« Aujourd'hui nous verrons si le Parti
travailliste cède au reniement de Barak et s'autoliquide ». Yoel Marcus,
éditorialiste au journal israélien Haaretz avait prévenu. L'enterrement du
travaillisme israélien a bien eu lieu. C'est Ehud Barak, pianiste émérite, qui
en a joué la marche funèbre. Pour satisfaire ses ambitions personnelles. Pour
servir d'alibi et d'écran de fumée à une coalition de droite très dure
Netanyahu-Liebermann. Pour pérenniser son poste de ministre de la Défense. Pour
cacher le fait que c'est un piètre stratège politique. Barak a eu le culot de
se comparer à Moshe Dayan, qui avait rejoint le gouvernement de droite de Begin
en 1977. Mais celui-ci avait été courageux. Il avait quitté le Parti
travailliste. Il se sentait obligé de faire la paix après l'échec de la Guerre
du Kippour qui l'avait rendu dépressif.
Raul Solis et Juana Sequeira-Solis forment
un souriant couple de retraités. Lui est originaire du Mexique, elle du
Nicaragua. Tous deux ont émigrés aux États-Unis, ou ils se sont rencontrés puis
mariés en 1953. Ils ont longuement travaillés comme ouvriers, lui dans une
usine de recyclage, elle sur les chaînes de montage de Mattel. Très engagés
dans les syndicats Teamsters et United Rubber Workers, ils n'ont jamais cessé
de croire en une Amérique plus juste et généreuse. Alors quand Barack Obama et
son administration rentrent à la Maison Blanche ce 20 janvier 2009, ils sont
très émus. Doublement émus même, car leur fille Hilda Solis devient à 51 ans la
secrétaire au Travail des États-Unis d’Amérique.
Les bombes et les missiles israéliens pleuvent
sur Gaza. Les roquettes du Hamas tombent sur le Sud d'Israël. La disproportion
guerrière de Tsahal, la violence et le désastre humain sont tels, que devant le
flot incessant et répétitif des images cela en devient banal. L'horreur
absolue, la guerre devient banale. En France, ce sont les préjugés qui
pleuvent. La bêtise extrémiste et communautariste (d'ou qu'elle vienne) à voix
au chapitre : « Dis moi qui tu es, je te dirais qui tu soutiens ». C'est ying
contre yang, noir contre blanc, bloc contre bloc, pro-israéliens contre
pro-palestiniens. Peu importe la recherche de la paix, l'important est de
s'indigner le plus possible en faveur d'un « camp », et de faire le lit des
plus extrémistes. Dans ce chaos réel (là-bas) comme verbal (ici), certains ont
le courage d'être à contre-courant. D'être des artisans de la paix et de la
justice en temps de guerre.
« Pluie d'été » contre « Plomb
durci ». Les noms des opérations militaires de Tsahal changent,
la folie guerrière reste. Les similitudes avec le conflit du Sud Liban en 2006
sont démoralisantes. La pratique de la terreur meurtrière par les tirs de
roquettes (hier du Hezbollah aujourd'hui du Hamas), les représailles d'une
violence inouïe par l'armée israélienne. Entre les deux, les
gazaouis, appauvrient par les uns pour être tués par les autres. Le
blocus, l'enclavement entre l'Égypte et Israël, le conflit Hamas / Fatah, la
guerre maintenant, tout consacre l'agonie de Gaza tout autant que la
désagrégation de l'unité palestinienne. Le Hamas pourtant affaiblit depuis son
arrivée au pouvoir, se retrouve revigoré par cette guerre. Plus simple de jouer
les martyrs terroristes en temps de guerre, que de redistribuer les richesses
et dialoguer pour faire la paix. La disproportion belliciste de Tsahal est tout
aussi alarmante. Les extrémistes va-t-en guerre israéliens comme palestiniens
semblent avoir des intérêts communs à ce conflit meurtrier.
« Les fondamentaux des républicains sont
tels, qu'ils ont 20 ans de victoires devant eux ». Voila ce que l'on pouvait
entendre, de la part de nombreux commentateurs, au lendemain de la réélection
de Bush contre Kerry en 2004. On mesure ainsi le chemin parcouru par Obama et
les démocrates depuis. Mais alors que le monde entier se penche sur l'équipe et
la politique du nouveau président, il est pertinent de regarder du côté des
battus : la droite républicaine. Il faut reconnaitre que McCain fut tout en
dignité dans la défaite, contrastant avec une campagne dure et populiste (merci
Sarah Palin). Les « robot calls » annonçant le soutien de Fidel Castro à Obama
la veille du vote resteront dans les anales de l'histoire américaine. Mais
finalement le plus alarmant pour les républicains c'est que même en choisissant
le candidat le plus apte à capter les indépendants, le plus critique des années
Bush, ils ont subit une lourde défaite. Après cette débâcle en 2008, avec le
fiasco du néo-conservatisme, quelle nouvelle synthèse idéologique peuvent
choisir les républicains ?
