Au commencement il y avait un groupe
pharmaceutique, qui au fil des fusions et autres acquisitions devint le 5e de
son secteur au niveau mondial et leader à l'échelle de l'Europe. Une entreprise
qui fit 8,47 milliards d'euros de bénéfices en 2009 - la palme d'or du CAC 40
devant Total ! - pour qui l'explosion des ventes de vaccins contre la grippe A
n'était qu'une goutte d'eau (3,6 % du chiffre d'affaires) dans un océan de
blockbusters (petit nom donné aux médicaments au retour sur investissement
faramineux). Dans le même temps, le directeur général de Sanofi Aventis,
Christopher Viehbacher, confirma un brutal plan de réorganisation de
l'activité de l'entreprise visant à réaliser 2 milliards d'euros d'économies en
2013 par rapport à 2008. « Nous sommes en avance sur notre
calendrier » confia t-il même avec délectation. Traduction dans l'hexagone
: 4 sites fermés, « 3000 emplois sont supprimés, dont 1300 en
recherche » selon l'estimation des syndicats, sans compter les 900
chercheurs « volontaires au départ » qui ont déjà quitté Sanofi. Fin
du conte de fée industriel. Début de la boucherie sociale.
Naviguer dans les eaux glacées de
l'Antarctique pendant plus de trois mois. S'aventurer dans une nature grandiose
mais féroce bien au delà des 40e rugissants et des 50e hurlants. Effectuer une
course-poursuite incertaine de plus de 17 000 miles nautiques. Tout cela dans
le but (d'essayer) de trouver et de contrecarrer une flotte de baleiniers
japonais qui chasse avec brutalité des cétacés protégés - en invoquant sans
coup frémir la recherche scientifique. Dans l'excellent documentaire « Milles
Baleines - Le combat de Greenpeace » , l'allemande Angela Grass nous fait vivre
cette aventure de l'intérieur à bord de l'Esperenza, l'un des navires de
l'organisation écologiste Greenpeace. Ni bêtement partisan, ni lourdement
racoleur, le film tire de cette auberge espagnole flottante une fine mosaïque
de portraits.
Les critiques sont aussi violentes à
l'égard de Barack Obama que les louanges furent excessives. L'Obama-bashing a
en quelque sorte suppléé l'Obamamania dans les élites médiatiques de l'autre
coté de l'Atlantique - comme de ce côté ci d'ailleurs. Les bénéficiaires de ce
caricatural retournage de veste sont tout trouvés : les plus extrémistes des
conservateurs américains qui a défaut d'être les plus nombreux s'avèrent les
plus virulents, le mouvement Tea Party contre la couverture maladie universelle
en a fait l'éclatante démonstration. Les nantis capitalistes de Wall
Street se réjouissent aussi de cette période de turbulences pour
l'administration démocrate, ils gagnent un temps précieux et peuvent ainsi
intensifier leur lobbying au Sénat, à la Chambre des représentants et à la
Maison Blanche. Indéniablement ce premier discours sur l'état de l'Union devant
les deux chambres réunies au Capitol arrivait à point nommé pour un orateur
aussi brillant et politique que Barack Obama. A l'écoute de cette adresse au
peuple américain, force est de constater que la volonté de changer les
États-Unis est toujours la.
L'existentialisme c'est
d'abord une claque. Lire la philosophie de Jean-Paul Sartre - comme ce fut le
cas pour moi à l'âge de 18 ans - c'est s'ouvrir le champ des possibles.
Face à des pensées rigides (Marx, Kant), angoissées (Pascal, Kirkegaard) ou qui
apparaissant comme passéistes, l'existentialisme se révèle être une doctrine
vivifiante, une dialectique de la liberté et de l'engagement. En cela
l'existentialisme est un humanisme plein et entier, loin du sens classique
qu'on le donne à ce terme. « L'Existentialisme est un humanisme » c'est
d'ailleurs le nom d'une conférence que Sartre a donné le 29 octobre 1945 à la
salle des Centraux dans une ambiance électrique - décrite par Boris Vian dans «
L'Écume des jours » - qui devint ensuite un livre. Ce condensé
philosophique outrepasse la richesse abrupte et inaccessible de « L'Être et le
néant » pour aller à l'essentiel tout en répondant aux critiques acerbes.
