La parole démocratique est sans ambiguïté, 54,67% des citoyens français se sont exprimés contre ce traité constitutionnel. La fièvre de la participation à 69,37% renforce ce constat implacable. Bien sûr qu’il faut réaliser la souffrance sociale, notamment celle des catégories les plus défavorisées qui s’est exprimée dans ce vote. Bien sûr qu’il faut admettre l’incapacité durable des politiques à expliquer la construction européenne. Bien sûr qu’il faut avouer le manque de renouvellement de la représentation politique. Bien sûr qu’il faut reconnaître l’incapacité de la gauche réformiste à expliquer le texte et à construire une alternance vigoureuse au pouvoir. Sans aucun doute le oui de gauche à peiner à expliquer les progrès sociaux et démocratiques du TCE. Il est indéniable que nous avons eut du mal à entendre le refoulement massif qu’a fait notre électorat du libéralisme économique. Ces remarques sont des axes de réflexion qu’il faudra approfondir, mais un élément fondamental restera gravé dans la mémoire collective européenne. Ce vote français a souvent été un vote de replis sur l’état nation, un vote de fort repli identitaire. Dixit une étude Louis Harris post-électoral (étude du vote) « la xénophobie a constitué un puissant ressort du vote ; 49 % des personnes interrogées ont estimé qu’il y avait trop d’étrangers en France ». Résumer le non à ce seul fait serait scandaleux mais il reste à savoir dans ces conditions comment nous allons renégocier avec nos partenaires européens ?

Aucun représentant du non de gauche n’a expliqué ou n’explique précisément le protocole à suivre pour construire un traité plus démocratique, plus clair et plus progressiste. Bien sur qu’on peut faire appel à l’utopie révolutionnaire et à la théorie du « grand soir ». Mais la géopolitique, la négociation diplomatique doit être empreint d’un pragmatisme au service de l’utopie et non d’une utopie qui sert un pragmatisme du rien, du néant politique. Le maximalisme à toute épreuve conduit à l’immobilisme politique, et donc à ne jamais être une force européenne de progrès social. Soyons réalistes la position de la gauche (socialiste, social-démocrate, écologiste et même communiste) dans l’Union Européenne n’est pas spécialement favorable. Bien qu’il existe une péninsule ibérique rose (Espagne, Portugal) partout ailleurs la gauche est souvent dans des positions stratégiques délicates. Notre partenaire historique l’Allemagne est le théâtre d’une impopularité grandissante de la coalition SPD-Grünen. Les prochaines élections législatives de septembre verront sans doute la victoire des conservateurs. Malgré certaines critiques que l’on peut porter à l’encontre du chancelier allemand force est de constater que c’est un meilleur défenseur du modèle social européen que Angela Markel (candidate probable de la CDU). La présidence de l’Angleterre à partir du 1er juillet 2005 n’ira pas dans le sens de l’Europe politique ni de l’Europe sociale, elle sera axé sur le marché commun et l’Europe économique. La politique du commissaire européen au commerce Peter Mandelson (proche de Tony Blair) le prouve déjà. Margaret Thatcher avait déjà répondu à l’Europe politique en 1990 par « No, no, no »… Il faut espérer que l’Union Européenne et ses peuples auront la force nécessaire pour repartir de l’avant. Car Abraham Lincoln avait dit "un bulletin de vote est plus fort qu'une balle de fusil", il semble bien que l’Europe politique du progrès social se soit prit une balle dans le ventre.