Cette déforme contractuelle se situe dans la droite ligné (ou la ligné droitière) d’un Balladur 1er qui en 1994 avec son CIP (Contrat d’Insertion Professionnelle) voulait traité les jeunes comme une sous population sur le marché du travail, une simple variable d’ajustement temporelle pour les entreprises. Le CPE (Contrat Première Embauche) est en fait une version « jeune » et pour toutes les entreprises du CNE (Contrat Nouvelle Embauche) qui préfigure un contrat dans la même veine pour les « seniors ». Le Premier ministre remet violemment en cause l’acquis collectif, le combat social et la négociation syndicale en matière de droit du travail. En effet, comment parler de dialogue social, quand la méthode est une décision arbitraire et l’horizon une réforme profondément injuste et aliénante pour les futurs travailleurs. De même on peut s’inquiéter de la culture de la précarité et de l’éphémère qu’amènerait cette mesure. Tout d’abord la période dite de « consolidation de l'emploi » de 2 ans, pendant lesquelles l’employeur peut licencié sans motif le salarié par une simple lettre avec accusé de réception. Ce dernier se trouve dans un néant juridique et social et il bénéficie d’une simple indemnité égale à 8 % du montant total de la rémunération. La déduction ou la suppression des cotisations sociales patronales pousse à la précarisation légale par l'arme fiscale. Quelle stabilité et quelle envie aurait le jeune dans son travail si la reconduction de son emploi se fait simplement au jour le jour ? Si l’on élargit la problématique, on peut imaginer les graves difficultés qui se poseront pour le titulaire du de ce contrat : recherche d’un logement, souscription d’un crédit, financement des études. Le CPE c'est aggraver et généraliser l'injustice sociale aux dépends des solidarités collectives. Cette mobilisation des syndicats étudiants, lycéens et des mouvements de la jeune gauche n’est pas une simple posture d’opposition. C’est une dynamique pour la solidarité et la pérennité en matière de politique jeunes. Cette période de la vie entre la formation et le monde du travail est déjà extrêmement précaire (en 1998 80 % des étudiants ont travaillés au cours de leur cursus pour financer leur études). Alors comment peut on répondre à cette problématique décisive pour l’avenir de notre vivre ensemble ? La collectivité doit pallier à ces faiblesses en visant la justice sociale par le biais de l’Etat mais aussi des départements et des régions.

Le première axe est celui de la formation égalitaire et solidaire que j’ai largement développé (billet que j'avais écris) : pôle de tutorat et d’échanges étudiants lycéens, mise à plat de la hiérarchisation des filières, égalisation des financements par étudiant entre la Faculté et les CPGE, sécurisation des voies professionnelles et en alternance, réinvestissement financiers massifs dans l’enseignement supérieur, combinaison budgétaire entre l’apport des collectivités locales et palliation égalitaire de l’Etat. Repenser le système des études superieurs en mettant fin au système puant des voies élitistes et en créant des grands pôles publiques universitaires. Le financement universitaire doit être pensé comme un investissement de la collectivité pour des étudiants qui serviront ensuite l'intêret collectif, plutôt qu'un quelconque risque que supporterait les jeunes (du fait de l'augementation des frais d'inscription ou de l'endettement). Le système doit permettre d'abord d’augmenter les bourses pour les étudiants de milieux modestes ou en situation de travail précaire. Le deuxième axe est celui de la durabilité sociale dans le monde du travail. Tout d’abord la création d’un cadre légal du stage en entreprise : création d’une charte sur le modèle de la « Charte de Paris pour la réussite des étudiants salariés » (article sur cette politique), création d’un statut du stagiaire dans le code du travail. Mise en place d’un encadrement en binôme du stage : obligation de rémunération quand sa durée dépasse 1 mois, obligation de former un contrat de travail quand sa durée dépasse 6 mois. La rémunération de base serait équivalente à la moitié du SMIC et progressive avec la durée légale du stage. Sur ces problématique il faut noter l’excellent travail du collectif « Génération précaire » . Une autre mesure intéressante est celle des emplois tremplins qui est une action régionale d’accompagnement des jeunes (CDI à temps plein, aide à la rémunération, aide à la formation). C’est un accompagnement social par le haut qui s’oppose radicalement au nivellement par le bas du CNE-CPE. Une dernière mesure est l’accompagnement personnalisé des jeunes et de façon plus spécifique ceux qui sont à la recherche d’un emploi ou qui sont en situation de précarité : l'allocation autonomie personnalisé universelle qui combinerai parcours de formation, valorisation des acquis, insertion sociale et autonomie réel. Pour le financement des ce progrès social il faudrait renverser l'assiette de calcul des cotisations sociales patronales (voir l'impôt sur les sociétés) en pénalisant financièrement la conclusion de contrats instables (CDD, Interim...) et en appuyant fiscalement le contrat stable CDI. Nous serions donc dans le cadre d'un accompagnement solidaire, juste et intelligent des jeunes.

Sur le fond on pourrait faire le parallèle entre ces nouveaux contrats et le fonctionnement du marché du travail au 19ème siècle. La reconduction au jour le jour du CPE-CNE comme on embauché à la journée les ouvriers. Sur la forme Dominique De Villepin fait sien le précepte de Charles Pasqua « la démocratie s'arrête là où commence la raison d'Etat », se fixant comme raison d’Etat un autoritarisme qui mine la transparence politique. Notre ambition collective est de porter le débat démocratique et le mouvement social. Ensemble, nous devons construire un avenir de solidarité et de durabilité sociale pour notre génération.