La reconstitution historique a
tous les attributs du théâtre emmerdant : décors kitchs, jeu minimaliste ou
outrancier (c'est au choix), spectacle lénifiant... De ce point de vue
« l'Hermine noire » est renversante. Cette pièce de théâtre jouée a
maintes reprises cet été sur la presqu'ile Guérandaise (région à la lisière de
la Bretagne et des Pays de la Loire) met en scène l'histoire de Anne Bretgane
et les péripéties du rattachement (ou de la résistance diront certains) de la
Bretagne à la France. Emmerdant ? Pourtant le cocktail est pétaradant : sex,
war and politics au Pays Bigoudin. On couche, on flingue et on conspire à tour
de bras. Le tout donne une sorte de Tontons flingueurs sur planches ou de
Tarantino au Moyen Age, tant pour les dialogues que pour les fusillades.
Une foule de supporters
bariolés de ciel et blanc, des verres de bière à toutes les mains, des chants a
n'en plus finir... L'unique entrée du Stade de la Meinau de Strasbourg est un
goulet d'étranglement humain. On pénètre ensuite dans l'arène, forcément
immense quand on la découvre avec ses yeux d'enfant. Puis on se place debout
dans le quart de virage - point de places assises en catégorie
« populaire » à cette époque - alors qu'en face les ultras
strasbourgeois des UB90 rugissent déjà. On aimerait en être. Les équipes
rentrent sur le terrain, les tifos et les fumigènes recouvrent toutes les
tribunes de la Meinau. C'est un derby RC Strasbourg contre FC Metz, le stade
est comme en fusion. 90 minutes plus tard l'enceinte explose : ce 11 avril 1995
Strasbourg va en finale de Coupe de France en s'imposant 1-0. 14 mai 2010, soit
15 ans plus tard, le RCS descend en National et flirte avec la rétrogradation
administrative en CFA.
« Le PSG, tu te fais chier 90 minutes, et
puis ensuite tu rêves pendant une semaine ». Les pathétiques errements
sarkozystes de l'ex-Nul Dominique Farrugia n'ont pas altéré sa drôlerie. Oui,
être supporter du PSG c'est s'infliger une souffrance footballistique larvée et
une détestation généralisée. Car l'arrogante agressivité du club de la capitale
démultiplie la motivation des formations provinciales pour battre les « parigos
». Pendant ce temps l'ennemi olympien a créé une empathie tous azimuts sur un
seul exploit (la Ligue des Champions 1993) et un bouillonnement populiste
continue. Mais le supporter du PSG s'en fout car il sait que pendant la piteuse
décennie 1998-2008 sur le plan du jeu, le PSG a ajouté cinq lignes à son
palmarès quand les sudistes ne glanaient qu'une minable Coupe Intertoto.
Pauleta a il est vrai sauvé le PSG du déshonneur décanal avec son
impitoyabilité dans les 18 mètres et Dhorasso a eu la bonne idée de planter son
seul pion sous le maillot bleu et rouge en finale de la Coupe de France 2006
face à... l'OM.
Naviguer dans les eaux glacées de
l'Antarctique pendant plus de trois mois. S'aventurer dans une nature grandiose
mais féroce bien au delà des 40e rugissants et des 50e hurlants. Effectuer une
course-poursuite incertaine de plus de 17 000 miles nautiques. Tout cela dans
le but (d'essayer) de trouver et de contrecarrer une flotte de baleiniers
japonais qui chasse avec brutalité des cétacés protégés - en invoquant sans
coup frémir la recherche scientifique. Dans l'excellent documentaire « Milles
Baleines - Le combat de Greenpeace » , l'allemande Angela Grass nous fait vivre
cette aventure de l'intérieur à bord de l'Esperenza, l'un des navires de
l'organisation écologiste Greenpeace. Ni bêtement partisan, ni lourdement
racoleur, le film tire de cette auberge espagnole flottante une fine mosaïque
de portraits.
