Ensuite, le rapport de force national avec le capitalisme et le terme même de
social-démocratie ont ils un sens dans le monde du 21ème siècle ? Les lignes de
fractures entre gauche et droite ont changés. Le blairisme l'a prit en compte
en jetant aux oubliettes la gauche et en créant un nouveau centre ou un
libéralisme social (article que
j'avais écris). L'opposition entre conservateurs et progressistes est
aujourd'hui entre ceux qui sont pour la mondialisation libérale et ceux qui
sont pour une régulation ambitieuse, une transformation collective et sociale
du monde. Cette distinction place d'ailleurs les blairistes plus dans la
première catégorie politique. A nous de repenser à gauche non plus à l'échelle
de la nation mais du monde.
La sémantique même du mot social-démocratie pose problème. Au niveau français
et interne à la gauche il est inadéquat. D'un côté comment expliquer aux élus
locaux qu'on va social-démocratiser le PS alors que le socialisme municipal à
des méthodes sociales-démocrates depuis plus de 100 ans. De l'autre beaucoup de
militants de gauche voient la social-démocratisation du PS comme une
droitisation idéologique. De plus, au niveau international social-démocratie ne
désigne pas la même chose partout, au Portugal et en Amérique du sud les partis
sociaux-démocrates sont des mouvements historiques de centre-droit. Le mot
n'est donc ni identifiant, ni pertinent pour reconstruire la gauche.
C'est uniquement dans la méthode et la culture social-démocrate que la gauche
doit puiser, mais elle ne peut s'y limiter, ni l'avoir comme mot d'ordre pour
sa rénovation. C'est une reconstruction idéologique de plus grande ampleur qui
doit s'opérer. Nous devons aujourd'hui refuser l'abdication néogauchiste comme
néolibérale. Nous devons « dépasser les erreurs et les dérives
autoritaires du socialisme d'Etat comme les limites de la
social-démocratie » comme disent les statuts du Parti démocratique du
travail en Corée du Sud (programme
du PDT en anglais). A nous de dessiner les contours de cette gauche et de
ce socialisme du 21ème siècle avec trois mots d'ordre : décomplexion,
invention, conquête.











