Un collectif d’associations et d’artistes cosmopolites a intitulé son mouvement contre la politique de la majorité en place depuis 2002 « Avis de K.O social ordinaire ». La formule est certes un peu lapidaire mais l’image est finalement assez juste. Notre mémoire politique collective a de sérieux troubles, mais il est bon de rappeler quelques vérités. « La route est droite, mais la pente est forte » cette déclaration du début de législature du premier ministre à trouvée une explication toute significatif au vue de l’évolution du taux de chômage. Selon l’INSEE (statistiques complètes), le taux de chômage en février 2002 (il y a exactement 3 ans, avant l’entrée en fonction du gouvernement Raffarin) se situé à 8.8 % soit 2 383 000 demandeurs d’emploi, en février 2005 le chiffre est de 10.1 % soit 2 768 000 chômeurs. Ce chiffre n’est certes pas uniquement une résultante de l’action gouvernementale (les facteurs macroéconomiques et la difficile conjoncture économique l’expliquent en partie) mais il en va de la rationalité pour un représentant national de reconnaître ses échecs sur des points précis de son engagement. Au lieu de faire preuve de cette maturité démocratique, monsieur le premier ministre a persisté a la fin de l’année dernière dans des déclarations anachroniques (sur France 2 le 10 novembre) « je prends l’engagement devant les Français : l’année 2005 sera celle où le chômage baissera de manière significative. Nous sommes capables de descendre sous la barre des 9% ». Cette « positive attitude » est encore plus déplacée quand on constate que 21,9 % des moins de 25 ans sont au chômage (contre 18.8 % en février 2002)

Tous ces jeunes que l’on considère avec dédain se révoltent contre un modèle libéral et individualiste. Quand les lycéens manifestent pour plus d’égalité et pour plus de justice sociale, ils expriment un réel malaise vis-à-vis de la société qui nous entourent. Non, ils ne sont pas manipulés par des gauchistes trotskistes ou des ex soixante huitards, ils vous crient monsieurs les élus quelles sont les valeurs de notre société ? Quel avenir avons nous ? Face à ces questions la surdité chronique de monsieur Fillon (ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche) est insupportable, le problème de l’éducation et de la formation est au effet au cœur de la société. La gauche doit monter ses forces de convictions sur le sujet, il faut réadapter le système scolaire aux problèmes auxquels il est confronté tout en se basant sur le socle des valeurs qui sont les nôtres : égalité, solidarité, liberté et laïcité. Concrètement il est nécessaire de réhabiliter des petites structures, de remplacer des collèges et des lycées en difficultés (les fameux ZEP) de plusieurs milliers d’élèves, en plus petites enceintes de quelques centaines d’élèves. Il faut rétablir un rapport de confiance, de proximité entre les élèves, les équipes pédagogiques et les parents de façon à accompagner tous nos jeunes sur la route de l’apprentissage et de la citoyenneté. Il faut des mesures visibles, en favorisant les postes et les vocations de terrain à l’administration. Le collège et le début du cycle secondaire doit rester en tronc commun pour permettre à tous d’avoir un apprentissage commun de qualité (une des dispositions du projet de loi Fillon avait décrit la possibilité d’envoyer en apprentissage des élèves dès le début de la 4e). Il faut protéger les enfants les plus faibles et les plus vulnérables contre les tensions sociales et les violences qui émanent de la vie collégienne et apprendre l’amour de la diversité et du cosmopolitisme dans notre société.

Mais l’école de la tolérance et du respect de l’autre doit aussi être celle de l’accompagnement vers le milieu professionnel. Un travail en amont doit être fait pour préparer les lycéens à leur orientation. La mise en place des TPE (circulaire du 8 janvier 2001) fut une progression en ce sens en proposant au lycéen un travail plus pratique et plus ouvert que la scolarité habituellement enseignée. Une autre idée serait de mettre en place des pôles d’échanges entre étudiants et lycéens en fin de cycle. Mais la mesure indispensable dans ce domaine serait de réhabiliter l’image des voies professionnelles et de l’apprentissage en l’alternance. Il faut arrêter cette sorte de hiérarchisation de l’orientation, admettons une bonne fois pour toutes que ces voies sont tout à fait nobles car elles conduisent a des emplois assurés et sont nécessaires au bon fonctionnement de notre société (selon certains économistes il y aurait 350 000 emplois à pourvoir dans le BTP par exemple). La gauche se doit de montrer que notre société doit avancer mais de façon collective, en ne laissant personne sur le bord du chemin. Cet utopisme peut trouver des applications concrètes. La législature de Lionel Jospin avait permit la création de 276 000 « emplois jeunes ». Bien que répondant à de réels besoins locaux, ceux-ci ont montrés leurs limites dans la non évolutivité professionnelle qu’ils ont engendrés pour certains. Il faut reconnaître de ce point de vue la pertinence des « emplois tremplins » qui en plus d’offrir une opportunité d’embauche permettent des réels débouchés professionnels. La région IDF (Ile de France) prévoit par exemple, sous l’égide de son président Jean-Paul Huchon, la création de 10 000 emplois d’ici à 2010 (avec un premier financement de 10 000 euros).

Un deuxième grand axe d’actions est celui de réinvestissements massifs (financiers et humains) dans l’enseignement supérieur et dans la recherche scientifique stricto sensu. C’est un impératif, car c’est l’outil indispensable pour qu’à long terme les jeunes puissent s’intégrer au marché du travail mais surtout pour qu’ils acquièrent la culture et les connaissances pour faire progresser notre société et construire un monde plus juste. L’accès à des études supérieurs doit s'accentuer pour le plus grand nombre, aucun déterminisme social ne doit restreindre l’accès à telle ou telle filière. L'enseignement superieur doit permettre aux classes sociales les plus défavorisés de progresser dans la société et non d'accentuer les inégalités au bénefice des plus aisés. En effet, selon les statistiques la dépense moyenne par étudiant et par an en 2003 fut de 6820 euros à la faculté contre 13 170 euros dans les CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles). Il faut donc casser ce système binaire de massification d'un côté et d'élitisme de l'autre par le réforme de la galaxie grandes écoles. Ensuite, susciter un maximum les vocations d’enseignements dans le supérieur par le biais de professionnels, de retraités comme d'agrégés. La finalité de l'université n'est pas l'adaptation au marché mais une formation citoyenne et professionnelle. Dans le même temps l’éducation nationale doit faire l’effort d'amener des moyens colossaux vers le supérieur. Contrairement aux idées reçues, ce financement est trop faible pour notre société car il ne représente que 1,4 % du PIB en France contre 3 % aux Etats Unis. Le mouvement « Sauvons la Recherche » à très bien montré la spécificité problématique du domaine scientifique. «La recherche possède une logique propre dont les objectifs ne se réduisent pas à ses impacts à court terme sur la vie socio-économique d'un pays. Elle doit être conduite indépendamment des intérêts particuliers, ou de la rentabilité financière » ; « Cette volonté devait se concrétiser par une augmentation forte des crédits (...) distinguant la qualité et la créativité hors de tout pilotage ».

La jeunesse à le droit de rêver "d'un autre monde", c’est avec cette utopie la que la gauche, force de proposition et de gouvernement, se doit d’allumer une lueur d’espoir dans les yeux de ces millions de jeunes hommes et de jeunes femmes. La société dans laquelle nous vivons est pleine de violences inégalitaires. Le système éducatif se doit en conséquence de compenser ces différences sociales pour faire de l’égalitarisme une réalité. La diversité culturelle, sociale, et identitaire de cette génération est une chance incommensurable de construire cet autre monde de demain.