L'existentialisme c'est
d'abord une claque. Lire la philosophie de Jean-Paul Sartre - comme ce fut le
cas pour moi à l'âge de 18 ans - c'est s'ouvrir le champ des possibles.
Face à des pensées rigides (Marx, Kant), angoissées (Pascal, Kirkegaard) ou qui
apparaissant comme passéistes, l'existentialisme se révèle être une doctrine
vivifiante, une dialectique de la liberté et de l'engagement. En cela
l'existentialisme est un humanisme plein et entier, loin du sens classique
qu'on le donne à ce terme. « L'Existentialisme est un humanisme » c'est
d'ailleurs le nom d'une conférence que Sartre a donné le 29 octobre 1945 à la
salle des Centraux dans une ambiance électrique - décrite par Boris Vian dans «
L'Écume des jours » - qui devint ensuite un livre. Ce condensé
philosophique outrepasse la richesse abrupte et inaccessible de « L'Être et le
néant » pour aller à l'essentiel tout en répondant aux critiques acerbes.
Sartre, lui même prendra par la suite distance avec le texte, considérant que
l'exposé philosophique n'y était que trop sommaire.
On connaissait l’interdiction de stade pour
sanctionner un « supporter » de football indélicat. Nos voisins
helvétiques ont inventé l’interdiction de supermarché pour châtier le vol à
l’étalage. Une décision judiciaire ? Non, une sentence unilatérale et
contestable proclamée par le leader suisse de la grande distribution Migros à
l’encontre d’une jeune femme de 29 ans habitant Vevey, au bord du Lac Léman.
Les larcins incriminés ont été commis par Séverine (le prénom a été modifié) en
début d’année 2009 : « Ça s’est passé deux fois et c’était chaque fois
pour moins de 100 francs (environ 66 euros) de marchandises ». La jeune
Suissesse plaide une passe difficile dans sa vie : « Je traversais
une période de cleptomanie. Mon père venait de se faire agresser et casser les
deux jambes par cinq jeunes à Genève. J’étais très en colère et peinais à gérer
ce sentiment d’injustice ». Suite à ces vols, la chaîne d’hypermarchés lui fait
parvenir plusieurs courriers pour lui signifier qu’elle a interdiction de
remettre les pieds dans un des établissements de l’enseigne.
L'embrassement médiatique autour de la
« main » - de Dieu ou du diable ? - de Thierry Henry a prit des
proportions tout bonnement ridicules. Il se nourrit de l'illusion d'un football
fait de justice et de mérite. Chimère synthétisée par l'expression : « les
irlandais auraient mérité de gagner ». Le ballon rond depuis sa création et en
l’état actuel de ses règles, n’a tout bonnement rien à voir avec le mérite ou
la justice (tout comme le sport en général). Sinon les Verts auraient gagné la
Coupe d’Europe 1976 face au Bayern Munich, les Algériens seraient sortis des
poules lors de la Coupe du monde 1982 et les Australiens auraient éliminé
l'Italie en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2006. Les réactions
allergiques à la « main » sont l’expression d’un puritanisme angélique,
d'un certain retour en force de l'ordre moral.
Pour le fan de football dépourvu de Canal
+, les week-end télévisuels c'est un peu l'aventure. Plusieurs solutions
s'offrent à lui. Option un, il a un voisin avenant, abonné à la chaine crypté,
qui est prêt à le tolérer tous les samedi et dimanche (un ami, un cousin peut
aussi faire l'affaire). Option deux, il existe en bas de chez lui un bar
sympathique ou l'on supporte la même équipe que lui. Option 3, il pirate ladite
chaine numéro 4 par le biais du web. Option quatre, il est sensible au charme
du commentaire sportif à la radio et attendra patiemment pour voir les buts à
la télévision. Alors pour que n'importe quel amoureux du ballon rond puisse
regarder la Ligue 1, faut-il nationaliser la diffusion de celle-ci ?





