Cet ensemble politique de la gauche dénommé "antilibérale" n'est pas simplement l'extrême gauche politique. Elle regroupe les mouvances les plus ouvertes de l'ultra gauche notamment au sein de la LCR et est amputé de ses composantes les plus sectaires, typiquement Lutte Ouvrière. La nouveauté dans ce paysage politique est la forte présence des altermondialistes, symboliquement ATTAC ou la Fondation Copernic. Le caractère hétéroclite de l'altermondialisme et ses divergences de méthodes (parti politique ou groupe de réflexion ?) rendent difficile la délimitation « alter » mais la composante communiste-souverainiste est fortement implanté dans cette gauche. Elle est aussi composé de nombreux mouvements politiques (Les Alternatifs...), de syndicats (La Confédération paysanne...) et de comités citoyens (Pour une candidature unique antilibérale 2007-2008...).

L'originalité est la présence de l'aile gauche républicaine-socialiste du PS par le bias de Jean-Luc Mélenchon et des militants de Pour la République Sociale "un pied dedans un pied en dehors du PS". Mais aussi du Parti Communiste Français. Il oscille entre ses vielles méthodes de noyautage et son orthodoxie (difficile avec 5% des voix), une sorte de mutation mouvementiste et un rabibochage avec les gauchistes, une survie électorale qui dépend des socialistes. Le terme le plus adapté pour définir cette ensemble est donc gauche radicale mouvementiste, au sens de radicalité et protestation. Car elle reccoupe en partie l'ultra gauche mais pas uniquement allant jusqu'à la gauche du PS en passant par les communistes. Elle est pluriforme voir éclaté et non organisé ou centralisé.

Sur le plan idéologique le terme antilibéral est gênant. Au sens économique le libéralisme est un ensemble doctrinal conservateur que l'on pourrait résumer par le « laisser-faire, laisser passer ». Selon moi et l'ensemble des gens qui combattent le libéralisme économique il comporte une vision sociale darwiniste de la société. Les inégalités sont un fait immuable et le marché doit être libéré le plus possible pour permettre l'accumulation des richesses. La pauvereté est méprisé, traité à la marge par la charité privée (vision chrétienne conservatrice) ou par le "tricker down below", le dégoulinement de la richesse vers les plus pauvres (vision optimiste blairiste). Qu'elle alternative de gauche face à cette pensée ?

Le keynésianisme, le corpus des socialistes réformistes. La politique d'abord pour les plus pauvres et la prospérité pour tous. Par le bias de l'Etat providence, de la redistribution et de la régulation. Avec une économie mixte, des services publics forts, l'appui aux syndicats, la relance par l'augementation des salaires. Le tout sans méconnaître l'initiative privée et le marché. Le communisme ou l'étatisme qui ne veut pas du marché et ne reconnaît pas la propriété privé. Son but est de permettre l'égalité ultime par la gestion commune étatique ou l'autogestion. Beaucoup d'altermondialistes se réclament de Keynes ou des néo-keynesiens comme Stiglitz dans leur pensée. Or personne dans la gauche radicale mouvementiste a dit accepté le marché : cette gauche est donc antimarché elle est donc anticapitaliste.

Je soupçonne les penseurs de la gauche "antilibérale" d'avoir choisi ce terme pour éviter d'effrayer le citoyen-électeur, un peu ennemi de classe ou social-traître comme comportement ? Heureusement Arlette nous rappel à la bonne parole "ma gauche à moi est anticapitaliste". En allant plus loin on peut se demander quelle gauche est antilibérale ? La gauche qui a arraché au patronat et au marché plus de solidarité, de justice sociale et d'égalité (juin 1936, mai 1981, avril 1997). Celle qui a été offensive face au libéralisme, a perdu parfois, mais a toujours combattu. Celle qui depuis un siècle à mit les mains dans le cambouis, a gouverné, a déçu aussi mais a tenté au moins. Ou la gauche qui depuis 100 ans n'a pas arraché un seul progrès social, qui campe sur la défensive. Qui refuse de se confronter à la dureté démocratique, qui a peur de mettre ses mains dans la machine capitalise par pureté. De fait cette gauche laisse le libéralisme et les inégalités prospérer.

Il est donc évident que cette dénomination de gauche "antilibérale" est inopportune politiquement, idéologiquement et pratiquement. Car de toutes manières peut on être de gauche si l'on se réclame du libéralisme économique ? Je pense que non, et la troisième voie blairiste en créant un nouveau centre et non une nouvelle gauche la largement démontré. Cette gauche la n'est pas "antilibérale" elle est radicale, mouvementiste, anticapitaliste et elle ferait mieux de changer de dénomination le terme "anti" restant au final très pégoratif (avis de Clémentin Autain). La vraie question est accepte t-elle le marché, accepterait t-elle de gouverner ? Car à ce moment la seulement "tout est possible" comme disait le camarade Marceau Pivert.