Cette autre gauche n'est pas antilibérale
Par Thibault Dumas le 05 décembre 2006, - Gauche - Lien permanent
Depuis bientôt un an,
un nouvel ensemble politique a fait son apparition la gauche dite
"antilibérale". Dénomination portée par ceux qui la compose et reprise comme
norme étymologique par l'ensemble des médias. L'origine du terme est
l'altermondialisme qui dénonce (à juste titre) le néolibéralisme mondialisé.
L'acte fondateur est la victoire du Non au référendum qui délimiterait une
tranchée entre la gauche antilibérale et le reste de la gauche qui serait
social-libérale. Or la vérité est que ce terme de gauche "antilibérale" est
totalement faux comme inadapté pour définir cette autre gauche. L'étude des
forces politiques qui la compose, des idées qui l'anime et de la réalité
politique de la gauche le démontre pleinement.
L'originalité est la présence de l'aile gauche républicaine-socialiste du PS par le bias de Jean-Luc Mélenchon et des militants de Pour la République Sociale "un pied dedans un pied en dehors du PS". Mais aussi du Parti Communiste Français. Il oscille entre ses vielles méthodes de noyautage et son orthodoxie (difficile avec 5% des voix), une sorte de mutation mouvementiste et un rabibochage avec les gauchistes, une survie électorale qui dépend des socialistes. Le terme le plus adapté pour définir cette ensemble est donc gauche radicale mouvementiste, au sens de radicalité et protestation. Car elle reccoupe en partie l'ultra gauche mais pas uniquement allant jusqu'à la gauche du PS en passant par les communistes. Elle est pluriforme voir éclaté et non organisé ou centralisé.
Sur le plan idéologique le terme antilibéral est gênant. Au sens économique le libéralisme est un ensemble doctrinal conservateur que l'on pourrait résumer par le « laisser-faire, laisser passer ». Selon moi et l'ensemble des gens qui combattent le libéralisme économique il comporte une vision sociale darwiniste de la société. Les inégalités sont un fait immuable et le marché doit être libéré le plus possible pour permettre l'accumulation des richesses. La pauvereté est méprisé, traité à la marge par la charité privée (vision chrétienne conservatrice) ou par le "tricker down below", le dégoulinement de la richesse vers les plus pauvres (vision optimiste blairiste). Qu'elle alternative de gauche face à cette pensée ?
Le keynésianisme, le corpus des socialistes réformistes. La politique d'abord pour les plus pauvres et la prospérité pour tous. Par le bias de l'Etat providence, de la redistribution et de la régulation. Avec une économie mixte, des services publics forts, l'appui aux syndicats, la relance par l'augementation des salaires. Le tout sans méconnaître l'initiative privée et le marché. Le communisme ou l'étatisme qui ne veut pas du marché et ne reconnaît pas la propriété privé. Son but est de permettre l'égalité ultime par la gestion commune étatique ou l'autogestion. Beaucoup d'altermondialistes se réclament de Keynes ou des néo-keynesiens comme Stiglitz dans leur pensée. Or personne dans la gauche radicale mouvementiste a dit accepté le marché : cette gauche est donc antimarché elle est donc anticapitaliste.
Je soupçonne les penseurs de la gauche "antilibérale" d'avoir choisi ce terme pour éviter d'effrayer le citoyen-électeur, un peu ennemi de classe ou social-traître comme comportement ? Heureusement Arlette nous rappel à la bonne parole "ma gauche à moi est anticapitaliste". En allant plus loin on peut se demander quelle gauche est antilibérale ? La gauche qui a arraché au patronat et au marché plus de solidarité, de justice sociale et d'égalité (juin 1936, mai 1981, avril 1997). Celle qui a été offensive face au libéralisme, a perdu parfois, mais a toujours combattu. Celle qui depuis un siècle à mit les mains dans le cambouis, a gouverné, a déçu aussi mais a tenté au moins. Ou la gauche qui depuis 100 ans n'a pas arraché un seul progrès social, qui campe sur la défensive. Qui refuse de se confronter à la dureté démocratique, qui a peur de mettre ses mains dans la machine capitalise par pureté. De fait cette gauche laisse le libéralisme et les inégalités prospérer.
Il est donc évident que cette dénomination de gauche "antilibérale" est inopportune politiquement, idéologiquement et pratiquement. Car de toutes manières peut on être de gauche si l'on se réclame du libéralisme économique ? Je pense que non, et la troisième voie blairiste en créant un nouveau centre et non une nouvelle gauche la largement démontré. Cette gauche la n'est pas "antilibérale" elle est radicale, mouvementiste, anticapitaliste et elle ferait mieux de changer de dénomination le terme "anti" restant au final très pégoratif (avis de Clémentin Autain). La vraie question est accepte t-elle le marché, accepterait t-elle de gouverner ? Car à ce moment la seulement "tout est possible" comme disait le camarade Marceau Pivert.












Commentaires
Vous avez dit : " Au nom du Tiers-Etat " ?
Le livre de François Bayrou " Au nom du Tiers-Etat " présente une bonne analyse de la situation actuelle du peuple français, car elle met en évidence que ses représentants sont méprisés par le pouvoir exécutif.
Cependant, en y regardant de près, on constate que le Parlement n'est plus, lui non plus, représentatif de la population française, ne serait-ce que par sa composition sociologique.