Sartre, lui même prendra par la suite distance avec le texte, considérant que
l'exposé philosophique n'y était que trop sommaire.
Bonnet enfoncé sur la tête, barbe de
trois jours trahissant un tropisme boboïsant et l'Huma Dimanche fièrement mis
au devant de la poitrine. Sur un marché parisien, ce militant communiste, la
trentaine, a l'assurance et le calme de ceux dont les convictions sont
inébranlables. Cet idéalisme quasi-béa n'empêche en rien l'ultra-réalisme
électoral, au contraire : « Il faut être honnête, le Parti de gauche nous
sert juste a grappiller les 1 ou 2 points qui nous manquent pour être sûr
d'être au dessus de la barre des 5% ». Après une pause, il poursuit :
« Ce sont rien d'autre que des chieurs, il faut voir comment ils nous ont
emmerdé pour les listes aux régionales, résultat c'est un bordel
incompréhensible ». Depuis sa création en février 2009, le Parti de gauche (PG)
a fait de « l'union de l'autre gauche » la mère de toutes les
batailles. Dans les faits, partout ou il passe, la gauche radicale – et même la
gauche tout court – est encore un peu plus morcelée.
Les entreprises humaines sont vouées à
disparaître, les organisations politiques peut-être plus que les autres. Le
Mouvement des jeunes socialistes créé en 1993 est au bord du gouffre. Parler
des jeunes socialistes, c'est déjà s'adresser à un public extrêmement
restreint, une « niche » politique de 5300 militants aujourd’hui
alors que l'organisation affirmait en avoir 10 000 au lendemain du mouvement
anti-CPE. Au congrès de Grenoble les 20, 21 et 22 novembre dernier le MJS avait
l'ambition de porter « la gauche au sommet ». Mieux, depuis lors sa
nouvelle présidente Laurianne Deniaud prétend faire table rase du passé au sein
de l'organisation, jouant à fond la partition du « plus rénovateur que moi
tu meurs ». Les jeunes socialistes peuvent-ils vraiment se rénover ?
Le « front office », le « carry trade », le
« tick » et autres joyeusetés boursières sont pour vous un gloubi-boulga
abracadabrantesque ? D’anciens caïds des salles de marchés, affreusement
poussés au chômage et à la grande pauvreté par la grande crise débutée en
septembre 2008, se feront un plaisir de vous éclairer sur ces voluptueuses
notions financières - et sur leur responsabilité dans cette hérésie économique
? - lors de votre prochain séjour dans la ville de New York. En vous acquittant
charitablement de la somme de 45 dollars par personne (soit environ 30 euros)
et à condition d'être au moins au nombre de deux, vous aurez le plaisir
légèrement masochiste de participer au « Tour de la Crise
Financière ».
Être de gauche c'est (aussi) avoir de
l'estime pour ceux qui, bien que de l'autre bord, sont dévoués à la République
et sensibles à la question sociale. Philippe Séguin était de ceux là. Un
président de la Cour des comptes pertinent et percutant, maniant l'ironie avec
délectation, qui fit de son institution un véritable contre-pouvoir
républicain. Il resta tout de même bien plus proche de Nicolas Sarkozy qu'on ne
le dit. Ce natif de Tunis a aussi incarné les errements du conservatisme
français par rapport à la question européenne, un flirt avec l'extrême droite
dissimulé sous le terme de « souverainisme ». Il fut aussi mêlé - presque
malgré lui - à la décrépitude peu ragoûtante du RPR et au cynisme libéral de
Jacques Chirac (à l'image du plan de rationalisation de l'Assurance maladie de
1986 lorsque qu'il fut son Ministre des Affaires sociales). Reste qu'il
incarnait, au delà de ses coups de sang et de son art oratoire, une certaine
droite : soucieuse de l'intérêt général et non de celui d'une caste ou des
milieux financiers. L'actuel locataire de l'Élysée en a pris l'exact
contre-pied, détruisant méticuleusement ce sens de l'État. La mort des idées de
Philippe Séguin a en quelque sorte précédée sa propre disparition.