C'est un matin très froid et humide de
janvier 2008 dans l’Illinois, les températures sont négatives et David Plouffe
comme David Axelrod, têtes pensantes de la campagne d'Obama, sont refroidies.
Le National Journal, vénérable magazine politique américain, vient de publier
sa 27ème étude annuelle sur les parlementaires américains. Le résultat est sans
appel : elle place le sénateur Obama comme le plus à gauche des États-Unis sur
la base de ses votes en 2007. Soi-disant un handicap incompressible pour se
faire élire dans ce pays ou le mot « liberal » (de gauche) est revendiqué par
20 % des américains contre 40 % qui se disent « conservative ». Jusqu'à
l'élection, le staff démocrate a passé sous silence cette étude pour
privilégier à côté du discours de gauche de transformation (« change »), une
image modérée. Cela n’a pas empêché une « landslide victory » d'Obama ce 4
novembre, historique depuis 1976 (pour les démocrates) et depuis 1908 (pour la
participation). Dans ce moment émouvant, la période noire des années Bush
défile en nous. Un cycle ultra-conservateur entamé en 1980 se referme, faire le
changement devient possible. Pourtant il y a toujours cette question
essentielle : qui sera le prochain président américain ? Docteur Barack qui
renouvelle le progressisme américain ou Mister Obama rassembleur centriste
?
Étrange sensation que celle de voter par
anticipation, 21 jours avant la « big election night ». La règle est simple :
l'enveloppe contenant le bulletin de vote doit arriver avant la fermeture de
son bureau de vote référant aux États-Unis le 4 novembre. 30% des américains
auraient optés pour ce mode de vote en avance. Avec des sondages aujourd'hui
très favorables à Obama, il y a de quoi encore creuser le trou dans lequel
s'enfonce le ticket Palin-McCain. Rétrospectivement on peut diviser la campagne
du démocrate en 3 phases : l'outsider fascinant (février 2007 - janvier 2008),
l'icône politique (février 2008 - août 2008) et le régulateur crédible
(septembre 2008 - novembre 2008). C'est bien sûr la transition entre la phase 2
et 3 qui fut la plus délicate pour le canidat progressiste. Aprés cette longue
campagne, ces 1,36 milliards de dollars levés, ces arguments valeureux comme
crasseux échangés, tout a été dit. Les américians vont voter plus informés que
jamais, surinformés même. Les États-Unis sont à la veille d'un point de rupture
de leur histoire. Les démocrates peuvent obtenir une « landslide victory »
inédite qui changerait à coup sûr la face du pays (avec toutes les difficultés
et désillusions que cela implique). En perdant ils pourraient aussi enfoncer
les USA dans une crise totale (un pays « qui vire au noir » selon l’économiste
Paul Krugman), l'une des plus graves depuis 1776. A chacun d'être
responsable.
C'est une anecdote qui concerne l'ancien
président du Sénat français Christian Poncelet. Âgé de 80 ans, ses
collaborateurs étaient obliger d'écrire mot pour mot ce qu'il devait dire pour
n'importe laquelle de ses interventions publiques, fut-elle banale. Sarah Palin
a elle 44 ans et dans le débat des « VP » qui l'a opposé à John Biden
elle a répété mot pour mot ce qu'elle avait apprit par cœur et écrit pendant
des jours dans un ranch avec l'équipe de campagne McCain. Selon moi 80-90% de
ce qu'elle a dit était exactement écrit noir sur blanc auparavant, et pour un
débat qui a duré 90 minutes c'est d'une certaine façon une performance de
mémorisation (avec l'aide de fiches). Pendant qu'elle parle, pas un regard pour
Biden ni pour la présentatrice Gwen Ifill, Palin est rivée vers la caméra telle
une bonne élève qui récite son texte. C'est donc une Sarah Palin lissée,
amputée de ses (grosses) lacunes mais aussi de ses qualités pour l'électorat
mid-west conservateur. Le but était pour l'équipe de McCain de ne pas sombrer à
défaut de ne pouvoir faire match nul, encore moins de gagner ce débat.