En effet, si l’on compare la répartition des catégories socio-professionnelles au sein de l’Assemblée Nationale à celle qui existe dans la population, on constate que :
60,5% des députés sont cadres ou appartiennent aux professions intellectuelles supérieures alors qu’ils sont 7,6% dans la population,
8 ,7% sont commerçants, artisans ou chef d’entreprise, alors qu’ils ne sont que 3,1% dans la population,
1,7% des députés sont des employés, alors qu’ils représentent 16% de la population
0,7 % sont des ouvriers, alors qu’ils sont 14,1 % dans la population
Seules les professions intermédiaires sont représentées à leur juste taille (14,6% des députés pour 12,4% dans la population)
On constate donc que l’Assemblée Nationale est composée à 70% de gens qui ne représentent que 10% de la population (cadres, professions intellectuelles supérieures, commerçants, artisans et chefs d’entreprises). Quant aux ouvriers et employés, ils sont 30% dans la population, mais 2,4% des députés.
Quant à ceux qui appartiennent aux organes de décision gouvernementaux sans avoir jamais eu à dépendre du suffrage populaire (chefs et membres des cabinets ministériels, hauts fonctionnaires, etc.), il est certain qu’une analyse de leurs origines socio-culturelles serait encore plus significative .
Les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires sont donc maintenant, comme à la veille de 1789, aux mains d'une caste qui monopolise tous les pouvoirs économiques, financiers, politiques et - temps modernes obligent - médiatiques ; caste qui, de plus, ne donne aucun espoir à ceux qui n'y appartiennent pas de voir leur descendance avoir un jour accès à un niveau élevé de responsabilités : le pourcentage d’enfants de classes populaires qui accèdent à l’enseignement supérieur n’a cessé de diminuer depuis 1982. Et on trouve malheureusement dans ces réseaux du pouvoir des gens affublés de toutes les étiquettes politiques.
Bref, le fonctionnement de la démocratie est bloqué et il semble devenu indispensable de refonder la république sur de nouvelles bases pour éviter la désespérance populaire et, peut-être un jour, une crise violente.
Cependant, en allant sur site de l'UDF on trouve la phrase suivante qui me semble contradictoire avec les objectifs de François Bayrou, ou pour le moins pénalisante pour leur réalisation :
"Pour l'UDF, la réponse est de proposer non pas une nouvelle structure d'appareil mais le pluralisme et la réforme."
On ne voit pas comment un système qui a généré les perversions actuelles pourrait être conservé sans que l’on se retrouve avec les mêmes problèmes tôt ou tard. L’analyse de la représentation nationale montre que, même si ces déviations tiennent pour une grande part aux hommes qui font fonctionner l’appareil démocratique, elles trouvent aussi leur origine dans sa structure.
En tout état de cause, et compte-tenu de ce constat, il semble que la prochaine constitution de la République, si on arrive à en imposer une à ceux qui détiennent tous les pouvoirs et tous les " postes-clés ", ne pourra faire l’économie de la mise en place d’une démocratie participative impliquant des changements dans les structures représentatives.
Car il me paraît illusoire que le pluralisme et la réforme sans une rénovation des structures représentatives de la république soient suffisants pour changer le fonctionnement actuel des institutions et le blocage de la machine démocratique.
Sur le système démocratique, j'ai envie de prendre l'exemple très actuel de la démocratie américaine. Elle est souvent décrié de façon justifié pour les outrances financières qu'elle provoque, la proximité voir la synthèse entre intêrets économiques et politiques, le vide idéologique et la violence des campagnes. Mais la réalité politique est que le système américain fait cohabiter quatres pouvoirs ou contre pouvoirs qui s'équilibrent : Président, Congrès, Justice, Médias. La défaite de Bush 3 ans après le début de la guerre en Irak, l'influence du Congrès sur la suite de la guerre, la prise de conscience opéré par une partie des médias le montre totalement. Je n'apprécie pas les excès de la démocratie US mais la pluralité et les contre pouvoirs fonctionnent. A méditer...
Ségolaine se serait moins plantée dans un récent débat télévisé si elle avait pris connaissance de ces deux informations.
- Durée du travail : apparences et réalité, France et autres pays
http://travail-chomage.site.voila.f...
- Danemark et chômage : le modèle danois n'a aucun mérite
http://travail-chomage.site.voila.f...
Elle devrait s'informer car la question se posera souvent.
Une autre définition du libéralisme : c'est la réappropriation par le capital, par tous les moyens, du fruit du travail des salariés .
Un autre commentaire :
Prenons exemple sur l'amérique latine ,
la gauche sociale démocrate, la gauche anticapitaliste ambigue et la gauche anticapitaliste pure ont fusionné. Ce qui a permis l'émergence d'une vraie gauche de gauche qui accepte de gérer le capitalisme au service du plus grand nombre en attendant la révolution mondiale qui, ils l'ont compris, ne dépend pas que d'eux.
Que se passerait il si le PC la LCR (qui semble t'il accepte de plus en plus de gérer le capitalisme), ATTAC, les verts le MDC le PRG le PT .....fusionnaient avec le PS?
Ce sont les petits, les diviseurs quels que soient les tords du gros.
Remarque très intéressante. Il existe des tentatives plutôt réussis de rassemblement de toutes les gauches. Je penses surtout au Parti des Travailleurs (PT) brésilien qui rassemble dans un parti de masse un large panel de gauches : trotskistes, marxistes, socialistes, modérés. Les succès du gouvernement Lula s'on un gage de réussite.
On dit la gauche française très divisé mais regardez les programmes sur le fond. Entre le PS et le PCF voir la LCR les divergences sont surtout de méthodes et de proportions. Sur le fond les différences sont minimes. A part peut être que le PCF accepte une économie mixte alors que la LCR se définit comme anticapitaliste.
Je suis d'accord avec le communiste Claude Cabanes de "L'Humanité" quand il dit qu'il est temps de refonder une gauche de transformation sociale face à la domination sociétale, politique du libéralisme et du conservatisme. Peut être qu'il revient à notre génération de le faire, en tout cas d'y réfléchir.